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La 4e édition du Festival culturel international de promotion des architectures de Terre, ArchiTerre, qui s’est déroulée du 19 au 26 avril 2015 à l'Ecole polytechnique d'architecture et d'urbanisme d'Alger (Epau) et à l'Université africaine à Adrar fut, encore une fois, une grande occasion pour débattre de l’état actuel des constructions en adobe, torchi, BTC et pisé dans le monde.

Un avenir couleur terre

21 mai 2015 à 10 h 00 min

Institutionnalisé en juillet 2011, ArchiTerre réunit chaque année des architectes et des ingénieurs spécialisés qui viennent de partout. Cette année, ils sont venus de Tunisie, du Togo, de l’Afrique du Sud, du Portugal, d’Italie, de France, du Japon, du Chili, du Guatemala, de Colombie.

A Adrar, ils ont parlé de leurs expériences, évoqué des aspects esthétiques, techniques et artistiques des constructions en terre et en pierres, plaidé la cause des matériaux locaux. Satprem Maïni, architecte français de renommée mondiale, a expliqué en détail son expérience à Auroville earth institute (AVEI) en Inde. «L’AVEI a pour mission de raviver les savoir-faire traditionnels et lier les traditions vernaculaires ancestrales avec les technologies modernes de terre stabilisée.

Sa mission est également de permettre et donner la possibilité aux gens de construire leur propre habitat avec de la terre, ainsi que de développer des techniques à faible coût et accessibles à tous», a précisé Satprem Maïni, la guest star d'Architerre 2015. Il est important, selon lui, de démontrer que la terre comme matériau de construction peut être utilisée pour créer un habitat moderne, progressif, écologique et sûr. «Il faut respecter notre terre tout en utilisant ses ressources naturelles pour construire un future durable», a-t-il noté.

Satprem Maini est actuellement le représentant pour l'Asie de la Chaire de l'Unesco, «Architecture de terre, cultures constructives et développement durable». Il est également membre du Centre international pour la construction en terre (CraTerre) en France, spécialisé en construction en bloc de terre comprimée stabilisée (BTCS) et en construction d'arcs, de voûtes et de dômes en terre.

Matériaux non polluants

Hamid Benouali, chercheur au Centre national d'études et de recherches intégrées du bâtiment (CNERIB) a donné une explication détaillée sur les matériaux locaux, autrement dit «matériaux manufacturés ou fabriqués manuellement sur place». Il s'agit, selon lui, de matériaux naturels, propres, non polluants, respectueux de l'environnement et non énergivores. Il a cité la terre crue (adobe, brique, bloc et pisé), la terre à plâtre (gypse), la terre à chaux (calcaire) et la pierre à sable (rose de sable).

Il a également parlé des mortiers à base de terre ou de plâtre et chaux produits d'une manière artisanale. Pour Hamid Benouali, le mortier à base de ciment, les parpaings de ciment et les briques ou blocs de produits rouges sont des matériaux résistants mais polluants et énergivores.

Citant les exemples de Ksar Temacine à Ouargla, Timimoun ou Ksar Menaa à Batna, il a montré, images à l'appui, l'utilisation du toub dans la construction des maisons ou des édifices publics. Il a rappelé que l'Algérie s'est intéressée à l'architecture de terre dès le début des années 1970 avec des constructions en terre coulée à Zéralda ou en terre remplissante à Abadla. «Les premières constructions en bloc de terre comprimée (BTC) ont commencé au début des années 1980 à Bou Saâda, Chéraga, Tamanrasset, Souidania et Reggane. Les enjeux économiques et la préservation de l'énergie imposent une réhabilitation des matériaux locaux.

Ce recours doit être accompagné par des études, des recherches et un cadre opérationnel et institutionnel. Aujourd'hui, les limites du matériau en béton sont largement constatées en raison de la grande consommation d'énergie et de la technologie lourde», a relevé Hamid Benouali.

Allant dans le même sens, l'architecte Ilhem Belhatem a cité Pierre Rabhi qui avait dit un jour : «Ne pouvant produire sans épuiser, détruire et polluer, le modèle dominant contient en fait les germes de sa propre destruction. Pour que les arbres et les plantes s'épanouissent, pour que les animaux qui s'en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée».


Des ksours en ruine

Elle a rappelé que 80% de la biomasse vivante est dans le sol. D'où la nécessité de la préserver par tous les moyens. Yasmine Terki, commissaire du festival ArchiTerre et directrice du Centre algérien du patrimoine culture bâti en terre (CapTerre), qui est basé à Timimoun, a expliqué la stratégie algérienne pour la réhabilitation de l'image des architectures de terre. Elle a appuyé sa conférence par de belles photographies aériennes de Kyas Djillali des Ksour de Moughel (Béchar), Chetma (Biskra), El Dechra El Hamra, Aïn Madhi (Laghouat), Ouaghlama, Tamerna, Beni Abbes (Béchar)… Des images qui ont alimenté deux expositions en 2009 et en 2011 et qui seront bientôt mises à la disposition du public. Yasmine Terki a indiqué que «la coexistence» entre deux systèmes de constructions, modernes/anciens a accéléré la destruction des ksour dans plusieurs régions. Des ksour qui sont, selon elle, respectueux des lieux, de l'environnement et de la culture.

«L'état de ruines est lié aussi à l'abandon de ces lieux par les populations locales. Partout il y a ce constat dramatique d'abandon du patrimoine algérien. Parfois, il y a eu des destructions volontaires pour reconstruire des maisons en béton présentées comme modernes», a-t-elle noté. L'architecte a relevé que les mesures prises ces dix dernières années concernent les biens culturels, les monuments historiques et les ensembles urbains ou ruraux avec notamment la création des secteurs sauvegardés et le classement.

Parmi «les mesures de protection légale» décidées par le gouvernement, elle a cité l'obligation faite aux propriétaires de réhabiliter, restaurer ou entretenir leurs maisons. «Toute intervention de réhabilitation ou de restauration est soumise à autorisation des services chargés de la culture.

L'Etat assure un financement pouvant atteindre les 65% du prix des travaux de réhabilitation ou de restauration», a-t-elle souligné. Selon elle, les habitants quittent les ksour, notamment dans le Sud, pour des raisons objectives. «Les habitations ne répondent pas aux normes modernes de confort et d'habitabilité et les infrastructures et services de base sont absents comme les routes, les équipements publics ou les commerces. Il est légitime que les populations veulent vivre dans des conditions de confort, vivre leur temps. Souvent dans les opérations de réhabilitation, on a voulu ''muséeifier'' ces ensembles au lieu de les faire évoluer.

Dans le monde entier les centres historiques qui sont encore debout sont ceux qui ont été modernisés, dotés d'infrastructures de base. Ils génèrent une manne financière importante grâce au tourisme», a noté Yasmine Terki qui a cité l'exemple du ksar de Beni Abbes (Béchar), réhabilité par l'Etat, mais resté vide. Les ksour sont, d'après elle, menacés de disparition en raison de l'absence d'entretien selon les normes universellement admises. Elle a regretté la dévalorisation de l'image des architectures de terre auprès de la population. Parmi les idées fausses, elle a cité : «Les maisons en terre fondent sous l'action de l'eau ; on ne peut construire en étages avec de la terre ; ce sont des maisons de pauvres…».

«A l'origine de la dévalorisation de l'image des architectures de terre, une vision erronée du développement. Une vision basée sur la construction de la modernité dans la négation et le mépris du produit d'une tradition millénaire», a-t-elle noté. Elle a rappelé que des ksour existent depuis des siècles mais n'ont jamais «fondu» sous la pluie et a souligné que les maisons ne nécessitent pas des opérations coûteuses d'entretien. «Regardez les façades de nos villes construites en béton et couvertes de peinture chimique, ça se décolle. Il y a des façades noires en raison de la pollution. Les maisons en terre enduite en argile ou à la chaux résistent mieux.

On a fait croire aux gens que les maisons en terre ne sont pas durables comparées à celles baties en béton. Or, c'est le contraire. Les matériaux industriels sont jetables. L'industrie ne peut pas fabriquer des produits durables, sinon elle s'arrête. La terre et la pierre sont des matériaux durables et recyclables. Avec des pierres de l'antiquité, je peux construire des maisons aujourd'hui», a précise Yasmine Terki. La directrice du CapTerre a critiqué la politique nationale de formation universitaire et professionnelle qui ignore presque totalement les matériaux locaux et les techniques de construction en terre ou en pierre.

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