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Suite aux incendies ayant ravagé des milliers d’hectares de végétation : Le reboisement immédiat est à bannir

02 septembre 2021 à 10 h 30 min

Le reboisement ne doit se faire qu’après une année des incendies dans les forêts sauvages.
La plantation doit se faire avec les professionnels forestiers. La démarche doit être scientifique et étudiée pour diminuer l’érosion dans nos montagnes. S’il est souvent conseillé, pour la région méditerranéenne, de ne rien faire après incendie, certaines actions doivent même être évitées car elles entraînent plus de problèmes que d’avantages. Torba a adopté son plan d’action. Détails.

 

En prévision des pluies qui s’annoncent d’ici fin septembre, il est fondamental de l’avis du collectif Torba de protéger la terre de l’érosion. Elle sera d’autant plus importante que la pente sera accentuée. Un état des lieux est fait et donc une conduite à tenir spéciale est engagée.

Le reboisement ne doit pas se faire avant janvier prochain, selon Torba. Saliha Fortas, ingénieur agronome, sous-directrice de la lutte contre la désertification et du barrage vert à la DGF évoque des délais plus longs pour certains endroits. Le reboisement ne doit se faire qu’après une année des incendies dans les forêts sauvages. Car, explique-t-elle, ces espèces se sont adaptées à ce genre de catastrophes.

Si au-delà de cette période, ça ne repousse pas, ce sont les professionnels forestiers qui organiseront la replantation avec les bonnes espèces et souches pour éviter toute pollution génétique ! Faut-il donc planter ou laisser la nature reprendre ses droits, une régénération naturelle ?

Sofiane Benadjila, ingénieur agronome, consultant indépendant en développement dit pouvoir opter pour les deux solutions avec une forte proportion de Régénération Naturelle Assistée (R.N.A). Dans tous les cas, « il faut saisir cette sinistre occasion pour transformer cette faiblesse, en une force agissant comme levier au développement économique des territoires sinistrés ». Torba établit déjà son plan d’action. Un premier chantier est prévu à partir de ce mois de septembre. Il est question de creuser des petites cuvettes en amont des arbres pour récupération les premières eaux de pluie.

Étapes

C’est une pratique ancienne qui a tendance à disparaître et qu’il faut absolument généraliser pour diminuer l’érosion dans nos montagnes, selon toujours le collectif Torba. Parallèlement, nettoyer les parcelles de bois mort et les mettre perpendiculaire à la pente (fascines) pour ralentir quelque peu l’érosion des parcelles. Puis, on passe à l’étape deux en octobre: défricher, trier, tailler et couper les arbres fruitiers. Tout se fera avec un professionnel. Éventuellement, broyer les petites branches (< 8 centimètres de diamètre). En novembre, il est question de confectionner des petits bassins de retenues des eaux de pluie pour passer en décembre prochain à l’amendement des cuvettes avec compost (à base de 90 % grignon et 10 % margine). Vient ensuite comme cinquième démarche, entre janvier et mars 2022, le greffage des arbres coupés.

C’est aussi en janvier que Torba a prévu le reboisement des vergers détruits. Une démarche qui s’étalera de janvier jusqu’à au mois d’avril, selon des lignes de courbe. Le plan d’arrosage des jeunes arbres est fixé pour l’été prochain. Tout ce plan d’action de Torba ne peut être applicable sans les premières démarches nécessaires déjà entamées. On compte en effet en premier lieu sensibiliser, plaidoyer, mobiliser des parties prenantes locales avec l’organisation de chantiers de volontariat. Un travail en étroite collaboration avec le mouvement associatif et la population locale. Selon le programme de Torba, il est même question de former des animateurs locaux avec aussi dotation d’un kit de réhabilitation par village (kit Outils, kit de plants d’arbres, kit ruches et/ou petits élevages).

L’idée de toute la démarche que les professionnels veulent entreprendre est surtout d’éviter d’autres dégâts. Là où il y avait des arbres forestiers, espèces endémiques, comme par exemple du chêne vert, du cèdre de l’atlas, «il y a lieu d’attendre », selon Saliha Fortas et attendre les prochaines pluies pour observer une régénération naturelle. Exception faite sur les terrains privés, il y a lieu de répondre aux besoins des propriétaires, comme les oliviers par exemple. Selon les scientifiques, globalement, il semble tout de même nécessaire de laisser la végétation méditerranéenne se régénérer naturellement après le passage d’un incendie.

Si l’on veut réellement protéger une formation sensible au feu, la chose la plus censée à faire est alors d’agir avant l’incendie en diminuant le risque de combustibilité de la formation. Mais maintenant que le feu est passé par là, que faire ? Un document de synthèses des connaissances sur l’impact des feux en région méditerranéenne, élaboré par Karine Jacquet et Marc Cheylan, avec au moins 300 références évoque l’idée de «relativiser l’incendie». L’impact des incendies sur la végétation méditerranéenne mérite d’être relativisé, selon ce document. Etant donné que celle-ci présente une bonne résilience face aux incendies, il semble logique de laisser « faire la nature » après un incendie.

La méditerranée

Cela semble d’autant plus conseillé là où les incendies sont de faible intensité, car la régénération naturelle des arbres ou arbustes suffit à permettre une bonne régénération. Là où les incendies sont plus fréquents et peuvent menacer une formation particulière, d’éventuelles pratiques de gestion peuvent être appliquées. Il faut en outre faire attention au fait que les actions de gestion post-incendie coûtent cher et qu’elles impactent profondément les milieux naturels fragilisés par le passage du feu, expliquent encore ces scientifiques.

Si l’on décide de faire une gestion post-incendie, il faut bien adapter les techniques et les utiliser au moment opportun. Le document insiste sur certaines pratiques qui doivent être rapidement mises en place après l’incendie, pour éviter l’érosion du sol. Pour réaliser un reboisement, il faut bien choisir les espèces ; cela est valable autant pour le nord du bassin méditerranéen que pour le sud. Souvent des plantations de pins sont pratiquées, alors que ce sont des formations très inflammables et à haut risque d’incendie. Le document tire sa conclusion aussi : « La généralisation du pin est une des causes de la généralisation de l’incendie ».

En France l’utilisation du chêne-liège, mieux résistant à l’incendie, pourrait être une solution. On propose après un incendie, de réintroduire à la fois des pins pour leur résistance au stress de l’eau et leur forte croissance et des chênes, comme le chêne vert, pour leur bonne résilience. Ces actions ne sont pas toujours nécessaires mais peuvent dans certains cas aider à fixer le sol sur des terrains pentus. Une autre pratique parfois recommandée après un incendie est le déblaiement de tout bois brûlé.

Cependant, plusieurs études ont aussi montré le rôle clef que pouvaient jouer ces branches et bois morts pour la régénération même de la formation, aussi bien pour la végétation que pour la faune ou la protection du sol. Des chercheurs ont par exemple montré que laisser les arbres calcinés après incendie dans une pinède à pin d’Alep permet l’établissement d’une plus grande densité de plantules.

S’il est souvent conseillé, pour la région méditerranéenne, de ne rien faire après incendie, certaines actions doivent même être évitées car elles entraînent plus de problèmes que d’avantages.

Par :  Nassima Oulebsir
[email protected]


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