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Cheikh Abdallah Aksouh. 84 ans, ancien moudjahid, commissaire politique de la w III : Le maquisard, l’enseignant et l’imam

16 mai 2019 à 8 h 33 min

«La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force.»   Paul Valéry

Aksouh Abdallah est né en 1934 à Ighil Ali, dans la wilaya de Béjaïa. A 85 ans, il a gardé toute sa lucidité, sa sagesse et sa hauteur de vue, façonnées tout au long d’une vie pleine de reliefs et certainement pas de tout repos.

D’abord élève studieux, il n’hésita pas à troquer son stylo contre une mitraillette pour faire la guerre, tout en prônant la paix à travers ses prêches, homme de foi qu’il est. Après son devoir national, il renouera avec sa passion, l’enseignement.

Au diapason de l’actualité, il salue le sursaut du peuple pour sa dignité et pour sauver le pays contre les forces du mal. Retraité, il prodigue ses conseils à travers les causeries qu’il suscite à travers les différentes villes du pays. Abdallah est père de deux garçons et trois filles.

Sa vocation religieuse, Abdallah n’est pas allé la chercher trop loin, puisque le giron familial s’y prêtait admirablement, où la foi était bien ancrée et la culture musulmane transmise à travers les générations, dans l’harmonie et la sérénité. Son père, Mohamed Ben Rezki Aksouh, imam du village, a eu aussi une influence indéniable sur lui.

Abdallah a été moudjahid, il a activé en qualité de commissaire politique à la Wilaya III, désigné par le colonel Amirouche, qui lui avait confié plusieurs missions, dont notamment celle de juge, pour régler les différends survenus au sein des familles, liés aux problèmes de divorce, de succession, de conflits de foncier, ou encore pour rendre justice dans les cas de discipline en milieu militaire. Ce travail lui était incombé du fait de sa formation d’homme de foi et de loi.

Abdallah a crapahuté dans les maquis, où il a été grièvement blessé. Arrêté, il n’a dû son salut et sa libération qu’à la grâce du cessez-le-feu, alors qu’il attendait sa condamnation. Son autre vocation, celle d’enseignant, il l’a mise au service de ses disciples, qui lui doivent beaucoup.

Enfin, il n’a cessé de livrer des messages à travers les prêches et les émissions religieuses à la Chaîne II, où ses conseils sont toujours attendus par les auditeurs.

Pour mieux le faire connaître, nous lui avons rendu visite chez lui, en plein cœur de la Mitidja. Abdallah est né il y a 84 ans à Belaial, près d’Ighil Ali, à quelques encablures d’Akbou. Les valeurs ancestrales, l’éducation, la pudeur et le respect d’autrui, il les tient de son père, imam du village, qui s’inscrit dans la lignée des hommes pieux respectables et respectés.

Un homme de foi et de loi

Abdallah a vécu dans cette ambiance empreinte d’entraide, de solidarité et de quête de savoir, une condition sine qua non à l’époque pour gravir l’échelon social. Pôle de rayonnement spirituel et culturel, la zaouia de Tamokra n’est pas loin du village. C’est donc naturellement que Abdallah, après l’école communale, rallia la célèbre zaouia où officiait le cheikh Tahar Aït Aldjet, que Dieu lui prête longue vie, et dont Abdallah s’enorgueillit de l’avoir eu comme maître.

Le vénérable centenaire a passé le relais à son fis Salah, mais garde un œil sur la confrérie. «J’ai beaucoup appris auprès du cheikh, qui m’a mis en confiance et m’a éclairé de ses précieux conseils», avoue-t-il aujourd’hui, reconnaissant.

Puis, ce fut le célèbre institut où officiait Ben Badis, à Constantine, où Abdallah complétera sa formation, en décrochant après trois années d’études, en 1955, le diplôme El Ahlia.

Mais à peine sorti de ses vingt ans, la Révolution le rattrapa à Ighil Ali, fief stratégique de par sa configuration. C’est là qu’il fit la connaissance du colonel Amirouche, «plutôt favorable à envoyer les étudiants se former à l’étranger, car le pays aura besoin d’eux une fois l’indépendance acquise», rapporte Abdallah.

Mais Abdallah, à l’instar de son ami ayant le même profil, Ahmed Kadri, restera dans cette contrée quoi qu’il en coûte ! «Lorsque j’ai rencontré Amirouche, que je ne connaissais pas, il m’a demandé qui m’avait envoyé ici. Je lui ai donné la lettre du cheikh Hamani. C’était suffisant pour m’engager sans passer le test de bravoure et de conviction qui consiste en un attentat.

Puis, le colonel m’a donné rendez-vous. Je l’ai vu, au milieu des djounoud, en train de leur servir le souper, restant le dernier pour manger. J’étais impressionné par cette humilité et cette modestie. Le lendemain, il m’avait présenté un homme petit de taille. C’était Krim Belkacem.

Quelques semaines après, il m’a désigné en qualité de commissaire politique. C’était à la veille du Congrès de la Soummam, qui devait initialement se tenir à Moka, mais le village avait été bombardé, d’où son transfert à Ifri Ouzellaguen. C’est au cours de ce conclave que des structures ont été mises en place, concernant la communication, la santé, les habous, notamment.

Mon travail consistait à organiser les réunions, à recueillir les fonds et les cotisations, à distribuer l’argent aux nécessiteux et à intervenir dans les conflits sociaux et familiaux en rendant justice.

Dans nos contacts avec la population, on insistait dans nos discours sur les valeurs du nationalisme, de la religion et de la solidarité. Cela se passait un peu partout à travers la Wilaya III, notamment non loin du PC à Azazga. Nous avons activé sans discontinuer jusqu’à notre arrestation, le 4 mai 1960, à Aït Boughedane, près de Draa El Mizan, suite à une dénonciation.

On était une trentaine complètement encerclés. Il pleuvait à verse. Autour de nous, une imposante armada. Le combat était inégal, mais nous l’avons mené avec toutefois un bilan très lourd. On était trois blessés rescapés. Une rafale m’a touché. Au petit matin, ils ont jeté les morts dans des camions.

Quant à nous, on nous a dirigés vers Draâ El Mizan, au cantonnement, où nous avons été interrogés par le colonel Simon, avant d’être transférés à Michelet. On m’a mis une attelle avant d’être héliporté jusqu’à l’hôpital de Tizi Ouzou. J’y suis resté un mois et 20 jours après avoir subi une opération chirurgicale.

De là, on m’a transporté à la prison de Tizi, d’où je ne fus libéré qu’un mois après le cessez-le- feu, car j’ai dû passer par le Camp du maréchal, à Mirabeau, puis à Fort National.

Ils avaient découvert sur moi des papiers attestant ma qualité de président du tribunal révolutionnaire et que j’étais à l’origine de la condamnation de 6 harkis. Je devais comparaître le 19 mars. Heureusement, les Accords d’Evian en ont décidé autrement !»

Après l’indépendance, au mois de juillet, alors qu’il était avec son secrétaire, Abdallah fut menacé par des éléments de l’armée des frontières, à Bab J’did (actuelle caserne Ali Khodja). «Par bonheur, je n’ai dû mon salut qu’à un ancien camarade de classe à Constantine, le capitaine Hachemi Hadjeres, qui m’a longuement congratulé et ordonné aux soldats de nous désarmer, mon secrétaire et moi, et de faire signe à ses subordonnés de s’éclipser.

J’ai souvenir qu’il avait donné ordre à ses soldats de ne plus toucher aux éléments de la Wilaya III. Après, j’ai rallié Boghni pour une réunion avec Krim Belkacem et Mohand Ouelhadj.»
La passion de l’enseignement

«Entre-temps, Toufik El Madani avait exigé ma présence au ministère des Wakfs, où j’ai exercé pendant une année. Mais je n’ai pu résister à ma vocation originelle, l’enseignement à Mcid Fatah, dès 1963. Puis, j’ai profité d’un concours réussi pour rejoindre l’université où j’ai obtenu une licence en lettres arabes, suivie d’une année à l’Ecole nationale supérieure.

En 1964, j’ai été affecté au lycée technique du Ruisseau. J’y ai enseigné pendant quatre ans avant de rejoindre le lycée Amara Rachid (2 ans).

Enfin responsable à l’Institut pédagogique national pour l’édition du livre scolaire jusqu’à la retraite en 1988.»

Evoquant cette période, Abdallah avoue que le corps enseignant a souffert au départ de la marginalsation de la langue arabe par rapport au français. Sa retraite, Abdallah l’a mise à profit pour des conférences souvent avec cheikh Mohamed Necib, à Béjaïa, et à Tizi Ouzou et aussi des causeries en tamazight. Bénévolement, bien sûr !

L’état des lieux de l’école actuelle n’enchante guère le fin pédagogue qu’il est. «Ce que cette institution délabrée subit aujourd’hui de plein fouet, c’est la sanction terrible d’une gouvernance qui a tout fait pour décrédibiliser l’éducation, le savoir et la culture. Mais pas que cela. La désagrégation morale de la société constitue aussi une cause de la déchéance du système éducatif. Sans compter ce pilier, le transmetteur de connaissances, qu’est l’enseignant. Qui ne sait quoi transmettre au juste à l’élève.

Il doute de ce qu’il croit, de ce qu’il sait, de ce que l’institution veut ! Enfin, il faut prendre en compte aussi les luttes intestines idéologiques et culturelles qui n’en finissent pas. Finalement, si l’école est malade de la société, la société est plus encore malade de son école !», insinue le vénérable cheikh.

Quant à la religion, Abdallah a la conviction qu’il faut la prémunir et l’éloigner de l’idéologie et de la politique. Homme solidement enraciné dans la foi, mais d’une grande ouverture d’esprit, aux valeurs des autres religions, Abdallah n’a ménagé aucun effort pour propager et semer partout la bonne parole. Humble et discret, il l’a été tout au long de sa vie, que ce soit au maquis ou dans sa vie professionnelle. Pour lui, la religion est trop sacrée pour être manipulée par des apprentis sorciers.

Ce qu’il abhorre, c’est cette propension de certains imams autoproclamés à légiférer par des fatwas suspectes, en proclamant l’interdit à tout bout de champ. C’est ainsi que les bidaâ fleurissent partout !

C’est pourquoi Abdallah a fait sienne cette réflexion de cheikh Arnaout, pour lequel il voue une haute considération : «Nous ne voulons pas d’un salafisme belliqueux ni d’un soufisme derviche danseur. Mais d’un islam médian et éclairé, comme nous l’ont légué nos ancêtres.»

Le hirak, une bénédiction

La situation politique actuelle n’indiffère point notre interlocuteur qui y voit un signe de vitalité. «Le peuple qui se réveille pour réclamer ses droits est un acte légitime. Le mouvement qui s’est déclenché, nous lui transmettons notre baraka et on va soutenir les jeunes avec nos prières. Je suis optimiste, car c’est une nouvelle ère qui se profile.

Que pouvons-nous souhaiter à notre cher pays sinon la paix, la prospérité et le développement en mettant un terme aux graves dérives qui nous ont amenés là où on est !»


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