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Dans son livre «Les voix des femmes contre les violences sexuelles...», qui paraîtra aux éditions Sudarènes, le 15 avril prochain, l’écrivaine française Nathaly Cougny donne la parole aux femmes et aborde en détails le viol, l’inceste, l’excision et la pédophilie

Nathalie Cougny. écrivaine : «On ne se remet jamais d’un abus sexuel

02 avril 2015 à 10 h 00 min

Pourquoi ce livre ?

D’abord parce qu’il y a urgence, pour toutes les raisons que je vais décrire plus loin, urgence nationale et mondiale, ne nous voilons plus la face et arrêtons de minimiser la violence. La violence, sous toutes ses formes, est un fléau de santé publique, qui raccourcit l’espérance de vie (suicides, nombreux problèmes de santé, MST), qui empêche l’accès à l’éducation dans de nombreux pays (mariages forcés, prostitution, interdiction d’aller à l’école, esclavage), qui réduit la femme à un objet et va jusqu’à déstabiliser l’équilibre démographique lorsqu’il s’agit de féminicide. D’après l’ONU, il manquerait 200 millions de filles sur la planète, tuées uniquement parce qu’elles sont des filles. Femmes et hommes, nous devons tous agir !

Ensuite, ce livre part d’une rencontre avec Sarah Kaddour, présidente de l’association  «Unissons nos voix». Nous nous sommes rencontrées lors d’un événement que j’avais organisé contre les violences faites aux femmes en 2013 à Paris. Elle avait déjà réalisé un premier single pour soutenir cette cause et nous avons décidé d’unir nos volontés et nos compétences pour faire prendre conscience de l’ampleur des violences. Sarah a donc rassemblé plus de 60 artistes avec la reprise de la chanson No woman, No cry, qui est sortie le 8 mars dernier sur toutes les plateformes de téléchargement, et j’ai écrit ce livre qui donne la parole à 10 femmes qui ont subi différentes formes de violences, sexuelles notamment.

Je reste persuadée que la parole libère et que ce fléau est encore très tabou, il faut le faire tomber. Au regard de cette souffrance ressentie par des milliers de femmes, et nous en côtoyons de nombreuses, il nous a paru évident de sensibiliser le grand public, encore peu informé sur les conséquences des violences et leur étendue, à travers ces vecteurs universels que sont la musique et l’écriture.

Pour ma part, c’est mon deuxième livre sur ce sujet. Nous voulons aider les femmes à sortir du silence, à être libres, et nous souhaitons que les hommes prennent conscience de l’ampleur des conséquences. On ne se remet jamais d’un abus sexuel. Ce serait trop long à développer ici, mais vous avez des associations qui expliquent très bien cela, notamment l’association «Mémoire Traumatique et Victimologie».
 
Quelles sont les différentes formes de violences sexuelles traitées?


Dans ce livre, j’aborde en détail le viol, l’inceste, l’excision et la pédophilie. Après les témoignages, j’explique ces différentes formes de violences tout en décrivant leurs mécanismes : comment agit un pédophile par exemple, qui est-il ? Pourquoi bien souvent les femmes ne peuvent pas porter plainte ? Que se passe t-il au niveau du fonctionnement du cerveau ? Pourquoi l’excision est-elle pratiquée et à quelles fins ? Les conséquences et l’impact que ces violences ont sur les enfants et les adultes. J’aborde largement le sujet des enfants, car non seulement la violence est partout, à l’école, dans la rue, mais aussi dans leur famille, puisque, en France par exemple, 2 enfants meurent par jour de maltraitance.

D’autre part, les violences concernent 40 millions d’enfants dans le monde et les enfants qui sont les adultes de demain, comment vont-ils se construire avec cette violence ? Ensuite, j’informe sur l’aspect juridique, ce qu’il faut faire en cas de violence, qui contacter et ce qui a été mis en place en France au niveau du gouvernement.
 
Qu’en est-il en France et dans les pays du tiers-monde ?

En France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, 75 000 sont violées par an, soit 200 par jour, 2 millions de personnes auraient subi un inceste et il y a environ 30 000 cas d’excision.

Je crois que les chiffres parlent d’eux-mêmes et sont bien en deçà de la réalité d’après les associations, car trop nombreuses sont les personnes qui ne parlent pas. Il faut absolument arriver à faire prendre conscience que la violence détruit non seulement des êtres, mais aussi les communautés et déstabilise l’équilibre des pays.

Pourquoi ? Parce que les femmes sont au cœur de la vie même, en la donnant, de la vie active, sociale et doivent avoir cette place légitime d’un Etre à part entière avec les mêmes droits et les mêmes libertés, sans domination aucune. 

De plus, en dehors des conséquences psychologiques et sociales, les violences faites aux femmes coûtent 3,6 milliards d’euros en France en termes d’aides sociales, de soins et surtout de perte de capacité de production, selon l’évaluation du ministère des Affaires sociales et des Droits des femmes. Les Nations unies définissent la violence à l’égard des femmes comme «tout acte de violence dirigé contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée».

On estime que dans certains pays, 70% de femmes seront victimes de violences physiques ou sexuelles perpétrées par un partenaire à un moment de leur vie. Cette violence est «fondée sur le genre» parce qu’elle provient en partie du statut subordonné des femmes dans la société. Beaucoup de cultures ont des systèmes de valeurs et des institutions qui légitiment et donc perpétuent la violence contre les femmes. «Plusieurs sondages mondiaux suggèrent que la moitié des femmes victimes d’homicide sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint ou compagnon.

En Australie, au Canada, en Israël, en Afrique du Sud et aux Etats-Unis, 40 à 70% des femmes victimes de meurtre ont été tuées par leur partenaire, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le viol a longtemps été utilisé et l’est toujours comme arme de guerre.

Des femmes en âge d’être grands-mères et des petites filles ont subi des violences sexuelles systématiques aux mains de forces militaires et rebelles. Le meurtre pour cause de dot est une pratique brutale dans laquelle une femme est tuée par son mari ou sa belle-famille parce que sa famille ne peut pas répondre à leurs exigences concernant la dot, paiement fait à la belle-famille d’une femme lors de son mariage comme cadeau à sa nouvelle famille.

Alors que les dots ou paiements de ce genre sont courants dans le monde entier, les meurtres de dot se produisent essentiellement en Asie du Sud. La pratique du mariage à un âge précoce est courante dans le monde entier, notamment en Afrique et en Asie du Sud.

C’est une forme de violence sexuelle, car le mariage et les relations sexuelles sont souvent imposés à de très jeunes filles, ce qui comporte des risques pour leur santé, y compris l’exposition au VIH/sida, et limite la durée de leur scolarité. Entre 500 000 et 2 millions de personnes, en majorité des femmes et des enfants, font l’objet de traite tous les ans à des fins de prostitution, de travail forcé, d’esclavage ou de servitude, selon les estimations.

La mutilation génitale féminine désigne différents types d’opérations d’excision effectuées sur les femmes et sur les filles. On estime qu’entre 100 à 140 millions de filles et de femmes aujourd’hui ont subi la mutilation génitale féminine, principalement en Afrique et dans quelques pays du Moyen-Orient, et que 3 millions de filles par an courent le risque de mutilation.

En avril 2006, 15 des 28 pays africains où la mutilation génitale féminine est largement répandue en ont fait une infraction passible de sanctions pénales. Les femmes sont victimes de harcèlement sexuel tout au long de leur vie. De 40% à 50% des femmes de l’Union européenne ont fait état d’une forme ou d’une autre de harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Au Malawi, 50% des écolières interrogées ont indiqué avoir subi un harcèlement sexuel à l’école.

Les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables à la violence sexuelle et de plus en plus fréquemment infectées par le VIH/sida. Plus de la moitié des nouvelles infections par le VIH dans le monde se produisent parmi les jeunes de 15 à 24 ans, et plus de 60% des jeunes séropositifs de cette tranche d’âge sont des femmes.

La violence à l’égard des femmes en garde à vue est courante et comprend la violence sexuelle, une surveillance inappropriée, des fouilles à nu effectuées par des hommes et des demandes d’actes sexuels en échange de privilèges ou de nécessités de base.

L’infanticide féminin, la sélection prénatale en fonction du sexe et la négligence systématique des filles sont répandus en Asie du Sud et de l’Est, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Au Maroc, 74% des femmes mariées sont victimes de violences, et en Algérie, selon le ministère chargé de la Famille et de la Condition féminine, 80% de femmes mariées ont subi la violence conjugale. J’ai juste envie de m’adresser aux gouvernements de tous les pays pour leur demander : qu’attendez-vous pour agir de façon efficace et effective ? Si vous ne faites rien, vous vous rendez complices de ces actes ! Si vous ne créez pas les lois nécessaires, si vous ne les appliquez pas, vous êtes complices.

Si vous êtes complices, vous devez quitter vos fonctions. Tous ceux qui favorisent la violence, l’entretiennent ou ne la dénoncent pas sont complices. Relisez et faites respecter la Déclaration des droits de l’homme et de l’enfant. Merci. Soyez dignes d’être humains. Ne soyez pas corrompus. Apprenez aux hommes à respecter les femmes, elles ne sont pas des sous-êtres.

Donnez aux filles une éducation scolaire, ne les laissez plus être considérées comme une marchandise. Ne permettez pas que les femmes soient lapidées, violées, vendues et aucune croyance ne doit inciter à la violence, car aucune croyance ne revendique de tels actes. Peut-être faudrait-il revoir certains textes afin de les mettre au goût du jour, nous sommes en 2015 !

Ces femmes sont vos mères, vos sœurs, vos enfants, elles sont la vie et votre pays n’en sera que grandi, car elles contribuent aussi à son développement à tous les niveaux. Nous ne devrions pas avoir besoin de justifier tout cela aujourd’hui… J’espère qu’un jour nous n’aurons plus à le faire.
 
Vous êtes également peintre autodidacte et poète, parlez-nous de votre parcours artistique…


Avant d’être artiste, je suis une femme, parfois exposée à cette domination et encore plus dans un milieu artistique et littéraire encore très masculin. Les femmes ont toujours davantage à prouver pour se faire une place, même dans les pays développés, ses compétences sont toujours discutées par rapport à un homme et il n’y a qu’à constater l’écart des salaires qui oscille entre 20 et 30% pour un poste égal encore aujourd’hui en France.

La peinture et l’écriture me rendent encore plus libre et ont ce rôle de porter les regards plus loin qu’ils ne voient, d’ouvrir les esprits, d’éveiller les consciences et de permettre à chacun de se remettre en question. Je n’ai pas eu de formation particulière, ni fait de grandes études, j’ai beaucoup appris “sur le terrain” en réalisant des projets porteurs pendant mes 10 années de bénévolat dans l’art auprès des personnes rencontrées, de mes enfants chaque jour, de ceux que j’ai hébergés chez moi dans le cadre de parrainages, de mes joies et de mes souffrances. La vie vous apprend l’humilité et vous donne la force, celle d’être libre aussi. J’ai toujours donné ; déjà petite, je donnais mes jouets (sourire), mais je reçois aussi beaucoup.

C’est cela la vie, un échange sans chercher un profit. Dans tout ce que je fais j’essaie de rassembler autour de certaines valeurs tout en permettant de parler de tout librement, avec respect. La poésie sensuelle est pour moi, en dehors d’un réel plaisir, un moyen d’exprimer librement sur les relations sentimentales, le sexe, sans tabou, car j’estime qu’on doit pouvoir parler de tout. Je peins depuis 1996 et je suis publiée depuis 2011 avec 10 livres qui portent tous sur les rapports humains.

L’art ne s’enferme dans rien, faisons de même pour les êtres, donnons à tous leur liberté de penser, d’agir, de revendiquer, d’aimer, de dire non. Personne n’appartient à personne. Nous vivons dans un monde difficile, c’est une occasion pour nous rassembler encore plus que jamais autour des vraies valeurs de la vie, de donner tout son sens au mot «humain». 

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