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samedi, 20 avril, 2019
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Maâmora est une commune de la daïra de Hassasnas, distante de 45 kilomètres du chef-lieu de wilaya, Saïda. Maâmora, terre du Saint Sidi Youcef et de mes ancêtres, terre pastorale et berceau de la poésie du melhoun, elle fut témoin de la résistance du peuple algérien contre les troupes coloniales, elle s'appelait à l'origine El Maâmir et doit son nom actuel au défunt président Houari Boumediène.

Un mythe est né à Maâmora !»

17 mai 2018 à 12 h 00 min

Maamora, en effet, avait été choisie pour être le deuxième village socialiste agricole après AïnNehala (wilaya de Tlemcen), dans le cadre de la première phase de la Révolution agraire –il avait été prévu de construire 1000 villages socialistes; projet qui ne se réalisa pas. Rappelons-nous la fougueuse Révolution agraire: souvenir vivace de ces étudiants volontaires exprimant leur enthousiasme à travers ce chant qui fait encore vibrer  le cœur de ceux qui ont vécu cette époque bénie: «Hé Mammya, thaourazira'iya!»«La terre à ceux qui la travaillent!» Honorable slogan vivant toujours dans la mémoire de ceux quiparticipèrent à ces grands projets solidaires!Serment a été pris, par la suite, de faire disparaître tous les taudis hérités du colonialisme, «là où ils se trouvent»!

La première pierre pour la construction du village agricole de Maamora fut posée en octobre 1972 par le défuntprésident Houari Boumediene qui l’inaugura le 13 décembre 1973 en présence, notamment des défunts ministres Ahmed Medeghri et Tayebi Larbi ainsi que du président de l’APC, Hadj Benali, aveclequel j’ai un lien de parenté. Cette réalisation suscita un grand enthousiasme en Algérie et dans plusieurs pays amis.

Le village reçut la visite, en 1974, de plusieurs chefs d’Etat africains, dont le président malien Moussa Traoré. Une éminente personnalité se rendit également à Maamora durant la même année: la cosmonaute russe Valentina Terechkova,  première femme à avoir effectué un vol dans l'espace le 16 juin 1963. Mohammed Belhamidi, actuelprésident de l’APC de Maamoraet gardien fidèle de l’arbre généalogique de la tribu des ElMaamir dont nous sommes tous les deux issus, m’a confié qu’El Hadj Abdelsaïd, représentant de l’Unionnationale des paysans algériensdans la création de laquelle il s’était fortement impliqué,offrit à la prestigieuse visiteuse un burnous en poils de chameau dont il la revêtit solennellement.

Mohamed Belhamidi lui-même eut le privilège de la rencontrer en août 1982,à Moscou, au centre des jeunes cosmonautes, dans le cadre d’une visite effectuée par une délégation algérienne dont le séjour dura un mois.Riche moisson pour Maamora qui vécut l’exaltante époque du volontariat estudiantin et qui fut le théâtre naturel de la passion du grand et regretté dramaturge, Abdelkader Alloula, qui y représenta ses pièces, de 1973 à 1974.Saïda connut une grande effervescence à cette époque-là :les créations engagées de la troupe-culte«Prolet-Kult», fondée et dirigée par Mokhtar Atmani et les séminaires organisés par Abdelkader Alloulapour débattre de ces sujets nouveaux, rayonnants, la Révolution industrielle, la Révolution agraire et la Révolution culturelle.

La rencontre,en avril 1973, à l’initiativeduThéâtre régional d’Oran, en collaboration avec l’université populaire de SidiBelAbbès, l’association Prolet-Kult de Saïdaet des universitairesd’Oran fut déterminante. C’est le récit que nous en fit Denis Martinez.Elle réunissait des hommes de culture de tous les horizons : les peintres Mohammed Khadda, Denis Martinez, Mohamed Baghdadi, dit Benbaghdad et ZerroukiBoukhari; des hommes de théâtre, des cinéastes : MerzakAllouache et le journaliste Kamel Bendimered (longtemps, j’ai cru qu’il s’agissait de mon ami normalien qui portait le même nom et que je n’avais pas revu depuis 1965). A la fin du séminaire, les participants à cette rencontre furent exhortés à accomplir une journée de volontariat à Maamora, ce village socialiste agricole pilote.

Les artistes-peintrescités discutèrent alors de la nature deleur apport à la construction de ce village : que pourraient-ils lui offrir sinon une œuvre née de leur art ? Ils exposèrent alors leur projet au wali de Saïda, qui mit à leur disposition un panneau de trois mètres sur deux ; ils rapportèrent d’Alger leurs couleurs, leurs pinceaux et se présentèrent à Maamora.

Ils déposèrent leur panneau.Maamora était un village sans fondations ; tout juste un chantier ;  pas de murs… C’était juste un lieu hautement symbolique.

Ils se concertèrent sous le regard curieux des attributaires et se mirent au travail, en binômes ; Denis Martinez et Mohamed Benbaghdad,d’un côté, parce que leur démarche et leur style étaient proches, Mohamed Khadda et KouiderBoukhari, de l’autre.

Je devine l’entrecroisement de mains fébriles, l’enchevêtrement de signes et de couleurs, des cœurs à l’unisson, un imaginaire en fusion ; et du souffle magique de la création durant une journée pleine, une journéeentière,naquit la fresque mythique. Pour les attributaires, ces signes qui suscitaient l’émotion de leurs auteurs c’étaient des«tkherbich»(gribouillages) ! Mais ils se montrèrent respectueux de cette contribution solidaire de leurs hôtes à l’édification de leur village, un village aux couleurs de la Révolution ; ce passé récent encore en mémoire des habitants des douars, victimes de la violence féroce des forces coloniales.

Et ces hommes analphabètes s’empressèrent alors— Denis Martinez rapporta ce fait avec une émotion particulière tant était forte cette vision — de saisir chacun ce panneau désormais parlant et de le porter sur leurs épaules; une chaîne s’était spontanément formée pour  conduire la fresque, destinée à la future école du village,  dans un lieu sûr ;  c’était désormais la propriété symbolique de cette communauté pastorale !MerzakAllouache,saisi d’admiration,  avait fixé sur la pellicule  ce mouvement magique.

Denis Martinez et ses amis ne s’en occupèrent plus par la suite,mais ils y songèrent certainement.

Baisser de rideau!

Les années noires ; le sang rouge abondamment versé ; la terreur.

A Alger et sur tout le territoire, des amis et des connaissances tombèrent. Des personnes connues ou anonymes, individuellement ou en masse. Le souvenir était mortifère. La douleur et la révolte toujours présentes.

La peur s’était installée partout dans les villes et les villages, dans les plaines et dans les montagnes

De nombreux intellectuels avaient été forcés à l’exil.

A Maamora, la résistance s’était organisée ; le chef des Patriotes et président de l’APC, c’était Mohamed Belhamidi qui avait déjà perdu durant la guerre de Libération son père et son frère ; il n’était pas question pour lui de se laisser impressionner.

Le retour à la lumière

En novembre dernier, alors que je me trouvais à Saïda, j’appris fortuitement par Karim Mouley, président de l’association Ciné culture de Saïda et travailleur méritant de l’ombre, le passage de Denis Martinez venu pour redécouvrir cette fresque qui avait été protégée, spontanément et valeureusement, par les Patriotes de Maamora et à leur tête Mohamed Belhamidi.

Comme j’exprimais mes regrets d’avoir manqué cette opportunité, KarimMouley m’apprit que Denis Martinez reviendrait en avril 2018 à l’occasion d’une rencontre spéciale qui avait été décidée pour faire connaître cet exceptionnel événement auquel je serai conviée.

Revenue à la fin du mois de mars à Saïda, je découvris, via Facebook,l’annonce de ce colloque accompagnée du programme, étalé sur trois journées et sur deux sites : les 3 et 4 avril à Maamora et le 5 avril à Saïda.

Un programme rappelant un passé chargé d’histoire et de passions et appelant à une union solidaire pour empêcher la mémoire de sombrer en ces temps de désespérante uniformité! Il est combien urgent de sonner la relève !

J’appelais Mohamed Belhamidi pour lui apprendre mon arrivée; il me confirma mon invitation; j’en fis de même auprès de Karim Mouley qui m’offrit généreusement de bénéficier du moyen de transport obtenu pour la circonstance afin de me rapprocher des invités, mes amis.

 

De Hammam Rabbi à Maamora en passant par Saïda

3 avril: KarimMouleya finalement réussi à obtenir un car pour le transport des invités et des participants à cette rencontre exceptionnelle.

J’en étais. Direction Hammam Rabbi où étaient logés les principaux invités.

Ils sont venus!

Ils étaient tous-là !

Le bonheur partagé : c’est Denis Martinez qui m’aperçut le premier; des paroles et des gestes de joie exaltée ! Dominique Devigne suit, douce et souriante comme toujours.

Je ne les avais plus vus depuis l’année 1993 pour les retrouver, si longtemps après, l’été 2016, dans le cercle trépidant de Racont’Arts, ce festival exceptionnel dont Denis est le co-fondateur.

Puis, c’est Karim Sergouaretrouvésur les pages de Facebook, quelquesannées plus tôt. Je connaissais Karim et JaoudatGessouma, des inséparables, depuis les années 1990, depuis les années fastes à l’Ecole des Beaux- Arts. Les portes ouvertes qui voyaient ces jeunes gens expliquer et montrer aux visiteurs les mystères et la beauté de leur art. J’y emmenais mon jeune fils, ouvert déjà à l’appel de la création. Nous nous retrouvions souvent ensemble pour la réalisation de plusieurs projets culturels formés à l’Institut français d’Alger,dont le directeur était Alain Dromsom, un homme de qualité porté par l’amour sincère pour notre pays et sa jeunesse.

Quand des amis communs furent assassinés, il était là, avec nous, auprès de leurs dépouilles, ne songeant même pas à sa propre sécurité. Il aida plusieurs de nos amis à partir pour sauver leurs vies menacées.

Malgré le danger, les années 1990 connurent une activité effervescente de notre part! Il fallait absolument contrer la mort et pas seulement la mort physique, mais surtout l’éclatement de l’esprit, l’esprit qui crée, l’esprit qui critique.

Mais Jaoudat n’était pas là ce matin, à Hamman Rabbi ; il devait arriver le lendemain seulement.

EtNajetKhadda ? Denis m’apprit qu’elle n’était pas venue car elle était souffrante. Dommage !

Najet, c’était aussi les années 1990quand je faisais partie de ce groupe d’universitaires et d’intellectuels,le Groupe Aïcha. Des périodes d’activité intense. Pour le progrès. Contre la violence. Chaque jour. Mohamed Baghdadi (dit Benbaghdad) n’était pas sur les lieux non plus ; on allait le retrouver à Maamora.

Lui, je l’avais connu durant l’année 1970-1971 alors que je travaillais au lycée El Fath de Blida où était scolarisée sa sœur. Il faisait partie du Groupe Aouchem. Il m’avait offert une petite pierre qu’il avait gravée, rappelant son appartenance à ce mouvement. Je ne devais plus le revoir.

Il y avait aussi Abdelkader Belkhorissat, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger, aujourd’hui directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Sidi Bel Abbès. Il était accompagné de quatre de ses disciples : Zineb Belhamiche, AmiraBouzar, Mehdi Brahim et Mohamed Soumeur.

Après nous être regroupés, nous montâmes dans le bus qui refusa alors de repartir!

Une jeunesse nouvelle nous saisit : nous nous amusâmes de ce contretemps mais il fallait  quand même agir : alors, les hommes décidèrent de se mettre derrière le véhicule et de pousser, pousser! Comme au bon vieux temps! Et le miracle se produisit : le moteur ronronna enfin et nous pûmes partir!

Mais sans un retardataire!KaddaBensmicha. Un conteur-marionnettiste que j’avais connu à Racont’Arts en 2014. Un homme de jeu ; un homme de vie ; un animateur authentique.

MouleyKarim lui téléphona ; j’entendis distinctement sa réponse : il se trouvait à proximité, dans le car venant d’Alger, mais où ? Comment le récupérer ? Alors que nous nous trouvions à proximité du rond-point de Rebahia, la voix au téléphone de Kadda annonça qu’il était tout près!

On le vit alors débouler d’un car et courir vers nous : notre bus contourna le rond-point pour se ranger sur le côté sous l’œil sévère des gendarmes, gardiens des lieux, qui ne comprenaient pas la manœuvre.

Et Kaddafinit par s’engouffrer dans notre véhicule sous nos applaudissements, l’air encore effaré. Et il reconnut tous ses amis et notre bus repartit dans la bonne humeur.

C’est dans une grande animation que nous parvînmes à Maamora devant l’école primaire portant le nom du ChahidBekhouda Abdelkader. Du monde nous attendait : MM.Mohamed Belhamidi, le président d’APC, et KaddaMoussouni, le directeur de l’école, des notables, des gens du village et surtout les anciens attributaires en djellaba, qui avaient été témoins de la création de cette œuvre!Des parents à moi me reconnurent et me souhaitèrent la bienvenue sur notre terre.

On nous fit entrer dans une salle de classe pour recevoir, comme le veut la tradition, un verre de  lait et des dattes. Puis, dans une grande effervescence, nous entrâmes dans la salle de classe qui avait reçu cette fresque mythique!

Les élèves étaient assis à leurs places habituelles et regardaient droit devant la fresque et les admirateurs qui se pressaient devant elle. Mohamed Baghdadi était là et il me reconnut instantanément malgré les quarante-sept années écoulées! Quel bonheur!

L’atmosphère était très spéciale et l’émotion, une invitée non moins spéciale!

Ce grand tableau de trois mètres sur deux ne paraissait pas avoir trop souffert de son aventure. Il racontait une histoire commune, entre les lignes, entre les signes.

L’ouverture de l’événement fut effectuée par la directrice de l’éducation en présence du directeur de la culture.

A l’extérieur de l’école, les élèves de l’Ecole des Beaux-Arts de Sidi Bel Abbès s’étaient mis à l’œuvre! Un projet pour relier le présent au passé : la réalisation d’une fresque sur les murs externes de l’école, de part et d’autre du portail d’entrée. Ces quatre jeunes personnes étaient encadrées par Abdelkader Belkhorissat, Karim Sergoua et un jeune peintre de SidiBel Abbès, Amine Ghalmi, qui venait de les rejoindre.

Tout le monde admirait cette jeunesse venue apporter sa contribution dans les mêmes conditions que ses aînés, avec élan et sincérité !

Les enfants n’ont pas été oubliés : KadaBensmicha a déployé tout son art pour les intéresser à cette expérience. C’était magnifique !

Certains d’entre eux ont même posé la question de savoir où l’on apprend cet art.

Denis était la grande figure de ces journées : son physique, sa gestuelle, sa fougue, sa simplicité, sa générosité, son authenticité, son parler alliant ses deux origines, le français et cette langue du peuple algérien. Tout contribuait à le distinguer et à l’aimer! Des hommes m’ont d’ailleurs questionnée discrètement : «Hada Roumi?». Quand je leur ai révélé ce que je savais de Denis, ils se sont montrés pleins de respect pour lui.

Dans une immense salle, une très grandekheïmaéquipée de fauteuils, de canapés et de plusieurs tables basses avait servi de salle de réception : différents mets ont circulé, des plats du terroir ayant suscité l’admiration…et l’appétit de tous les présents ; les hôtes ne manquaient pas, à chaque étape de ce défilé, de prévenir :«Il y a la suite…».

Cette ambiance très conviviale ne pouvait se passer de poésie ; les  déclamations en français et en arabe furent accueillies comme il se devait.

A l’extérieur, la fresque murale était prête. Un trésor de couleurs et de signes ; une vision  neuve, juvénile de l’harmonie. La boucle était bouclée. Le lien entre cette création des étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de Sidi Bel Abbès et celle de leurs aînés, survivante protégée à l’intérieur des lieux, était désormais scellé.

Le jour suivant fut projeté le film de Claude Hirsch consacré à Denis.

Un film qui ravive les souvenirs de deuil du concerné, de ses proches et de tous les présents. J’avais senti le besoin de dire, à la suite de plusieurs orateurs, deux de mes poèmes en hommage, en particulier à ces victimes de la barbarie, évoquées dans le film, ceux qui furent aussi mes amis, mais l’émotion dansla grande salle étaità soncomble ; tout le monde voulait parler :poèmes, hommages, témoignages, diatribes, une envie irrépressible de parler, de témoigner, de dire et surtout de se dire,SOI, comme si la chape de silence longtemps retenue venait soudain de se libérer ; ce phénomène se répètera l’après-midi, lors du débat et le lendemain matin à Saïda; des invités étaient venus de plusieurs villes de l’Oranie : des journalistes, des hommes de théâtre, des syndicalistes, gardiens de la gauche, toujours vigilants.

J’ai préféré alors revenir dans mon silence, ayant le privilège de disposer constamment d’une page vierge dans mes cahiers toujours ouverts,préférant être à l’écoute de ce que cet événement unique suscitait.

Le déjeuner, ce jour-là, eut lieu en dehors de l’altière kheïma ; fidèle à la tradition d’hospitalité et en vertu de la généreuse et intelligente Touiza, la nombreuse assistancefut répartie entre plusieurs foyers ; je fus l’invitée, avec les principaux concernés, de la famille saïdie : méchoui à l’honneur.Au moment de repartir, j’ai salué nos hôtes et leur ai demandé  de transmettre mes remerciements aux femmes de la maison ; on m’a alors gentiment invitée à le faire moi-même ; je fus accueillie avec joie et quand on apprit mon nom, je fus reconnue comme une proche parente de la famille et l’aïeule qui m’avait déjà embrassée m’enlaça de nouveau avec effusion; quel beau cadeau inattendu!

Nous fîmes nos adieux temporaires à Maamora, car ce n’était que le début d’une aventure aux couleurs flamboyantes de la culture ! Denis fit la promesse de revenir l’année prochaine avec le film([1]) de cette halte bienheureuse dans ce village historique. Et le maire de Maamora, Mohamed Belhamidi, a proposé de reconduire cet événement et de faire de Maamora le village des artistes peintres : que ce vœu soit exaucé !

Le lendemain à Saïda, on devait débattre des moyens à mettre en œuvre pour préserver l’œuvre miraculée de Mohammed Khadda, Denis Martinez, Mohamed Baghdadi et Zerrouki Boukhari, en l’absence, malheureusement, des professionnels invités.

Cette matinée vit un déversement incroyable d’émotion de la part du public et des invités mêmes. On pleura, invités et public réunis, les uns consolant les autres, chacun fortement impliqué dans sa propre douleur ! J’ai rarement assisté à une telle souffrance collective! Impressionnant ! Moments inattendus où l’on a de la peine à raison garder.

Des éléments très positifs ont pu toutefois, chaque fois, être recueillis : la fresque restera là où elle est ; elle ne sera pas rénovée car ce ne serait plus la même et il est important qu’elle reste elle-même avec ses blessures et ses cicatrices, détentrice d’un pan entier de l’histoire de la région où elle est née. Elle sera juste soignée, protégée pour résister aux misères du temps ; on lui doit bien cela ! Et c’est le généreux Karim Sergoua, que Dieu veille sur sa santé, qui a proposé de revenir à Maamorapour cela avec les remèdes nécessaires.

La toute jeune fresque collective sera, elle, protégée par une grille.

 

L’après-midi, JaoudatGuessouma présenta son film documentaire consacré à Mohamed Khadda, admirable panorama des œuvres de l’artiste ; je n’en connaissais que quelques-unes. Des visages familiers ont égalementdéfilé, captant ma nostalgie; je les connaissais presque tous, appartenant à toutes les disciplines artistiques; le dernier, celui que j’avais perdu de vue depuis si longtemps, Ali Hefiedh, le photographe ; travaillant dans les années 70’ au Palais du gouvernement, je me rendais pour le déjeuner au petit restaurant tout proche : «La mère Michel». C’est là que venaient aussi manger régulièrement Abdelkader Alloula et Ali Hefiedh. Toujours en grande conversation.

Devenue par la suite cliente de son studio, Ali Hefiedh avait réalisé un très beau portrait de ma petite-fille, exposé très longtemps dans sa vitrine.

Que tous ces morts évoqués ici reposent en paix; ils ne seront jamais oubliés.

 

Le jour annoncé est arrivé. Presque 22 heures !

L’écran s’allume; la musique du générique s’annonce…

La fête, momentanément achevée, à Maamora et Saïda, nous retrouvâmes, en différé, Denis Martinez, Mohamed Baghdadi, Mohamed Belhamidi et NajetKhadda, le dimanche suivant, sur l’écran de Canal Algérie, autour de  Karim Amiti. Une émission qui compléta profitablement le colloque par les sujets développés par NajetKhadda ; on apprit ainsi que Mohamed Khadda avait parlé de cette fresque de Maamoradans un livre à paraître à titre posthume.

Denis sur les traces de Cheikh Hammada et de Abderrahmane Kaki

Et ce qui m’émut aussi, ce fut le texte de Denis qu’il écrivit en hommage à l’ami Noureddine Saadi et qu’il lut, ce soir-là, à sa manière: plaisante et imprévisible. A la suite de cesChioukha dont j’ai une si grande nostalgie!

Honneur à vous tous, sentinelles et soldats vertueux de la culture.

Merci pour ce pays meurtri, tant aimé !

A la prochaine rencontre à Maamora et Saïda en avril 2019,Incha Allah!

 

PS : Je me dois de rappeler la proposition spontanée que j’avais faite en 2013 à HacèneMetref  lors de la rencontre Racont’Arts à Agoussim(à laquelle je participais pour la première fois ; Denis et Dominique étaient absents cette année-là) : j’avais proposé de transporter, une fois, le festival àSaïda car je connaissais la région et je pensais justement à Maamora et SidiYoucef. J’aurais beaucoup aimé organiser pareil événement. Je menais déjà le Café littéraire.

Seulement, mon ami Hacène n’a jamais répondu à mon message électronique – et je ne l’ai jamais relancé. Mais mon ami Youcef Merahi, qui en avait reçu copie, me déclara tout de suite que cette proposition lui plaisait beaucoup et qu’il était partant !

Mais voilà donc que la fresque collective retrouvée mène le convoi culture jusque chez moi!

 

1) A ce propos, je dois rappeler l’activité discrète et très efficace de mon amie Dominique Devigne! A une question qui m’a été posée à son sujet par une participante : «Mais elle ne parle pas ?», j’ai répondu : «Non, elle travaille !»

 

Aïcha Bouabaci

Poétesse et romancière

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