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El Ghazi Djermane. Ancien joueur du Gallia et l’USM Alger : «Belmadi a su redonner des couleurs aux Verts»

22 octobre 2020 à 10 h 38 min

«A quoi servirait un lever de soleil, si nous ne nous levions pas.» (C. Lichtenberg)

La providence est parfois généreuse avec certaines personnes qu’elle accompagne, dès la naissance, pour un cheminement qu’elles ont aimé. Tel fut sans doute le sort qu’elle a réservé à El Ghazi Djermane, infecté de football depuis très petit, à l’âge où d’autres jouaient à la toupie dans les rues de son quartier.

Aujourd’hui, à 78 ans, Djermane se contente de voir les autres jouer. Comment gérer et digérer sa retraite sportive, lorsqu’on a tout donné pour le football ? El Ghazi raconte ses petites et grandes histoires. Un voyage dans le temps, rempli d’anecdotes et de moments intenses, que seul le foot peut procurer.
Sa vie est liée au ballon rond, qu’il estime avoir servi loyalement avec le sentiment du devoir accompli. Ses adieux avec les terrains, pourtant, remontent à loin.
A l’année 1967 exactement. «Quand on attrape ce virus, on ne peut plus s’en passer», explique-t-il

Un mordu du ballon rond

El Ghazi ? Un prénom peu répandu chez nous. De qui le tient-il ? «A ma naissance, le 2 janvier 1942, mon oncle maternel a été témoin d’un événement sportif important au stade municipal du Ruisseau, où un grand meeting d’athlétisme était organisé. Il a été impressionné par le champion de France de course de fond El Ghazi qui avait des dons exceptionnels. Celui-là, il semblait avoir été mis au monde pour courir. Il courait sans fatigue apparente.

A l’arrivée, il semblait aussi frais qu’au départ. Il était d’une sobriété exemplaire, ne buvait jamais d’alcool, ne fumait pas, il faisait partie des tirailleurs marocains. Comme Daou Benbrik, son compère, autre grand champion. ‘‘Tous deux, si souvent unis dans le succès, sont unis dans la gloire au paradis des croyants’’, écrivait la gazette de l’époque. C’est donc tout naturellement que mon oncle me gratifia de ce prénom. J’ai appris par la suite qu’on prénommait ainsi en hommage à un grand marabout basé à Casablanca», se souvient-il.

Ici à Bab Ezzouar, où il réside, c’est son repaire. Tout le monde le connaît et pas seulement pour sa notoriété sportive, car El Ghazi, depuis qu’il est ici, s’est attaché à un travail de proximité appréciable dans le domaine de l’embellissement, du civisme, de l’environnement et du vivre-ensemble. Tout le monde loue ses mérites. Dans le soleil généreux de cette belle journée d’automne, il nous reçoit dans ce beau café, point de rencontre et de chute, où il égrène les moments forts de son parcours.

Comme il croit en la bienveillance de la vie, El Ghazi est presque toujours souriant. Il a vécu le foot intensément, passionnément, avec plus de hauts que de bas. «Avec les copains à Salembier, le grand jeu de gamins, c’étaient les parties interminables de foot qui nous ont façonnés. Puis, lorsqu’on a foi en quelque chose, c’est elle qui nous impulse, le reste vient ensuite», commente-t-il avec philosophie. De cette conviction radieuse, le jeune El Ghazi a tiré de nombreux enseignements, dont le plus remarquable est qu’il était fait pour le football qu’il est allé taquiner aux sommets en signant au Gallia Sport en 1959.

Surclassé grâce à son talent

«Je n’étais que junior première année, ils m’ont fait accéder en équipe fanion. Cette promotion, je la dois à Marcel Salva, mon entraîneur, qui a été un brillant demi-centre de l’équipe de France. Il possédait une ferme à Ouled Fayet et un grand dépôt à Climat de France. J’avais disputé mon premier match contre le SCU El Biar de Dhomar et Chakor à Saint Eugène. Notre équipe avait fière allure avec Salah, Nassou, Belbekri, Bagur, Fortuné qui habitait au Champ de manœuvres. Il était content lorsqu’il apprit qu’à l’indépendance son appartement était occupé par le regretté Hamid Bernaoui. On avait gagné ce match de coupe de France 1-0. En ces moments décisifs, Zitouni Abdelghani m’avait beaucoup encouragé. Nous devions affronter Grenoble en métropole, mais les dirigeants avaient renoncé au déplacement, nous partageant les frais y afférents. On ne demandait pas mieux !»

Dans un éclat de rire entendu, El Ghazi partage son enthousiasme de jeune adolescent, lorsqu’une anecdote lui revient à l’esprit et qu’il raconte de bon cœur : «Il y avait une rivalité d’enfer entre le Gallia et l’AS Saint Eugène, où évoluait mon ami Abderrahmane Meziani. Le match était programmé au stade municipal du Ruisseau. Meziani, sur sa Vespa, devait passer par Salembier pour me prendre. On avait décidé d’aller ensemble au stade. Mais à l’heure indiquée, pas de Dahmane. J’ai attendu, en vain… L’heure du match approchait, j’ai décidé de partir en courant jusqu’au stade. Cela m’a servi d’échauffement. On a appris que Dahmane en passant par le boulevard Bru a été arrêté par un policier galliste notoire qui voulait l’empêcher de jouer.

Ainsi, l’ASSE a été privée de la présence d’un de ses meilleurs éléments. Au Gallia, je garde un souvenir inoubliable. Un jour, j’ai été voir notre président, M. Scanafico, un Corse, pour lui demander la somme de 3000 francs. ‘‘C’est une grosse somme, je ne peux rien te promettre’’, s’est il exclamé… Deux jours après, le comité directeur m’octroie la somme demandée. Le même président, visiblement plus conciliant, revient à la charge. ‘‘Quand est-ce que tu les rends ?’’, m’avait-il apostrophé. A la fin de l’année, ai-je répondu. ‘‘Quelle année ?’’ s’est il exclamé dans un fou-rire, donnant l’impression que je ne les rendrais jamais!

A l’occasion de la fête de fin de saison, j’ai tenu ma promesse, en remettant l’argent au président. Vous savez ce qu’il m’a dit : ‘‘Tu es le premier à rendre ton dû. Tu as été honnête. Prends-les et amuses-toi avec…’’ A l’époque, il y avait des clubs importants, forts aussi par leurs moyens. Comme le SC Bel Abbès, formé en majorité de joueurs de la légion étrangère. Mais les plus en vue étaient Taillepierre, Bengamra, Benyamina ; à l’O Hussein Dey, les plus en vue étaient Youcef et Mustapha Bouznad, et la Marsa d’Oran s’illustrait par son goal Botella. Au FC Blida, il y avait Meftah, Mazouza, Baldo, Ousser. Au RPO Constantine brillaient Zefzef et Embarek. Au Red Star, les plus marquants étaient Mohand Maouche, Abdelkader Zaibek et le goal Diel.»

Le signe indien de la Coupe d’Algérie

«A l’indépendance, les meilleurs qui évoluaient à l’ASSE et au Gallia devaient aller au Mouloudia. Mais ça n’a pas marché, ils nous ont pris de haut. Il y a eu d’abord le Stade algérien, puis l’USM Alger, Bentifour est venu, ensuite Djemaa et Nassou. Il y avait de grands dirigeants, à l’instar de Kemmat, Zeffouni, Amrani, une ambiance de famille régnait. On avait organisé un grand tournoi en 1963 au stade municipal, auquel ont pris part, outre l’USMA, les FAR, le WAC et l’ES Tunis. En présence du président Ben Bella et du roi Hassan ll, nous avions tenu en échec les FAR 3 à 3, les trois réalisations étaient de Bernaoui.

L’année suivante, on a participé au tournoi d’Oran qui regroupait le WA Casablanca, le MC Oran, Melila et l’USMA, qui enregistrait la venue de Lakhdar Guittoun. Après notre victoire en finale, le président espagnol interpelle Bentifour : ‘‘Tu viens avec tes joueurs, je vous fais tous signer.’’ Au plan national, lors du premier championnat, on a battu le MCA à deux reprises (2-1) et (3-0). On a perdu bien des coupes et j’avoue qu’à l’époque, l’Entente de Sétif avec ses Koussim, Kharchi, Bourouba, etc. était notre bête noire.

Cela ne diminue en rien le statut de l’USMA. C’était un collectif parfaitement huilé, tourné vers l’avant qui pratiquait un jeu académique, souvent de haute volée. Bien plus, je dirais que c’est une véritable famille qui a accueilli à bras ouverts, des joueurs venus d’autres horizons. L’USMA a toujours privilégié le beau jeu, le plus emballant.»

Djermane a également conscience d’être en décalage avec le foot de nos jours, qui ne l’emballe pas outre mesure. Une indifférence, voire une absence de curiosité, car les codes ne sont plus les mêmes. «Nous, on jouait beaucoup pour le plaisir. Maintenant, on a l’impression que seul l’argent compte pour eux. Seule lueur d’espoir, l’équipe nationale qui a renoué avec ses ambitions et a retrouvé des couleurs avec Djamel Belmadi qui fait réellement un travail imposant. Pourvu qu’on ne vienne pas le perturber dans son exaltante mission», souhaite l’ancien Usmiste qui a gardé sa verve et sa bonne humeur, en défiant l’âge, le temps et le pessimisme ambiant.

Parcours

Issu d’une famille révolutionnaire qui s’enorgueillit de Rabah, cofondateur de l’UGTA, l’oncle d’El Ghazi, les Djermane ont habité à Dar El Babor, avant de s’établir à Clos Salembier pour des raisons de sécurité. Son père Arezki et ses frères Rachid et Mohamed ont connu les affres de l’enfermement pendant la lutte de libération. En marge du football, El Ghazi a exercé à l’hôpital Mustapha pendant 2 ans et au Pari Sportif Algérien où il a pris sa retraite il y a déjà quelques années. Marié et père de deux garçons, il coule une retraite paisible au milieu des siens.

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