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Pêche sportive : oui mais dans quelles conditions ?

24 septembre 2020 à 11 h 04 min

Le lac d’Oum Ghellaz a connu durant deux années consécutives (2019 et 2020), pendant la saison sèche, une mort massive de la carpe, principale espèce qui peuple cette zone humide. La pêche sportive s’est donc «imposée» comme étant la meilleure solution pour mettre un terme au phénomène d’asphyxie des poissons. Une nouvelle discipline sportive qui allie compétitions et protection de l’environnement. Explications.

Plusieurs solutions sont en cours d’étude pour enrayer le phénomène de la mort massive des poissons au niveau du lac d’Oum Ghellaz, près de Oued Tlélat (Oran). Selon M. Grimes, expert environnement et développement durable, ce phénomène en milieu lagunaire n’est pas spécifique à l’Algérie. Il a été constaté de par le monde et en Méditerranée au cours de ces deux dernières décennies où de nombreux épisodes de mortalité massive des espèces, notamment de poissons.

Cela est lié, selon le spécialiste, à plusieurs facteurs, dont deux importants. «Le premier est dû à un déficit en oxygène dissous dans l’eau, lui-même souvent provoqué par un excès de matière organique dans le milieu, conduisant à une eutrophisation des eaux, une forme de pollution ‘’biologique’’ qui arrive dans certains cas, quand les berges des lacs sont, par exemple, exploitées pour l’agriculture et que l’utilisation excessive d’engrais chimiques, par le jeu des eaux de ruissellement des pluies, se retrouvent dans les eaux de ces lacs et enclenchent un processus de déséquilibre des phosphates et de l’azote conduisant à une consommation excessive de l’oxygène dissous de l’eau», explique le spécialiste. Cette sous-oxygénation du milieu entraîne alors une asphyxie des espèces et, en finalité, à une mortalité massive de certaines espèces très sensibles comme la carpe. Le second facteur concerne, toujours selon le spécialiste, des attaques parasitaires spontanées qui affectent les organes vitaux et les fonctions vitales des individus et conduisent aussi à une mortalité massive des espèces.

M. Grimes ajoute qu’il existe une autre situation où la mortalité massive des poissons peut se produire. Celle-ci est liée à une anomalie thermique (changements climatique) conduisant à une augmentation prolongée de la température de l’eau, supérieure à la moyenne «normale» de la saison. Ce type de processus affecte, selon lui, directement l’opération de reproduction et peut également conduire à une mortalité massive des espèces. Et dans le but de combattre la surpopulation conduisant à la baisse du niveau de l’oxygène, la pêche sportive a été proposée comme solution de secours. Si, par définition, la pêche sportive est un type de pêche pratiqué par des personnes en possession d’une licence sportive, qui a pour objectif le plaisir de la pratique dans la compétition ou non, et éventuellement la consommation de ses prises, celle-ci a également un objectif environnemental.

Elle vise à combattre la surpopulation de certaines espèces conduisant à la baisse du niveau de l’oxygène. «Cela peut se produire dans les milieux marins ou dans les milieux d’eau douce ou saumâtre où la concentration d’oxygène dissous peut être réduite naturellement par un effet de densité animale au-dessus des capacités d’oxygénation du milieu, elle-même liée à la densité et à la couverture végétale et les échanges air-mer ou air-lagune ou lacs, voire les échanges air-eau de barrages d’eau douce», explique M. Grimes. Dans ces conditions, la pêche sportive devient un facteur qui contribue au maintien des concentrations nécessaires en oxygène dissous dans l’eau et donc contribue d’une certaine manière à l’équilibre écologique général du milieu aquatique considéré.

Si la décision n’est pas encore tranchée, de nombreuses questions sont à soulever quant à cette éventuelle solution. La première est de définir les modes de pêche. A cet effet, le spécialiste affirme qu’il est indispensable de les définir en tenant compte de plusieurs paramètres, en particulier le type de site (marin, lac d’eau douce, lac d’eau saumâtre, barrage, retenues collinaires, zone humide, etc.), la «taille» de la population ciblée par  la pêche sportive et donc les points de rupture de l’équilibre des stocks de ces espèces, la saison et le nombre de personnes pratiquant ce type de pêche dans la zone considérée.

La seconde concerne la période à privilégier pour ce type de pêche. «La pêche sportive peut être pratiquée toute l’année, pour cela il est nécessaire de cibler les espèces, les zones et les techniques de pêche pour que cette pratique ne soit pas un facteur de déséquilibre des stocks», assure M. Grimes. Et enfin, en dépit du fait que ces éventuelles prises, principalement des câpres, qui pourraient être pêchées lors d’une partie de pêche sportive peuvent être relâchées, la comestibilité de ces dernières reste à définir, surtout celles qui vivent dans une eau polluée par les rejets d’assainissement.

Pour Samir Grimes, il est évident que si le cas souligné présente les caractéristiques d’un milieu pollué, les carpes ou tout autre organisme vivant dans le lac ne peuvent et ne doivent faire l’objet ni de consommation humaine directe ni de transformation en produit agroalimentaire. «Malheureusement, il existe de nombreux lacs et zones humides en Algérie qui sont exposés aux rejets domestiques, voire dans certaines situations, à des rejets d’activités humaines, notamment industrielles, sans que ces rejets n’aient subi un quelconque traitement au préalable», se désole-t-il.

Ceci est, selon lui, clairement une infraction à la réglementation relative à la protection de l’environnement et une menace pour la santé humaine et animale. En termes d’inconvénients, le spécialiste estime que si les règles élémentaires évoquées précédemment pour que la pratique de la pêche sportive ne provoque pas de déséquilibre dans le stock des espèces ciblées ou ne conduit pas à un déséquilibre dans la chaîne trophique, il n’y a aucune contre-indication à la pratique de cette pêche. «Les autorités en charge de la régulation et du contrôle des pratiques de la pêche doivent dédier une entité institutionnelle au niveau du ministère chargé de la pêche à cette catégorie de pêche», propose-t-il. Il est également important, de son avis,  d’organiser le cadre général de cette pratique en établissant une réglementation claire, en précisant les obligations de ce type de pêcheurs ainsi que les procédures administratives d’autorisation mais également en définissant les techniques durables qui peuvent être utilisées.

Enfin, M. Grimes ajoute qu’il est important que des mécanismes d’évaluation de cette pratiques soient mises en place et un système qui donne de la visibilité à ses pratiquants doit également être instauré et administré par l’administration de la pêche dans chaque wilaya.

 

 

 

Un prédateur, comme solution de rechange ?  

L’introduction d’une espèce prédatrice au niveau du lac a également été proposée comme éventuelle solution dans le but d’équilibrer le stock des poissons. Toutefois, pour M. Grimes, la question reste très sensible, étant donné qu’il est très difficile de prévoir ou de modéliser la relation proie (carpe)/ prédateur. Selon lui, il arrive que ce schéma fonctionne bien dans un lac ou dans un pays et ne fonctionne pas du tout dans un autre lac ou autre pays, même s’il s’agit de la même proie et du même prédateur. Cela peut être lié, de son avis, à des caractéristiques intrinsèques de l’espèce ou à des éléments de l’environnement. «Quand la maîtrise de cette relation échappe aux gestionnaires du site, des effets pervers en cascade peuvent se produire, jusqu’à extinction totale de la proie dans des cas extrêmes», explique-t-il. C’est pour cette raison que l’expert recommande de mener des explorations afin d’obtenir des études détaillées Avant toute introduction d’espèces prédatrice qui aura pour but de réduire la taille de la population des espèces cibles ou de rééquilibrer leur nombre (stocks).

Ce que dit la loi

Au sens de la loi algérienne, notamment la loi n°2001-11 du 3 juillet 2001 relative à la pêche et à l’aquaculture, la pêche sportive est définie comme étant toute pêche récréative exercée à titre de sport ou de loisir et dans un but non lucratif dans les milieux aquatiques. «L’article 27 de la dit loi stipule que la pêche récréative comprend la pêche à pied sans but lucratif, la pêche à bord de navires et bateaux de plaisance ainsi que la pêche à la nage dite pêche sous-marine», ajoute M. Grimes. Notez qu’une autre forme de pêche liée au tourisme dite pescatourisme peut se croiser avec la pêche récréative. A cet effet, M. Grimes explique : «Le pescatourisme qui est une opération d’embarquement de passagers à bord des navires armés et équipés à la pêche ou navires aquacoles, à titre d’activité complémentaire de plaisance, pour leur faire découvrir, notamment le métier de marin pêcheur, peut s’accompagner de pratiques de pêche récréative.» Cette nouvelle pratique est organisée par le décret exécutif n° 16-203 du 25 juillet 2016 fixant les conditions et les modalités d’exercice des activités de transport maritime urbain et de plaisance maritime. Toutefois, de l’avis de M. Grimes, celle-ci «est encore loin d’être organisée en Algérie pour deux raisons majeures». La première est liée, selon le spécialiste, à l’absence d’une structure, une entité ou une direction au niveau institutionnel qui a pour mission de réglementer, suivre, évaluer et mettre en place et en œuvre les outils de régulation et de développement de ce type de pêche. La seconde est liée, toujours selon M. Grimes, au fait qu’un nombre appréciable de personnes parmi celles pratiquant la pêche sportive en Algérie ne sont pas identifiées ou ne sont pas affiliées à une association, un club, une ligue ou à une quelconque organisation gouvernementale ou non gouvernementale. «Cela ne permet donc pas d’évaluer la pression, les effets et les bénéfices générés par ce type de pêche. Toutefois, il y a lieu de signaler que vers 2009-2010, une tentative de créer une association des  pêcheurs de plaisance a été faite», explique-t-il.

 

 

 

Sofia Ouahib
[email protected]

 

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