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mardi, 04 août, 2020
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Thahmamath, pétillante source et graal des randonneurs

02 juillet 2020 à 9 h 05 min

Le point de départ est donné depuis la station climatique de Tikjda culminant à quelque 1400 mètres d’altitude, perchée sur les hauteurs de la commune d’El Esnam, dans la wilaya de Bouira.

Nos randonneurs sont venus de la localité des Ath Aggad, dans la commune des Ouacif, relevant de la wilaya de Tizi Ouzou. A notre arrivée, à 8h, le soleil est déjà de plomb. La journée s’annonce rude, surtout pour certains randonneurs qui découvrent pour la première fois la région. Reportage.

 

Parmi le groupe, il y avait aussi des artistes. Le docteur Ali Ouali Termoul, et Abdallah Sahki respectivement des membres des deux groupes atypiques Ideflawen et Yugurten, ayant façonné la chanson kabyle et qui ont marqué toute une génération de mélomanes. Dans le groupe, il y avait également le chanteur Kamel Chenane, son producteur Massi Rezig et le poète et animateur de radio, Slimane Benharet.

Chacun des randonneurs s’ébranle, sanglé et chargé à travers les pistes et sentiers, par monts et vaux du majestueux Djurdjura. Deux sites sont au programme. Le village abandonné et la source gazeuse située à Thigargarth dans le versant sud de Tikjda. A partir de l’hôtel Djurdjura, la descente vers «le village abandonné», quelques maisons sont en ruine, offre un moment de décontraction aux marcheurs. Jusque-là, le parcours était même facile à emprunter. Hocine, la soixantaine passée, nous a servi de guide.

Il est natif du village. Retraité, l’homme a travaillé dans les années 1970 comme maçon, et ce, dans le cadre du projet de construction d’une partie de l’établissement touristique de Tikjda. Il se souvient de cette époque où la station grouillait de touristes étrangers, avant que la barbarie s’installe au début des années 1990. «Je suis né ici et j’ai passé une partie de ma vie dans ce village.

La seule activité existante était l’élevage de bétail. Chaque maison avait son potager», se rappelle-t-il. A l’indépendance ce fut l’exode massif. Les habitants ont quitté leurs habitations une année à peine après le recouvrement de la souveraineté nationale. Au début des années 1990, une partie des villageois a tenté de reconstruire les quelques maisons en vestiges.

Peine perdue. «C’était dans le but de rester tout près des nos élevages. Mais l’arrivée de terrorisme a tout fait basculer. S’aventurer dans le site étant devenu était impossible», se remémore encore notre guide. Au bout de trois quarts d’heure de marche, nos artistes font une pause concerto. Sous un arbre centenaire, Kamel Chenane, accompagné par les deux guitaristes, a interprété l’un des tubes phares Inas Inas, puisé du répertoire musical de l’artiste amazigh, le Marocain Mohamed Rouicha.

Un village abandonné

Les randonneurs sont restés sans voix devant la beauté de lieux. A partir de là, la descente vers le versant sud de Tikjda offre un instant de détente et même de relâchement aux randonneurs. L’appel du guide à la poursuite de la marche ne s’est pas fait attendre.

«Il nous reste encore du chemin à faire», dit-il, tout en recommandant aux personnes inhabitées d’emprunter des sentiers de montagne d’utiliser des bâtons. Subjugué par la beauté du site qui, selon lui n’a rien à envier aux Alpes suisses et autres sites analogues à travers le monde, Abdallah Sahki, du groupe musical Yugurten, qui, tout au long du parcours pédestre, relate, comme un bon archiviste, le nombre de groupes musicaux créés dans les années 1970, en citant les noms d’artistes, à l’image de Ferhat Imazighen Imoula, Ali Ideflawen et du groupe Isoula. «C’est une aventure exaltante, car à chaque détour du sentier s’offrait à nos yeux de beaux paysages avec une luxuriante végétation avec en prime des vestiges d’anciennes habitations», dit-il.

Après avoir franchi un oued, le groupe a aussi marqué une pause musicale, accompagné par le bruit des eaux qui ruisselaient sur le lit de l’oued. Les marcheurs, téléphones portables en main, immortalisent ces moments magiques et inoubliables.

D’autres, bien branchés sur les réseaux sociaux et avertis de l’actualité politique du pays, alimentent le groupe en dernières informations. «Plusieurs militants arrêtés, vendredi dernier, en Kabylie seront présentés devant les parquets…», dit d’un air désolant Ali. «Ce n’est pas le moment de répit. Il nous reste encore quelques kilomètres de marche.

Un autre col vous attend akreth (debout)», rappelle Hocine, en bon responsable militaire. Des randonneurs visiblement épuisés ne cessent de demander au guide le reste de chemin à faire. «La montée est toujours difficile. C’est un environnement montagneux, il faut s’adapter avec», répond souriant Hocine, posant sa main sur l’épaule d’un randonneur déjà épuisé. Après la pause de déjeuner marquée par des passages musicaux, l’ascension vers le sommet à la découverte de la source gazeuse de Thahamamth continue. A mesure que l’on s’approche de la source, une insondable sensation d’attraction nous étreint.

L’endroit offre une vue imprenable sur les vallées verdoyantes des deux versants. La vue offre un panorama d’une beauté inégalable. Les troupeaux de bovins trouvent pitance et eau à longueur d’année. Hocine, notre guide, a indiqué que la transhumance fait partie de la tradition des habitants des villages de la région. Des troupeaux de veaux et de vaches exhalent les pâturages. Des membres du groupe pensent déjà au retour. Refaire le même parcours est une chose difficile pour certains.

Les randonneurs ont découvert sur un plateau rocailleux une source qui offrait ses eaux minérale. Il est 18h déjà. Le soleil commençait à décliner. Les randonneurs à la demande du guide, empruntent un autre chemin. A travers des sentiers parfois abruptes, tout en croisant des bandes de singes magots qui s’échappaient vers les cimes des arbres à chaque fois. «C’est ici où j’ai passé mon enfance. C’est une belle rencontre dans le patelin où j’ai vécu pendant plus de quinze années», a déclaré le poète Slimane Benharet.

Ces randonneurs d’un jour peuvent maintenant retourner chez eux avec le sentiment du devoir accompli, celui d’avoir contribué à reconquérir un espace qui leur a été confisqué durant des années pour cause de terrorisme. Désormais, une nouvelle page s’ouvre pour Tikjda.

Il est 20h, le premier groupe est réuni à proximité de l’hôtel Djurdjura, où sont garées les voitures, certes sur les rotules, mais satisfait de l’effort accompli. Des petits groupes de randonneurs arrivent déjà. Ils sont venus de la ville de Bouira. Eux, qui n’ont pas besoin ni d’autorisation militaire ni encore de service et commodités de luxe, venaient de passer la nuit sur les lieux, sous les tentes. On les appelle les campeurs.

Bouira.  Amar Fedjkhi

[email protected]



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