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Bouzid Cheniti. ancien gardien de but de l’entente sétifienne et de l’équipe nationale : «Le football est plus qu’un jeu, une culture !»

05 décembre 2019 à 9 h 32 min

«Je ne joue pas contre une équipe en particulier, je joue pour me battre contre l’idée de perdre.»    (Eric Cantona, footballeur, acteur)

 

A Sétif, à l’instar de nos amis Abdelhamid Salhi et Salim Oussaci, ancien arbitre international, Bouzid Cheniti ne fait pas un pas sans serrer des mains, où échanger des mots sympas. C’est dire qu’il fait partie intégrante du paysage de la capitale des Hauts-Plateaux.

Ici, il peut dire qu’il a vu quelques arbres pousser et d’autres tomber. Philosophe, ancien goal que j’ai dû connaître dans mon enfance, puisqu’on habitait dans le même quartier qu’on a essayé de faire renaître à travers le souvenir. Avec ses amis et ses anciens équipiers, la loyauté et la fidélité sont toujours de mise.

Et sortant de la bouche de Bouzid, ces mots ne sonnent pas faux. «Pourquoi voulez-vous que je change ? J’ai toujours veillé à mon éducation, à mes principes et je ne m’en porte que mieux», lance-t-il avec beaucoup de conviction. «Toute une vie, c’est Sétif.

Cela représente une tranche importante dans ma carrière sportive. Notre marque de fabrique, c’est le respect des autres, particulièrement nos supporters qui sont remarquables alors que nous n’avons pas toujours su leur donner ce qu’ils étaient en droit d’attendre.

Le public a été, qu’on le veuille ou non, notre douzième homme.» C’est dit avec sincérité par ce sportif qui a été éducateur pendant de longues années. Bouzid est né le 19 juin 1951 à Sétif. Il y a fait sa scolarité en fréquentant le fameux lycée Karouarri qu’il a quitté en seconde. «Le football m’a accaparé. Je n’ai pu continuer mes études.»

Sétif pour toujours

Mais il continuera à flirter avec le sport, puisqu’on lui offrira le poste de maître d’EPS, métier qu’il affina aux côtés des frères Alili, Farid et Salim de Blida. La réforme sportive de 1977 bouleversera sa vie. Il est intégré à l’entreprise publique qui parraine l’entente, l’ENPC, qui s’occupe des dérivés des produits liés aux hydrocarbures : «Je me suis d’abord occupé de l’école de foot de l’Entente avant d’y jouer. Je peux dire que c’était la période la plus belle du ballon rond algérien.

La preuve ? Elle a abouti à la première participation de notre pays à la Coupe du monde en 1982 et qui a été loin d’être de la figuration ! Et puis, c’étaient des joueurs en majorité issus des clubs locaux et du championnat national ! Cette réforme a beaucoup sécurisé les joueurs sur le plan des salaires et de la carrière.

L’administration était gérée avec rigueur ! Mais le côté négatif, c’est que ceux qui dirigeaient n’étaient pas issus du football et n’avaient aucun lien, ni physique ni affectif avec le club. Ils géraient mécaniquement, comme si c’était une entreprise de spaghetti. L’ENPC nous a affecté un budget de 600 millions, les préposés à la direction ne dépensaient que le tiers et rendaient le reste à la tutelle au lieu d’investir dans la formation, les infrastructures et dans les équipements.

Cela aurait aidé à développer le foot à Sétif qui avait déjà une base bien assise !» Comment Bouzid en est-il arrivé à côtoyer ce sport parfois ingrat, parfois fabuleux. «Vous savez, comme tous les enfants, on a appris à taper dans le ballon dans les terrains vagues. J’ai un frère, Mohamed, qui a joué au WA Boufarik, à l’USM Blida et une année à Sétif. C’était un policier.

Sans doute m’a-t-il influencé. Adolescent, j’allais signer à l’ESS. Mon père qui jouait au Stade africain de Sétif m’a orienté sur le … SAS. J’y ai débuté dans les petites catégories. Junior, j’ai joué en senior. J’avais pris la place de mon père. Il y avait déjà un certain Mokhtar Arribi, qui était en train d’entraîner et le SAS et… l’ESS.

Avec le SAS, en junior, on a décroché la coupe d’Algérie en 1967. J’étais remplaçant. Mon premier match avec l’ESS était en 1970, contre le MCA à Bologhine, où on avait perdu par 4 à 0. Notre équipe était renouvelée à 90%. Accablés, à la fin Arribi nous a réunis dans les vestiaires et a dit aux cadres Koussim, Salhi, etc. ‘‘Si ce n’était le jeune gardien (que j’étais), on en aurait pris une douzaine !’’ Cela m’a réchauffé le cœur. La semaine suivante, je m’attendais à jouer à Sétif contre le MCO. Arribi ne m’a pas fait jouer, préférant Gagaa, que je salue et qui m’a fait progresser ; j’ai compris par la suite que le coach voulait me préserver ! Je n’avais que 19 ans !»

Entraîneur, joueur, éducateur

Quand il parle de cette époque fleurie, qui sent bon l’abnégation et la fierté, Bouzid est pris par l’émotion. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer aussi les mauvais jours, comme cette période de vaches maigres qui a tant duré de 1968 à 1980 ! Et puis de raconter aussi ces cocasseries qu’on trouve rarement ailleurs !

«On a joué contre le NAHD en coupe en aller et retour. On a perdu 3 à 1 à Alger et on a gagné 2 à 0 à Sétif. On pensait qu’on était qualifiés, mais contre toute attente, le délégué du match nous intima l’ordre de passer aux tirs au but sans même passer par les prolongations ! On a perdu par 5 à 4. Il faut dire qu’en face il y avait un certain Ouchen, que je salue, qui a été décisif dans ce genre d’exercice. Ces années-là, on était les pestiférés des supporters. Heureusement que les choses avaient changé avec la réforme, et l’apport des joueurs du club rival (l’USMS) qui nous a renforcés par les Khalfa, Bendjaballah et autres…

En 1980, on a gagné contre l’USM Alger au stade du 5 Juillet par un but de Arabat. Croyant avoir acquis de l’expérience, de l’assurance et de la maturité, je pensais postuler naturellement à une sélection parmi les Verts. Ce qui fut fait. En 1980, j’étais convoqué par le trio Rajkov, Maouche, Bahmane tout au long de deux années jusqu’en février 1982. Je n’avais joué qu’une seule mi-temps en amical contre Malte.

Cela m’a marqué profondément et amèrement», se rappelle-t-il avec un pincement au cœur. Mais la vie, qui n’est pas un long fleuve tranquille, a ses hauts et ses bas. Bouzid saute la barrière et se voit confier le coatching de l’ESS avec laquelle il gagne la coupe d’Algérie en 1990 contre le MSP Batna au stade du 5 Juillet par un 1 à 0. Ce que pense Bouzid du foot actuel : «C’est une gabegie, une mauvaise pièce de théâtre.

Entre ce qui a été fait lors de la Réforme sportive, c’est la nuit et le jour. Il n’ y a pas de comparaison ! Actuellement, le foot est l’objet de dilapidation sans contrôle et sans objectif. Regardez les sélections de jeunes, inexistantes sur le plan continental. L’équipe nationale est composée à 80% de joueurs algériens évoluant à l’étranger. Hélas, le foot est devenu un business fructueux qui a entraîné la corruption, les dessous de table.

Il faut tout balayer par une autre stratégie, hardie, structurée et non pas laisser faire le massacre en accordant généreusement des subventions sans contrôle, sans rendre des comptes. Où va-t-on comme ça ? Il faut tirer la sonnette d’alarme, à moins que le foot soit utilisé à des fins autres que les siennes ! Car l’argent sale est en train de gangrener le foot.

De notre temps, l’entraîneur, véritable éducateur, était le premier responsable de l’équipe. Actuellement, le coach n’a aucune emprise sur l’effectif, le président s’immisce sans rougir dans la composition de l’équipe. L’élément fondamental qui peut mettre fin à cette cacophonie, c’est la justice !»

Revenant sur sa carrière qu’il ne regrette nullement, Bouzid évoque les bons et mauvais jours. Un joueur qu’il redoutait particulièrement ? «J’ai joué contre des joueurs de renommée, comme Lalmas, Fréha,

Betrouni. Franchement, au départ, on avait des appréhensions, mais on s’est adaptés. Avant, c’était un environnement sain. Si tu as des valeurs et des compétences, tu réussis inévitablement. Dans toutes les équipes, il y avait des joueurs de talent. Qui ne se souvient de Belkedrouci au MCO, de Hadefi, de Seridi à Guelma, d’Amirouche au RCK, de Guedioura à l’USMA, du regretté Belmiloudi au CRB, de la fameuse triplette constantinoise du MOC, Krokro, Gamouh, Fendi et j’en passe.»

Le foot algérien bien malade

Bouzid ne pouvait pas ne pas raconter quelques anecdotes croustillantes, comme ce déplacement pour jouer contre le RCK. «D’habitude, on prenait nos dispositions. Avec l’entraîneur Benkinouar, on est partis de Sétif à 4h du matin.

On a déjeuné dans un centre de Sonatrach à El Harrach. Ce jour-là, je portais une kachabia, on s’amusait dans le resto. Mes amis m’avaient mis 6 oranges dans ma capuche. J’ai senti quelque chose de lourd. On a perdu 6 à 0 !

J’avais senti ça comme quelque chose de prémonitoire. Un autre jour, on jouait contre M’sila, chez eux, alors que j’étais entraîneur de l’US Chaouia, la FAF avait désigné le Sétifien Koussa Messaoud pour ce match qu’on a gagné 1 à 0. Nos hôtes ont suspecté une connivence.

On est restés bloqués dans les vestiaires avec les arbitres jusqu’à une heure tardive. Même scénario contre l’USM Khenchela alors que je coachais le HB Chelghoum Laïd. Le match était dirigé par le Sétifien Oussaci. On a gagné sans fioritures par 1 à 0. Mais là encore, nos adversaires avaient évoqué l’arbitre qui nous aurait avantagés parce que Sétifien !»

A la question de savoir si sa vision était réellement approximative comme cela s’est propagé, il répond : «Je portais des lentilles et je voyais bien. Cela n’a eu aucune influence sur moi. Les mauvaises langues, je les laisse à leur conscience !»

 

 

Parcours

Né en 1951 à Sétif, a évolué au SAS qu’il a entraîné. A joué à l’ESS. Il a embrassé la carrière d’entraîneur aux côtés de Kermali en 1983. Intronisé à 31 ans après le départ de Kermali au MCA. A eu des résultats probants en tant que coach, notamment en aidant le club à remonter, en gagnant la Coupe afro-asiatique et la Coupe d’Afrique. A entraîné Monastrir en Tunisie et l’Olympique du Kef et l’AS Gabes. Bouzid est marié, père de 2 filles et 2 garçons. Il est retraité depuis 5 ans.


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