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Ouargla : Des chercheurs appellent les pouvoirs publics à réinventer l’agriculture

05 mars 2020 à 9 h 22 min

C’est au cœur de débats pointus lors des travaux du workshop international de la dynamique de l’espace oasien et son environnement, organisé par le laboratoire des bioressources sahariennes préservation et valorisation de l’université de Ouargla les 3 et 4 mars courant que l’appel à une agriculture moins intensive, plus raisonnée et focalisée sur la préservation des ressources, a été lancé par le Pr Mohamed Azzedine Idder, rejoint par un panel de chercheurs en agronomie venus de plusieurs universités du pays mais aussi de Tunisie, du Maroc et de France.

Le débat est parti d’une communication sur l’agrobiologie comme atout de durabilité des espaces agricoles avec une présentation des résultats concrets des méthodes de lutte biologique supervisés par le Pr Idder s’appuyant sur des processus écologiques, sur la biodiversité et sur des cycles adaptés aux conditions locales, plutôt que sur l’utilisation d’intrants ayant des effets néfastes. L’agriculture biologique allie la tradition, l’innovation et la science au bénéfice de l’environnement.

Le Pr Idder a mis l’accent sur des résultats scientifiques concluant pour la plupart, spectaculaires pour certains, effectués par des chercheurs de l’université de Ouargla depuis une trentaine d’années relevant que ces recherches ne sont pas valorisées.

Les travaux de ce chercheur, aux portes de la retraite concernent l’utilisation des biopesticides, de la résistance variétale, la lutte autocide et la stérilité mâle mais aussi l’utilisation de parasites, de parasitoïdes, de prédateurs etc. pour préserver la santé de l’homme et celle de l’environnement. Ce qui contribue à favoriser la durabilité de l’agriculture.

Accompagner les agriculteurs

Dans la même optique, ces méthodes favorables à la préservation de l’environnement saharien ont été appliquées avec brio par une équipe de la station Inraa de Touggourt sur une culture fétiche à la région, à savoir le gombo, alias guenaouia.

Un légume très prisé et cultivé par les agriculteurs de la région qui utilisent des pesticides et des engrais chimiques pour renforcer leur productivité de ce légume très riche en minéraux et polysaccharides à haute valeur nutritive par l’utilisation du Trichoderma de souche locale en tant que biostimulant pour améliorer les performances agro-morphologiques de la culture du gombo dans la région de Touggourt.

Le Dr Lakdari Wassima, qui supervise cette équipe, a présenté les résultats d’essais en plein champ dans la zone de Sidi Mahdi à Touggourt s’appuyant sur des travaux de recherches internationales mentionnant que l’application de ce dernier améliore nettement la croissance et le rendement de plusieurs cultures vivrières et ornementales en favorisant la ramification des racines et l’absorption des nutriments, l’induction d’une résistance et une tolérance chez les plantes, ce qui a permis d’obtenir donne de meilleurs rendements par rapport à un témoin non traité ou traité chimiquement.

Le Dr Lakhdari a souligné la réceptivité des agriculteurs de sa région aux méthodes biologique estimant qu’une tendance accrue à s’informer sur les méthodes préservant la santé humaine et l’environnement sont recherchées d’où l’accompagnement mis en place par l’Inraa de Touggourt dont le staff porte la double casquette de la recherche scientifique et de la vulgarisation agricole permettant ainsi une relation rapprochée avec les agriculteurs et l’instauration d’un climat de confiance et d’échange.

Les semences au cœur des enjeux de la biodiversité

Le Dr Mohamed Belarouci mettra l’accent dans son enquête sur les semences paysannes et le savoir-faire dans les oasis d’Oued Mya, à savoir Ouargla et sa région effectuée à travers 60 exploitations agricoles des investigations au niveau du marché local appuyées par des interviews avec les quelques amateurs de collection de semences paysannes que les semences locales sont exclusivement préservées dans l’ancienne oasis et son extension et que le transfert du flux du savoir-faire depuis l’ancienne oasis et son extension vers les nouveaux périmètres de mise en valeur est très faible, d’où la déperdition de ces semences hormis chez des collectionneurs et la nécessité d’un plan d’action pour préserver ce qu’il en reste et le développer.

Une démarche relevant de la souveraineté nationale, dira le Dr Belarouci insistant sur l’indépendance des agriculteurs poussés par l’industrie à utiliser des semences standardisées qui promettent un meilleur rendement dès la première récolte. Mais il faut payer de cette efficacité l’année suivante vu que les semences hybrides vont dégénérer, obligeant les paysans à en racheter.

Mécanisation et conservation des polinisateurs

C’est dans ce sens également que le Pr Baba Hani Souad a focalisé ses recherches sur les pollinisateurs du palmier dattier, à savoir les Dokkars en arabe en tant que patrimoine marginalisé dans les palmeraies du sud-est d’Algérie alors que les besoins en pollinisateurs de bonne qualité sont très importants dans les zones potentielles de culture du palmier dattier et de culture de Deglet Nour qui est la variété d’exportation.

Souad Baba Hani relève d’une part que les phoeniciculteurs n’appliquent pas aux Dokkars les mêmes opérations de conduite et d’entretien qu’ils font aux femelles lors de l’irrigation, fertilisation, taille, lutte etc. mais aussi l’utilisation du pollen frais alors que celui conservé n’est utilisé qu’en cas de besoin et souvent perdu dans l’air faute de mécanisation de la pollinisation hormis dans la région de Touggourt où la semi mécanisation est en voie de développement, d’où la préconisation de la mise en place de programmes de sélection des palmiers mâles dans les stations de recherche (Inraa Touggourt, Itdas El Arfiane), l’installation de petites unités de conditionnement et de commercialisation du pollen, et évidemment le développement de la pollinisation semi-mécanique et mécanique.

C’est ainsi que des thématiques d’actualité en matière d’alimentation, de souveraineté alimentaire et de santé telle que l’usage intensif de pesticides et de produits chimiques, la préservation des sols, des savoirs et savoir-faire locaux, des semences paysannes débattues dans les salles de conférences doivent nécessairement interpeller l’opinion publique sur l’avenir de l’agriculture notamment saharienne que d’aucuns proposent d’en revoir l’échelle, estimer les dégâts de l’agriculture intensive dans une approche globale et multidisciplinaire et mettre en place des systèmes maintenant la biodiversité si elle existe en la renforçant s’agissant de la santé même des écosystèmes, conclura le Pr Idder.

 

Houria Alioua

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