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Abdelhamid Taïl. Vétérinaire : «Un décloisonnement institutionnel santé animale et santé humaine est essentiel»

08 juillet 2021 à 10 h 06 min

 

  • Que dit la loi concernant la Galoufa ?

Son origine est liée à la loi 88/08 dans son article 73 qui stipule ce qui suit : «L’abattage des animaux domestiques suspects et de ceux qu’ils auraient pu contaminer de rage peut être ordonné dans tous les cas si ces animaux se montrent dangereux ou si le respect des mesures de police sanitaire qui leur sont applicables ne peut être ou n’est pas assuré.» La mise en œuvre des dispositions du présent article est précisée par voie réglementaire.

  • Estimez-vous sa révision nécessaire ?

C’est à travers des réponses claires et précises de la part des garants de l’application et du suivi de cet article de loi, que nous aurons une meilleure vision sur sa pertinence et sa faisabilité, allant même à sa révision, si nécessaire, en ce qui concerne l’abattage des chiens et chats errants ; appelé dialectalement «Galoufa».

Et cela ne peut se faire qu’a travers les réponses a de nombreux questionnements, notamment qui définit la dangerosité de ces animaux et sur quels critères est-elle définie ? Que disent les textes réglementaires en matière de respect des mesures de police sanitaire ? Et enfin, est-ce que les chargés de la protection zoo-sanitaire ont précisé, par voie réglementaire, la mise en œuvre des dispositions idoines de ce présent article ?

  • Pensez-vous que la pétition lancée via les réseaux sociaux peut porter ses fruits en matière de protection des animaux ?

Malheureusement, il s’agit d’une problématique récurrente qui a été portée depuis longtemps par une vétérinaire installée à Staouéli, ayant pris à sa seule charge, le poids de protéger les animaux en errance. Une problématique à laquelle aucune entité publique n’a daigné s’y pencher et répondre favorablement aux approches de la consœur.

  • Ce Hashtag est perçu comme un éveil des consciences vis-à-vis des animaux. Selon vous, quel a été le déclic ?

Cet éveil semble bien se conformer à une confirmation de façon plus détaillée du rôle des technologies, et plus précisément des réseaux sociaux, dans l’évolution de la sociabilité.

  • L’abattage des chiens errants serait une solution stérile qui prétend se substituer aux campagnes de stérilisation. Quel est votre avis ?

A bien réfléchir, on ne risque absolument pas de se tromper de relever une similitude entre l’acte d’abattage de cette frange d’animaux, un acte paraissant odieux, que celui de lui appliquer un acte chirurgical, paraissant humainement soulageant. Alors qu’en réalité, dans les deux cas de figure l’animal concerné constitue la seule victime. Il est peut-être temps d’envisager des solutions mûrement réfléchies et bien mesurées.

  • Selon vous, pourquoi la vaccination seule ne constitue pas la solution ?

Il faut reconnaître que vacciner des chiens et chats errants sans les tracer n’est qu’une fuite en avant et une tromperie néfaste, aussi bien pour la santé publique, que pour la santé animale, sans oublier le caractère lié à la dilapidation des deniers publics.

  • Quelles sont les solutions qui s’offrent à nous pour éradiquer la rage sans passer par la case «abattage» ?

Il est d’abord essentiel de commencer par l’enrichissement du volet réglementaire existant par des textes réglementaires traitant avec clarté la prise en charge de la protection zoo-sanitaire.

Il faut ensuite engager une procédure d’élaboration du volet réglementaire inexistant, à savoir la réglementation de l’identification des animaux de compagnie, la réglementation assurant la couverture sanitaire de la faune sauvage (rage des animaux sauvages), appuyées par la réouverture des lieux de recueil des animaux errants, en engageant parallèlement un plan prophylactique médical, spécifique à chaque frange d’animaux. Ce ne sont là que les grandes lignes qui feraient appel à l’implication de toutes les structures institutionnelles.

  • Quelle serait la meilleure sortie pour cette « crise» ?

Sous d’autres cieux, des appels incessants et bien audibles sont lancés en faveur du décloisonnement institutionnel santé animale et santé humaine.

Il est pertinent de rappeler que les maladies lourdes en conséquences, telles que la brucellose, tuberculose et la rage, ajoutées aux crises sanitaires récurrentes que nous appréhendons «silencieusement» (ESB, grippe aviaire, leishmaniose) ont toutes une origine animale, ce qui devrait conduire à un rapprochement des filières médicales humaine et vétérinaire. C’est d’ailleurs une recommandation commune de grands organismes internationaux auxquels l’Algérie est partie prenante (OIE, OMS, FAO & Unicef).

Malheureusement, l’Algérie s’enfonce encore plus et accuse de plus en plus de retard en maintenant ce cloisonnement, entre la médecine humaine, la médecine vétérinaire et son socle formatif, encore inchangé, que ce soit en matière de contenus inadaptés ou en matière de recrutements à travers les différentes institutions.

  • En quoi consiste ce cloisonnement ?

L’inexistence d’un pont pouvant relier les créneaux de recherches en médecine humaine et vétérinaire en est le meilleur signe d’un tel cloisonnement institutionnel hermétique.

Dans ce contexte, les appels à décloisonner les filières en santé animale et santé humaine, et d’autres filières de plus en plus imposantes, ne sauraient se concrétiser sans la structure organisationnelle des professionnels de la santé publique vétérinaire, à travers son Ordre multi-institutionnel, qui aurait toute la latitude de se tenir à disposition des autorités pour étudier avec elles toutes les améliorations concrètes qui pourraient être apportées dans ce domaine de la sécurité sanitaire et la gestion des crises sanitaires patentes qui constituent de réelles menaces.

Un axe d’amélioration est déjà proposé, à deux reprises (2018 et 2021), dans un appel lancé à la présidence, avec le lancement de la diversification des voies de formations des futurs professionnels de la santé animale et la santé publique vétérinaire, associé à une gestion appropriée de l’autorité vétérinaire nationale.

Bio express

Dr Abdelhalim Taïl diplômé de l’Ecole nationale vétérinaire. Détenteur d’un master 2 en développement des produits de santé, spécialité vétérinaire. Il a longtemps été fonctionnaire puis praticien privé à Tipasa.

Il est très impliqué dans l’appui des bonnes pratiques vétérinaires par la mise à disposition des équipements de diagnostics vétérinaires. Membre du Collectif vétérinaire en quête de création d’un Ordre multisectoriel, partenaire de toutes les institutions.


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