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Représentation de la femme sur les chaînes TV privées

TV privées, ces «boîtes à clichés»

07 mars 2019 à 10 h 00 min

Les stéréotypes et les clichés négatifs sur la femme algérienne sont légion dans la société et sont promptement adoptés par les chaînes de télévison, notamment celles du secteur privé. Ces dernières sont-elles réellement le reflet de la société, quand on sait que dans certains cas, elles débattent de sujets qui nous renvoient à une époque dans l’histoire du combat de la femme (exemples : êtes-vous pour ou contre le travail de la femme ? Etes-vous pour au contre la violence à l’égard des femmes  ? Est-ce qu’une seule femme ne suffit pas  ?). Ces questions, ce sont entre autres les quelques sujets abordés par ces chaînes qui ne donnent la parole qu’à ceux qui tirent la femme et la société d’une manière générale vers le bas.

L’exemple le plus édifiant demeure celui  du youtubeur Amir DZ, insultant les autorités officielles en les traitant de «femmes», comme le dénonce Dalila Iamarene-Djerbal, membre du réseau Wassila. «Cela est significatif, comme si ces autorités ne pouvaient comprendre que ce langage», regrette cette sociologue. Certains justifient le choix de ces sujets par le fait que ces thématiques sont les plus prisées par les téléspectateurs.

On dit souvent : «C’est le niveau de la société qui requiert ce genre d’émissions», ou encore «ces débats captent les téléspectateurs». Le rôle de la presse, notamment les médias lourds, consiste-t-il à maintenir la société dans son conservatisme et en dépit des  efforts et du combat de la femme algérienne depuis maintenant des décennies afin de contrecarrer cet ordre social établi en défaveur de la femme. La réponse est évidement non.

C’est en tout cas ce qui ressort des propos des professionnels des médias (hommes et femmes) que nous avons interrogés pour aborder ce sujet. Néanmoins, certains d’entres eux précisent que cette «machine à mépriser la femme» est actionnée dans bien des cas d’une manière inconsciente, expliquant cet automatisme par un certain nombre de facteurs, dont l’absence de sensibilisation et de la formation pour mettre fin aux stéréotypes négatifs lors du traitement des sujets liés à la condition féminine ou simplement lorsque les journalistes (hommes/femmes) accomplissent leur mission au quotidien.

Ainsi, l’un des facteurs majeurs expliquant la profusion des clichés négatifs sur les chaînes de télévision privées, et à un degré moindre sur les chaînes publiques, demeure la mentalité qui règne chez de larges pans de la société. «On a malheureusement avancé, s’agissant des lois, mais pas dans la réalité. Plus de 56% du personnel des médias sont des femmes. Mais l’image véhiculée à l’égard des femmes demeure négative», dénonce Nafissa Lahrache, présidente de l’association Femmes en communication.

Cette ancienne journaliste à la Radio nationale relève des faiblesses dans les programmes universitaires et scolaires quant au contenu lié à la problématique du genre. «Ce sont ces secteurs-là qui devraient préparer la société», rappelle cette professionnelle des médias, qui souligne que la différence entre les filles et les garçons commence dès la naissance. Bien que les mères d’aujourd’hui aient eu accès aux études, certaines d’entres elles ont même fait des études universitaires, cela n’a pas fait avancer grand-chose en ce qui concerne les questions liées au genre, selon Mme Lahrache. Conséquences ? «Des journalistes (hommes et femmes) n’arrivent pas à produire et à véhiculer un message autre que celui  établi par la société».

Cette militante des droits de la femme explique  en partie ce manque de recul par rapport aux idées préétablies par la tendance islamiste qui demeure en force dans la société algérienne (la présence des muftis salafistes à chaque émission abordant les droits de la femme et des sujets de société d’une manière générale). Pour sa part, Nedjma Zerrari, chargée du module «Problématique du genre», à l’Ecole nationale supérieure de journalisme, à l’université d’Alger, constate que dans le contenu que diffusent ces chaînes de télévision privées, «la parole de la femme est banalisée», relevant que les médias ne suivent pas l’évolution des femmes dans la société.

A cet effet, la présidente de l’association Femmes en communication voit dans la formation des professionnels des médias, quant à la question du genre, l’une des solutions qui puisse contrecarrer ce discours qui fait revenir la femme à ses conditions d’antan. Les cycles de formation qu’organisent les médias aident, certes,  les journalistes à voir clair. L’exemple de cette journaliste exerçant dans l’une des chaînes privées ayant pour vocation de dénigrer la femme à travers ses chouyoukh et muftis et les contenus des ces émissions, témoigne de l’importance de la formation sur les clichés sociaux reproduits dans les médias.

«Après avoir suivi la formation, cette journaliste a avoué qu’elle fait plus attention à ce qu’elle écrit, aux idées qu’elle tente de véhiculer et même  au choix des mots», témoigne Radia Boudissa, chef du projet «Laha Ma Takoul (Elle a son mot à dire)». Un projet élaboré par l’association Femmes en communication afin de promouvoir l’image positive de la femme. Ce projet, pour rappel, vise à la fois la formation et la sensibilisation à travers l’organisation de cycles de formation et des séminaires sur les questions du genre, ainsi que sur la production de contenus positifs donnant la parole aux femmes. A la formation des professionnels des médias en exercice, d’autres voix suggèrent l’introduction des programmes universitaires qui abordent la problématique du genre.

Mais, là aussi, le pari n’est pas tout à fait gagné. L’expérience de Nedjma Zerrari, chargée du module problématique liée au genre dans deux universités différentes (celle de Tizi Ouzou et l’Ecole nationale supérieure de journalisme) rend compte clairement du problème de la mentalité qui, encore une fois, freine toute avancée dans ce domaine. «A la faculté des sciences humaines de l’université de Tizi Ouzou, on a réussi à intégrer facilement le module lié à la problématique du genre. Ce module a eu du succès et j’ai eu plus de facilité à transmettre le message à l’université de Tizi Ouzou qu’à l’Ecole nationale supérieure de journaliste à Alger», déclare Mme Zerrari.

L’enseignement de la problématique liée au genre n’est pas sans susciter les réactions de certains étudiants à l’Ecole nationale supérieure de journalisme, qui tentent-dit cette enseignante- d’introduire l’approche religieuse à toutes les questions abordées, jusqu’à considérer l’enseignante comme étant «féministe». Cette enseignante a eu même à corriger des copies d’étudiants citant des versets du Coran pour couper court à tout débat sur cette question. Nedjma Zerrari insiste tout de même sur la formation universitaire pour les futurs journalistes : «La formation est primordiale pour produire un contenu équilibré», recommande-t-elle.

Une autre démarche visant à contrecarrer  ces contenus médiatiques, qui donnent une image dégradante de la femme algérienne, consiste en la production de contenus positifs. C’est en tout cas la conviction des membres de l’association Femmes en communication ayant lancé un projet qui s’intitule : «Laha Ma Takoul», à travers la web radio «Voix des femmes», mais aussi un programme de sensibilisation à travers le séminaire «La vraie image de la femme dans les médias».

Après avoir reconnu que «dans la plupart des programmes télé de divertissements, mais aussi culturels, la représentation des femmes est exhibée quasi systématiquement de façon choquante et dégradante», Radia Boudissa, chef du projet «Laha Ma takoul» estime que pour corriger cette image négative, «il faut aller plutôt à la production de contenus positifs mettant en lumière les compétences féminines, leurs réalisations, leurs potentialités ainsi que leur vision du changement pour une meilleure société».

La réalité est loin de ces clichés, insiste Dalila Iamarene-Djerbal, membre du réseau Wassila. Les femmes «sont dans toutes les sphères sociales, depuis toujours elles travaillent par nécessité ou par besoin de réalisation personnelle, elles prennent la parole en public, elles se battent comme elles peuvent contre la violence et revendiquent une société qui reconnaisse leur apport et les respecte». Pour ce qui des chaînes de télévision privées, de l’avis de cette sociologue, elles ne sont pas uniquement dans le déni du combat des femmes, mais plutôt dans la dénégation de toutes les exigences de la société  algérienne.

«Les événements de février 2019 ont finalement mis à nu la face cachée des TV commerciales qui, sous couvert d’opposition, ont censuré ou manipulé les images des manifestations populaires, montrant bien par-là que leur mission n’est pas de répondre aux demandes du public». La sociologue attire l’attention sur le fait que la société algérienne est toujours en marche et le combat de la femme avec. «La dernière manifestation des étudiants et étudiantes du 26 février 2019 a été une démonstration magnifique du respect de la société des hommes face à ces centaines de jeunes filles de 19-20 ans, déterminées, en foulard ou pas, occupant la rue avec leurs camarades garçons, pour demander la dignité pour tous».

Elle se demande d’ailleurs si la prochaine marche de protestation, en l’occurrence celle du 8 mars, portant sur  «la revendication des femmes pour leur droit à l’égalité et à la dignité pour elles-mêmes sera accueillie avec la même solidarité ?»  

Référence : «Violence contre les femmes et médias, Réseau Wassila, 2012» en arabe et en français


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