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Pr Chems Eddine Chitour. Ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables : «Nous devons faire preuve d’imagination pour donner une spécificité à la voiture électrique en termes d’intéressement»

01 juillet 2021 à 10 h 22 min

Ce n’est plus un choix, mais surtout une obligation : une voiture électrique. Chems Eddine Chitour insiste sur la nécessité des prix qui ne doivent pas être dissuasifs, mais plutôt proches de ceux des véhicules thermiques.

  • Vous ambitionnez de généraliser progressivement les voitures électriques d’ici à 2030 afin de réduire l’utilisation du carburant. Où vous en êtes aujourd’hui dans ce dossier ?

C’est un dossier assez complexe. Dans les autres pays, la voiture est un élément d’une stratégie alors que chez nous c’est la stratégie elle- même ! Et c’est là où réside l’erreur. J’ai souvent expliqué dans mes interventions que nous avons besoin de montrer qu’il y a une rupture et que la possibilité d’un quota de voitures électriques fait partie du cahier des charges d’achat de véhicules.

Nous devons faire preuve d’imagination pour donner une spécificité à la voiture électrique en termes d’intéressement, il faut tous réfléchir à un système, de taxes, de vignette verte d’exemption de taxe sur les autoroutes.

Le débat n’est finalement pas tranché. Actuellement, le quota est de 15%. Nous ne pourrons pas atteindre cet objectif puisque les taxes sont du même type que celles des autres voitures. Il serait judicieux de favoriser l’électrique en créant une vignette verte, dénuée de taxes de telles façon à démontrer la détermination de l’Etat à passer des énergies fossiles pour aller vers les énergies vertes.

Il y a un pari à faire pour sortir graduellement des énergies fossiles. Faire éventuellement un partenariat stratégique avec les grands constructeurs pour des voitures, des bus et camions électriques. La Turquie a inauguré une usine de voitures électriques, c’est un exemple à suivre. Aujourd’hui, nous ne sommes pas arrivés à ce stade. Je suis convaincu que le train de la locomotion électrique doit être pris. Ce qu’il faut savoir c’est que nous sommes injustes avec le citoyen, car la voiture électrique ne devait être qu’un segment d’une politique du transport.

On «enrichit» le riche (celui qui possède une voiture avec une essence subventionnée) et on ne donne rien à celui qui n’a aucun moyen de transport. Il faudrait essayer qu’il y ait une justice énergétique. Pour cela nous avons à réfléchir à une politique globale de transport pour mettre à disposition des citoyens une disponibilité du bus, des tramways, du métro, des taxis. Les véhicules ne concernent en définitive au maximum qu’un tiers des citoyens, les autres prennent les moyens de transport disponibles.

  • Comment comptez-vous mettre en place les bornes électriques d’une manière à répondre à la demande ?

La société est plus en avance que le gouvernement. Naftal dans son sondage effectué récemment a démontré qu’il y a une acceptabilité de la voiture électrique (65%). La société est prête. C’est à nous d’être en phase avec le mouvement du monde et faire preuve d’imagination. Nous avons contacté le ministère de l’Habitat pour prévoir dans toutes ses nouvelles constructions du futur des bornes électriques en bas des bâtiments. Pour les particuliers, une prise de courant classique pourrait aussi être utilisée dans un premier temps.

Pour encourager l’installation de bornes électriques, nous allons aider à la création de micro-entreprises pour les jeunes qui peuvent installer des panneaux solaires dans les parkings qui produiront de l’énergie.

De plus, des bornes électriques tout le long de l’autoroute à l’intérieur même des stations service de Naftal et des privés, les parcs des sociétés sont aussi concernés. Nous pouvons aussi penser à un appel d’offres. Et tout cela va créer de la richesse. Tout est possible. Mais vous ne pouvez pas avoir tout et tout de suite. Il faut juste montrer qu’il y a une rupture et il faut y aller graduellement.

  • On parle déjà des batteries électriques qui pourraient être problématiques pour l’environnement…

Le problème est soulevé actuellement en Chine avec son parc de 10 millions de voitures. Nous, nous démarrons à peine, d’ici à arriver à généraliser ce projet, pourraient apparaître d’autres solutions. En plus, nous ne sommes pas là pour régler les problèmes du monde.

Ce n’est pas l’immédiat, tous les autres pays ont compris la nécessité de cette transition verte vers les carburants verts. Le problème de recyclage va certainement se poser, il peut y avoir de pénurie rare du matériel ou sur le lithium, mais il se trouve que l’Algérie possédait des gisements, qu’elle peut développer. D’ici 2030, nous voulons tout faire pour que la moitié du parc-auto actuel soit verte.

Nous devons sortir du diesel et de l’essence, ce qui serait moins énergivore. Il va y avoir une diminution de l’empreinte écologique. Les normes nous sont imposées de l’extérieur, notamment la taxe carbone : la tonne de CO2 couterait 100 dollars en 2030 ! Nous devons aussi aller vers le GPL et le GNC.

Pour la voiture électrique, avec une cadence de 100 000 par an, cela fera un million de voitures d’ici 2030. 100 000 voitures électriques pour 20 000 km/an consommeront 2800 kwh/an par voiture, soit 0.28Twh/an en 2030 ce sera 3 twh sur 100 Twh de consommation totale (3 %). La quantité d’essence et diesel épargnée pourrait être réutilisée pour des usages nobles telle que la pétrochimie.

  • Vous êtes convaincu du cap de la transition énergétique, mais peu de mesures incitatives sont entreprises envers le citoyen. Un commentaire…

La transition énergétique c’est en définitive sortir de l’ébriété énergétique fossile actuelle pour aller véritablement vers la sobriété énergétique verte. Nous avons une fenêtre d’une opportunité d’une dizaine d’années pour réussir à sortir d’une manière intelligente avec l’argent de la rente qui nous reste. En 2050, les changements climatiques imposent la neutralité de carbone.

Nous consommons 65 millions de tonnes de pétrole, l’équivalent de 45 milliards de m3 de gaz annuellement. Les calculs montrent qu’en 2028 nous aurons de sérieux problèmes. Il est impossible à ce rythme d’exporter car la production sera consommée. C’est pour cela que l’une de mes recommandations récurrentes est d’arrêter la construction de centrale thermique.

Nous avons une capacité de 22 000 MGW, seuls 12 000 MGW fonctionnent. Pour pouvoir lever le pied sur le gaz, il faut donner leur chance aux autres énergies. Avant cela le plus grand gisement de l’Algérie, c’est l’économie de l’énergie avec des gestes éco-citoyens qui peuvent nous faire économiser au moins 10 % d’énergie. Nous avons l’ambition avec la transition énergétique, de créer une nouvelle dynamique.

Nous devons tout faire pour sortir graduellement des énergies fossiles, comme les chantiers lancés actuellement sur la géothermie et le bois énergie. Nous ambitionnons aussi de planter 100 000 arbres par an et un million d’arbres d’ici 2030, ce qui peut nous faire gagner 1 million de tonnes de pétrole.

En définitive, pour que la locomotion électrique réussisse, il faut qu’il y ait une «vérité» concernant les coûts de l’énergie. Le problème des subventions fausse la réalité et compromet le développement des énergies renouvelables. Il faut arriver au juste prix en protégeant les classes vulnérables. Le système actuel ne profite qu’aux riches. Nous devons faire preuve de pédagogie et expliquer les enjeux aux citoyens pour les voir adhérer et parler de l’avenir des générations futures.

Une stratégie d’ensemble de mettre tout à plat et expliquer les ambitions de la transition énergétique. Nous allons tout faire pour y arriver malgré quelques réticences. Il est utile de rappeler que 17 millions de tonnes de carburant sont consommés annuellement dont environ deux millions de tonnes importées avant le Covid-19, ce qui fait deux milliards de dollars. On est en train de tout faire pour nous convertir au GPL et nous ambitionnons de convertir quelque 300 000 voitures pour l’année prochaine.

Un kit GPL coûte 250 dollars, il nous permettra de remplacer une tonne d’essence (800 dollars) par une tonne de GPL. Nous envisageons d’ailleurs la possibilité de mise en place d’une industrie des kits GPL et c’est là où l’université intervient pour le « revers engineering ». Mais tout ça ne suffit pas. La nouvelle vision du futur est celle d’un développement humain durable basée sur la révolution de l’électricité verte qui ne laisse personne sur le bord de la route, mais qui demande à chacun de contribuer au bien commun. C’est cela l’Algérie nouvelle. 


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