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mercredi, 20 janvier, 2021
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Réduction des déchets ménagers : Des défaillances et des manquements

07 janvier 2021 à 10 h 29 min

L’Algérie génère une quantité de déchets urbains équivalents en moyenne à 1 kg par jour et par habitant. La réduction de ces déchets constitue désormais une problématique pour de nombreuses communes à qui cette tâche est confiée. Une pré-collecte minutieuse, de la collecte à proprement dit, d’un triage et traitement et d’un recyclage des matières brutes obtenues, 4 étapes nécessaires pour une meilleure gestion de déchets selon les normes sont encore loin d’être couronnées de succès. Les conférenciers s’accordent à dire que cette problématique est l’affaire de tous.

 

Que contient la poubelle d’une famille algérienne lambda où la pré-collecte doit en principe se dérouler ?» s’est interrogé Abdelkader Namane, expert-consultant en environnement, lors d’une visioconférence organisée au profit des journalistes par le Conservatoire national des formations à l’environnement (CNFE).

Tout. On y trouve aussi bien des restes de repas, dont des sauces, des os, du pain, des fruits, des légumes pourris et leurs épluchures, du papier, des mégots de cigarettes, des cartons, des piles. Aussi, une gamme d’emballages en plastique, dont des bouteilles, des gobelets, des canettes, de petits appareils défectueux, du verre, des assiettes cassées, des vêtements élimés, des couches souillées pour adultes et enfants, des couvertures, des draps, des nappes usagées, des médicaments périmés, des sachets de toutes les couleurs.

Et la liste n’est pas exhaustive. «C’est une aberration et un gaspillage dommageable. Il n’est plus possible de mélanger tous les déchets dans le même sac et d’aller le déposer à l’extérieur sans se soucier du reste. Dans le segment de la pré-collecte, la responsabilité des ménages est engagée. Les mères et les pères de famille doivent être sensibilisés et instruits des effets néfastes de leurs comportements mettant à mal toute la chaîne de gestion des déchets ménagers, car aucune machine ni aucune main-d’œuvre, aussi qualifiée soit-elle, ne pourra effectuer le triage de cette matière composite dégageant très vite des odeurs putrides et des gaz méphitiques. Nous devons tous adopter de nouveaux comportements pour réduire nos déchets et penser à séparer à la base les matières biodégradables et les déchets inertes recyclables. Il suffit d’y consacrer quelques efforts et de sensibiliser toutes les familles à cette pratique courante à travers plusieurs pays du monde.

Alors, pensez désormais au devenir de ce que vous jetez et comment vous vous en débarrassez sans atteinte à l’environnement et au travail des éboueurs», a expliqué l’animateur de cette visioconférence. Les éboueurs sont chargés du ramassage des ordures éparses à travers les rues et les ruelles des villages et des villes. C’est là, la seconde étape qui est la collecte des déchets urbains. Chargées de mettre en place un programme de collecte et de traitement des déchets, les 1541 communes d’Algérie s’acquittent avec plus ou moins de réussite de cette tâche des plus sensibles.

Un traitement et un recyclage embryonnaires

Dans beaucoup de régions, les éboueurs peinent à s’acquitter de leur mission faute de matériels et de personnels. Ils ramassent pêle-mêle toutes les poubelles et les tracteurs et camions à bennes sont vite remplis. Les déchets sont alors entreposés dans des déchetteries et des Centres d’enfouissement techniques (CET). A noter, qu’avant le passage des éboueurs, les poubelles sont régulièrement visitées par des chats et des chiens errants venant y chercher leur pitance, des personnes qui y glanent des objets à récupérer et des matières recyclables qu’ils revendent à de petits industriels activant essentiellement dans la transformation du plastique et des métaux. Ainsi, les éboueurs trouvent des sachets crevés et un agglomérat de plusieurs éléments, dont des matières en putréfaction. Le traitement des ordures est la 3e étape concernant la gestion des déchets domestiques. C’est bien simple, on n’effectue pratiquement aucun traitement des déchets collectés. Rares sont les régions qui possèdent des unités capables de réaliser le triage et la séparation des matières recyclables de celles biodégradables.

Quand elles ne sont pas brûlées par les riverains ne mesurant pas les conséquences de leurs actes sur l’environnement immédiat, ces tonnes de déchets sont tout simplement déposées et stockées dans des CET qui sont des solutions intermédiaires et dans des déchetteries légales à l’air libre et d’autres sauvages lesquelles seraient en Algérie au nombre de 3000 occupant une superficie de 150 000 ha, soit 100 terrains de football par communes. «Les CET sont des infrastructures servant à stocker les déchets en attendant d’autres solutions pour s’en débarrasser de manière écologique et propre.

Ils sont étanches et équipés de façon à permettre aux gaz produits de s’échapper sans danger. L’idéal serait que tous les CET soient équipés d’une chaîne de traitement et de triage des déchets, mais pour, cela il faudrait que les déchets collectés soient convenablement traitables. Ce n’est pas encore le cas», a relevé l’expert qui a souligné que les produits et les objets fabriqués à base, par exemple, d’acier, d’aluminium, de papier, de verre ou de plastique, issus du recyclage, ont une qualité et une durée de vie égales à ceux réalisés à partir de la matière première. En Algérie, cette activité est encore embryonnaire. Peu d’industriels et d’investisseurs osent se jeter dans le domaine de la récupération et de la transformation des produits issus des déchets. En dépit des textes de loi relatifs à l’environnement et la gestion intégrée des déchets et aux efforts déployés pour développer les notions d’écocitoyenneté, les villes et les villages d’Algérie sont envahis de déchets de toutes sortes.

Pour un ancrage de l’écocitoyenneté

En l’absence d’une stratégie de récupération des matières recyclables, des milliards de dinars sont ainsi incinérés ou laissés en proie au pourrissement. Des plastiques, du verre, du papier, des métaux et des composants électroniques pouvant être récupérés, revendus et exploités par des transformateurs sont jetés au rebut. Tel est le triste constat. C’est dire que la gestion intégrée des déchets est hypothéquée par des déficiences et des manquements touchant toutes ses étapes. «Une nouvelle approche incluant tous les intervenants et acteurs est nécessaire pour que cette richesse ne soit pas bêtement dilapidée et que notre pays retrouve sa splendeur et sa propreté légendaire tout en tirant des dividendes de ses déchets ménagers», a conclu le conférencier qui préconise l’implication de tous : citoyens, personnels des APC, autorités locales et industriels pour relever le défi induit par la prolifération des ordures ménagères enlaidissant, il est vrai, trop souvent, les agglomérations et les paysages du pays.

Il est préconisé un ancrage des notions d’écocitoyenneté dans les strates de la société et particulièrement chez les mères de famille et les écoliers via des cours et des campagnes de sensibilisation, l’octroi de plus de moyens pour les communes, la mise en place d’un dispositif de triage et de recyclage des déchets ménagers, inertes, industriels et spéciaux et la mise en place d’un tissu industriel de fabricants de biens issus des déchets. «Une tâche rude, mais pas impossible pourvu que tous les concernées et intervenants y adhèrent», a noté Yacine Zerrouki.

Pour conclure sur une pointe d’optimisme, sachez que le village d’Iguersafene, à 25 km d’Azazga et à 70 km au sud-est de Tizi Ouzou, à 890 m d’altitude et à l’ouest de la forêt d’Akfadou, a remporté la deuxième édition du concours «Rabah Aissat», grâce à la mise en place du tri sélectif et de la récupération des déchets organiques transformés en compost et à une participation active de tous ses habitants soucieux de protéger l’environnement urbain et de faire de leur village un havre de paix et de villégiature, a-t-on appris. Un exemple d’écocitoyenneté à suivre. 

 

Biskra. Hafedh Moussaoui

[email protected]


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