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Dr Moussa Bouchareb. spécialiste en radiologie interventionnelle, après une absence féconde de 30 ans : Retour gagnant à Bordj Menaïel

28 novembre 2019 à 9 h 36 min

«Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir.» Jean Jaurès

 

C’est l’histoire d’un médecin algérien, issu de l’école algérienne, qui est parti en France pour une courte durée afin de passer son doctorat et qui a dû y rester plus de 3 décennies, en occupant des postes importants dans des hôpitaux de l’hexagone, jouissant de la considération et de l’estime, aussi bien de ses patients que de ses pairs, qui a décidé, il y a quelques mois, de rentrer au pays en ramenant dans ses bagages un important matériel sophistiqué de radiologie qu’il a fait installer dans son fief natal à Bordj Menaïel. Le Dr Moussa Bouchareb est quelqu’un de naturel, de détendu et de souriant.

Quelqu’un d’affable et ouvert qui répond spontanément à nos questions en laissant défiler toute une tranche de vie, où il a dû batailler dur pour atteindre ses objectifs : retourner au bercail et répondre à l’attente des patients, en donnant à son action un prestige et un relief exceptionnels. Le Dr Bouchareb dirige une clinique ultra moderne, dotée d’équipements derniers cri, à la pointe de la technologie. Lors de notre visite, nous avons pu apprécier les installations dirigées par de jeunes diplômés, qui bénéficient outre de la logistique de pointe, des précieux soutiens du boss Bouchareb, dont la modestie le dispute à la compétence.

Il est né en 1950 à Bordj Menaïel, où il a fait ses études primaires avant de rallier le lycée de Tizi Ouzou en seconde. Garçon doué, il a sauté la classe de première pour obtenir son baccalauréat au lycée Emir Abdelkader d’Alger, en optant pour les mathématiques générales et la physique pendant une année et demi, avant de rejoindre la Faculté de médecine de Laperrine, d’où il sort avec le diplôme de docteur en 1976. Il passe son service national à Sidi Belabbès, puis à l’hôpital Maillot où il est affecté au service radiologie du professeur Hartini. «Cette spécialité m’a plu», dira-t-il. En juin 1982, il est assistant. Fort de son doctorat en études médicales spéciales, il est affecté à l’unité de neuroradiologie au CHU Mustapha, dans le bloc du professeur Abada.

Entre 1982 et 1984, il est responsable de cette unité. «Il n’y avait rien du tout. Cette unité, on l’a créée avec les moyens du bord, on l’a sortie du néant», avouera-t-il En 1984, il obtient un détachement en post-graduation à Besançon, en France. «Il fallait 3 ans d’études pour présenter mon docentat. Je les ai passés avec succès. Mais je me suis oublié, puisque compte tenu des contraintes familiales, de la scolarisation des enfants, j’y suis resté plus de… 30 ans», commente-t-il avec un large sourire. En se référant à l’unité de l’hôpital Mustapha, créée sous l’impulsion du professeur Hartani, le Dr Moussa n’omet pas de signaler les sacrifices consentis pour rendre cet espace plus ou moins fonctionnel.

A force d’abnégation

«En dehors du SINUS, on ne pouvait rien faire. Le scanner qui datait de l’époque de Boumediène, on l’a récupéré du service de réanimation du professeur Drif. Moi, je voulais développer le cardio-vasculaire ; on a trouvé une salle d’angiographie, dans un contener, toute neuve achetée en 1976. Quand on a voulu l’installer, on est tombé sur un encéphalographe sur lequel on ne pouvait pas faire d’angiographie, il a été vendu par une grande marque qui en a fourgué deux autres à Oran et Constantine, ils étaient dans des caisses. Aucun n’a fonctionné.

On s’est plaint auprès du fournisseur et on a fini par obtenir une espèce de compensation à cette escroquerie, en nous cédant une vraie salle d’angiographie. On a commencé à développer les premières angiographies, comme la radiologie cardio-vasculaire interventionnelle. Il y avait des gamins porteurs de fibromes naso-pharangiens, tumeurs qui saignent ; l’intervention est dangereuse et à risques. Avant, ils les envoyaient en France. Et quand j’ai proposé de faciliter l’opération d’embolisation sur un enfant de 12 ans, ça a été la surprise, d’autant que je n’avais pas à proprement parler d’expérience. Mais je me suis décidé à entamer la procédure d’embolisation qui a duré 6 heures, sous anesthésie générale. Le risque de le tuer ou de le handicaper était réel, car le cas était compliqué. Il fallait me voir en ces moments-là le jour-J.

La tremblote et l’adrénaline qui se vide. Après l’opération, je n’avais même pas osé demander des nouvelles du malade à la salle de réveil. Dieu merci, tout s’est bien passé, j’en étais heureux et fier à la fois, on pouvait se passer de l’envoi de nos patients à l’étranger. Dès lors, je me suis dit : on va passer à un stade supérieur ; au niveau du cerveau. Pour cela, il était impératif que j’aille voir ce qui se passe ailleurs dans le domaine de la radio neuro-vasculaire interventionnelle.

J’ai appris des techniques et je voulais revenir, mais ici la situation s’était dégradée. J’ai attendu un changement, mais en vain», regrette-t-il d’avoir raté un rendez-vous aussi bien professionnel qu’affectif, chez lui, en Algérie. «A Besançon, on m’a donné tous les moyens pour avancer, avec le professeur Bonneville. Mais on ne faisait pas d’embolisation. J’ai demandé à faire des allers-retours Besançon Nancy, car dans cette ville cette spécialité était assurée par le professeur Picard. J’étais dans mon élément, dans le sens où j’étais passionné, absorbé par mon métier, j’étais imprégné par cette envie d’apprendre et de transmettre cette technique très intéressante chez moi au pays», résume-t-il, l’esprit vif et agile. On comprend aisément que le Dr Moussa s’est investi avec son ardeur habituelle pour un noble objectif : celui de soulager et de guérir.

Parti pour 3 ans, IL reste 30 ans

Le docteur, qui a vécu une trentaine d’années en France, en sait beaucoup sur le système de santé de ce pays, surtout grâce à sa couverture sanitaire, dotée d’une organisation bien structurée et des compétences avérées dans nombre de spécialités. «Par exemple, la neuroradiologie est de meilleure qualité en France qu’aux Etats-Unis. J’avais rencontré le médecin qui s’est occupé du président Boumediène quand il était hospitalisé à Alger.

Ils avaient ramené un médecin allemand, qui a accompagné le scanner et qui a interprété tous les examens de l’ancien président. Je l’ai rencontré à Nancy, venu apprendre comme moi la neurochirurgie (…) Ils ont passé 24 heures pour faire un scanner du crâne, parce que le président avait un hoquet incoercible que ne cédait à aucun traitement. Ils passaient leur temps à guetter un moment de calme, pour avoir une image plus ou moins nette.» En comparant les deux systèmes de santé, algérien et français, qu’il a bien connus, le Dr Bouchareb insiste sur les différences. En France, le Conseil de l’Ordre qui est indépendant du ministère de la Santé a des pouvoirs très étendus.

C’est une entité qui gère les médecins. En Algérie, par contre, le Conseil ne sert pratiquement à rien ! Tout est géré par la tutelle. En Algérie, ce sont des bureaucrates qui, pour la plupart, décident de choses qui ne sont pas de leur ressort. En France, la sécurité sociale couvre toutes les strates de la société, sans compter les milliers de mutuelles très efficaces. Ici, en Algérie, tout est imbriqué. C’est une grande nasse. Cela dit, nous avons des compétences qui s’affirment avec force, en France et ailleurs et qui sont parfaitement valables.

La France sans l’étranger, sur le plan médical, coulera, à coup sûr. Les hôpitaux français, à près de 40%, sont fonctionnels grâce aux personnels étrangers. A la question de savoir pourquoi quitter des situations stables, confortables, agrémentées par des conditions de travail irréprochables et incitatrices, en se lançant dans l’inconnu, le Dr Bouchareb estime que même avec son parcours honorable, «on sent qu’on a une dette envers la société algérienne. Vous ne vous sentez pas bien là-bas, quoi qu’on dise.

Le seul moyen de régler votre conflit avec votre conscience, c’est de régler votre dette. Je vais verser ce que j’ai appris auprès des jeunes radiologues et contribuer ainsi au développement du pays.» Même la complexité de la tâche, liée aux survivances néfastes à la bureaunatrie, ne semble pas l’effrayer : «Je sais que je ne vais pas m’attendre à ce qu’on me déroule la tapis rouge. Je connais le décor mieux que personne. Car j’ai enduré et rencontré des difficultés physiques et morales. Je connais mon pays. Ce qui m’intéresse, c’est la population et non les bureaucrates. Il faut lutter et le peuple n’est pas l’administration.

UNE CLINIQUE ULTRA MODERNE

Mon projet c’est de mettre en application les connaissances que j’ai pu acquérir dans le domaine de la radiologie interventionnelle, particulièrement. J’ai eu une chance presque unique en arrivant en France où toutes les portes m’ont été ouvertes et dire que les choses n’étaient pas aussi simples que cela. Quand je parlais au professeur à mon arrivée en 1984 en France, il me considérait, à l’instar de médecins issus des pays en développement, de presse bouton. Ce qui n’était ni dans ma philosophie ni dans mes ambitions. Je refusais cette attitude car j’étais venu pour apprendre.

Un jour, ils ont ramené un jeune, la trentaine, qui a fait l’objet d’un grave accident au crâne. J’avais rabâché la technique, alors le professeur m’a lancé un défi. ‘‘Es-tu capable de le prendre en charge ?’’ Soit je réussis et les portes s’ouvrent pour moi soit j’échoue et je rentre chez moi, me suis-je dit perplexe et angoissé. J’ai accepté le défi : jamais on n’avait fait pareille opération à Besançon.

Je l’ai réussie, sans beaucoup de moyens et j’en étais fier. A l’époque, en 1985, le malade paraissait condamné et était plongé dans un coma presque irréversible. Et apparemment, il n’y avait pas d’alternative chirurgicale, on a réussi à colmater la brèche sans ouvrir le crâne, avec très peu de moyens. Ça a fait un grand boum à l’hôpital et même dans la ville. Bouchareb peut tout faire, entendait-on ici et là. Et c’est comme ça que le professeur m’a honoré de toute sa confiance, sachant que mon travail est ardu et complexe.

Ce sont des techniques très pointues qu’on ne peut aborder de manière approximative. On m’a donné ce qu’il faut pour ‘‘exploser’’ ! C’est ainsi que j’ai pris la chefferie du service à Vesoul, au centre hospitalier général dont ils voulaient faire une vitrine ! En 2000/2002, j’ai eu une expérience à Annaba, dans le but de rentrer définitivement. J’avais mon idée sur l’organisation du système de santé, peut-être en théorie car j’étais parti en 1984.

On a réussi à s’entendre sur un travail alternatif ce mois ici, un mois en France . J’ai dû amputer mon budget familial pour introduire les techniques nouvelles à Annaba ; j’ai trouvé que cela a dépassé les prévisions et les estimations, car il y avait une forte demande.

C’est là que j’ai conforté mon idée de rentrer à tout prix, quelles que soient les difficultés, ce que j’ai fait à mon corps défendant en ne regrettant rien.

J’ai affiné mes connaissances en développant le traitement de la douleur, le drainage des reins, des voies biliaires, les complications de la chirurgie, etc. J’ai fait de cet hôpital modeste presque un centre de référence où se pratiquait l’angiographie qui se substituait au pontage, le ‘‘stentgraft’’ de l’aorte, technique beaucoup plus légère qui nécessite au maximum 2 jours d’hospitalisation ; il y a aussi l’embolisation du fibrome utérien, chez les femmes qui remplace l’ablation de l’utérus ! J’étais séduit par ces nouvelles techniques dont j’étais conscient qu’elles étaient encore plus utiles dans notre pays qu’en France.»

Aujourd’hui, le Dr Bouchareb ne compte pas seulement sur son optimisme, ses compétences et sa logistique sophistiquée, mais aussi sur un environnement qui ne cadre pas avec cette donne révolutionnaire. «C’est vrai qu’on aurait aimé avoir un environnement adéquat, mais il faut tenir compte du milieu dans lequel on évolue. Chez nous, le privé est en train de suppléer aux insuffisances du secteur public et c’est tant mieux pour les patients», conclut le Dr Bouchareb.

 

 

Parcours

Enfant de Bordj Menaïel, où il est né il y a 69 ans, le Dr Moussa Bouchareb y a fait ses études primaires avant de les poursuivre à Tizi Ouzou et à Alger
Muni d’un doctorat, il a affiné ses études en France, où il s’est spécialisé dans la radiologie neurochirurgicale.
Le Dr Bouchareb a occupé plusieurs postes importants avant de rentrer au pays, en installant un imposant laboratoire de radiologie très sophistiqués qui fait la fierté des Menaïlis.
Le Dr Bouchareb, auteur de plusieurs publications médicales, est marié et père de 4 enfants, dont une fille médecin.

 


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