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mardi, 23 octobre, 2018
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Un «bijou» d’Oran qui gagnerait à être réhabilité

10 août 2018 à 4 h 54 min

La ville d’Oran a cette fâcheuse réputation d’être gangrenée par le béton et le bitume, à telle enseigne que la verdure, pourtant primordiale pour le bien-être dans la cité, est insuffisante. Ce triste constat, s’il est en partie vrai, n’en est pas moins quelque peu biaisé.

Certes, en se promenant sur la rue Larbi Ben M’hidi ou la rue Khemisti, en traversant le boulevard Emir Abdelkader ou la place du 1er Novembre, ce ne sont sûrement pas les arbres qui accaparent notre champ visuel. Il n’empêche : Oran est tout de même dotée de quelques lieux de villégiature, où seule la couleur verte a droit de cité.

On peut citer en exemple le jardin municipal à Médiouni, réputé pour son lac artificiel ; le jardin Khemisti, en plein centre-ville ; les espaces verts de Sidi M’hamed, en face des tours Mobilar ; le jardin Méditerranéen non loin de l’hôtel Méridien, ou encore la fameuse forêt de Canastel, à l’extrême-est de la ville. Les autorités locales ont aussi lancé un plan visant à planter 50 000 arbres.

Mais sont-ce là les seuls coins de verdure que compte la ville d’Oran ? La réponse est évidemment non ! Il existe un autre lieu, peut-être le plus emblématique, et qui peut faire le bonheur des familles et des visiteurs : il s’agit, bien entendu, de la fameuse promenade Ibn Badis, anciennement De Létang.

Pour la petite histoire, l’ancienne appellation, tel que nous l’avons retranscrite ici, ne contient aucune faute d’orthographe : cet espace a été inauguré, durant l’occupation française, par un général, un certain de Létang. Il n’y a donc, à s’y méprendre, aucun étang au sein de cette promenade.

Le jardin Ibn Badis est doté de deux entrées : la première, tout au bout du front de mer, en face de l’entrée des artistes du théâtre de Verdure ; la seconde par le quartier de Sidi El Houari, à un jet de pierre de la mosquée du Pacha.

Cela renseigne, à peu de chose près, sur l’étendu de ce site historique, qui donne à la fois sur le port d’Oran, la place de la République (Sidi El Houari), jouxtant le palais du Bey, et la carcasse du Châteauneuf. Pour accéder à la promenade du côté du front de mer, il faut pousser un lourd portail, partiellement fermé.

Comme dans tout espace vert de cet acabit, une fois à l’intérieur, on ne peut qu’apprécier le silence qui règne, légèrement perturbé par les chants d’oisillons. Profitant de la désertion des lieux par le public, certains jeunes gens aiment y venir pour siroter, pépères, une canette de bière, loin du tohu-bohu de la ville.

Une fois à l’intérieur, à peine a-t-on fait quelques pas qu’on tombe sur la porte du Caravansérail, mise en miettes par les violentes intempéries qui se sont abattues sur l’Algérie en novembre 2001, et qui attend depuis, désespérément, une opération de restauration.

En tournant à gauche, on butte sur plusieurs escarpements et allées pentues, certaines nous menant jusqu’au flanc du jardin, en contrebas duquel se trouve le port d’Oran ; d’autres nous faisant monter jusque dans ses hauteurs, où des arbres centenaires sont plantés ici et là, offrant aux visiteurs des coins ombragés.

Silence

En empruntant la principale allée, celle du bas, on se rend compte que le silence de cathédrale qui règne en ce lieu magique est contrasté par le «vacarme» qui provient du port, des sirènes stridentes des navires, de la voix de la standardiste appelant les voyageurs à embarquer.

De temps à autre, on croise un vieil homme effectuant son footing quotidien dans cet endroit qui s’y prête à merveille. Un peu plus loin, c’est un jeune qu’on surprend, adossé à la rambarde en fer (elle aussi, dans un tel état !), les yeux rivés sur la Méditerranée, observant avec des yeux câlins le boucan régnant au port.

Cela dit, ce qu’on constate de prime abord, en parcourant ce jardin, c’est surtout son état de délabrement, voir de décrépitude : certains arbres, à force de s’être inclinés, sont sur le point de s’effondrer ; les escaliers ayant servi à recouvrir les allées pentues sont complètement défoncés ; des lampadaires, pour l’éclairage nocturne, ne fonctionnent non seulement pas, mais qui plus est, ont été arrachés, jetés à même le sol.

Et le pire de tout : sur les hauteurs du jardin, tout à côté de certains ficus, ces arbres «aux cent troncs» qui suscitent la curiosité des visiteurs, sont amassés des tonnes d’ordures, enlaidissant le décor, offrant aux promeneurs des odeurs nauséabondes.

Il faut savoir qu’il y a plusieurs espèces végétales dans ce jardin : les plus réputés sont peut-être le ficus et le dragonnier. D’autres propagent leurs lianes un peu partout, les faisant grimper tout le long du mur du palais du Bey.

On l’aura compris, en dépit de la décrépitude, la nature tente de survivre coûte que coûte, ne comptant pas sur la solidarité des hommes. Car ce site, se voulant historique, est aujourd’hui complètement délaissé par les Oranais. Il ne renaît de ses cendres que périodiquement, par exemple au mois d’avril, lorsque l’association Bel Horizon organise sa manifestation annuelle de lecture collective.

Pourtant, au début des années 2010, chaque samedi était organisé un évènement dans ce lieu, que ce soit par l’Institut Cervantès, Bel Horizon ou le Petit Lecteur, dans le but justement d’inciter les Oranais à renouer avec cet espace. L’engouement était tel que l’association Bel Horizon organisait même, chaque mois d’octobre, «une fête musicale» pour accueillir la nouvelle année universitaire, à laquelle prenaient part des centaines d’étudiants. Rien de tout cela aujourd’hui n’a lieu.

Décrépitude

La promenade se meurt peu à peu, en dépit de sa beauté paysagère hors du commun. Pourtant, il faut admettre que sa détérioration ne date pas d’hier, comme l’a rappelé, en 2015, dans ces mêmes colonnes, le paysagiste Samir Slama. Il avait en effet expliqué que la détérioration de la promenade de Létang a débuté dès 1984, lorsque les pouvoirs publics ont eut la malencontreuse idée de «réhabiliter» ce site. On s’est alors adonné à son bitumage à tout-va, alors que ce n’était pas conseillé.

En outre, on avait cru bon aussi de changer son système d’irrigation, passant du système des rigoles à celui de jets. A cause de «cette idée de génie», aujourd’hui, la plupart des arbres sont morts, car, comme nous l’avons précisé, ces arbres, en lançant leurs lianes, plutôt que de rencontrer le sol terreux, butent sur le bitume qui, de surcroît, ne laisse pas l’eau pénétrer. Kouider Métaïr, président l’association patrimoniale Bel Horizon, nous a informés qu’une étude, en vue de la réhabilitation de ce jardin, est en cours.

Elle est actuellement à sa troisième phase et attend d’être adoptée par les autorités compétentes. Il s’agit là d’un projet qui traîne depuis au moins 5 années, et cela pour une raison bien précise : il n’existe pas, au niveau local, ni même au niveau national, de bureau d’étude d’architecte paysager. «On a toujours préconisé, à Bel Horizon, d’ouvrir à l’université un mastère d’architecture paysagère.

Regardez le Jardin d’essais à Alger : pour sa réhabilitation, on a fait appel à des architectes paysagistes étrangers. Quant à Oran, la ville est jumelée à celle Bordeaux, qui a une université dont l’une des filières est justement l’architecture paysagère.

Il faut donc saisir cette opportunité. A cet effet, on organise justement ce samedi (ndlr : demain) une randonnée au profit des étudiants en architecture pour les sensibiliser sur l’importance de l’architecture paysagère dans une ville comme Oran.»

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