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Le mouvement du 22 février vu d’outre-manche par Basma Kracha, présentatrice TV

Mon quotidien de journaliste algérienne à la BBC, durant le hirak

16 mai 2019 à 9 h 00 min

Depuis la naissance officielle du hirak, le 22 février, les médias internationaux sont braqués sur ce mouvement pacifique qui, au fil de ces rendez-vous de contestation, particulièrement la marche de vendredi, détricote progressivement un système de gouvernance libertaire et corrompu.

La diaspora algérienne à l’étranger a, depuis l’avènement de la Révolution, manifesté sa solidarité avec le peuple dans son combat pour la dignité et l’avènement d’une IIe République basée sur les principes de liberté et d’égalité. Paris, Londres, Montréal, Washington, et beaucoup d’autres capitales occidentales sont devenues le théâtre de manifestations hebdomadaires, menées par nos compatriotes, dont l’aspiration est de participer à la refondation d’un Etat moderne et de droit.

La perception du mouvement populaire depuis les autres continents paraît très claire pour les concitoyens et les sympathisants des causes démocratiques.

Son traitement en tant qu’information par les médias étrangers pourrait l’être un peu moins. Si pour des raisons historiques évidentes nous lorgnons en premier lieu les médias français, nous avons tourné le dos, cette fois-ci, à cette «tradition» pour nous intéresser à un média britannique des plus crédibles, la BBC, pour ne pas la nommer, via l’une de ses antennes, la BBC Arabic.

A travers le prisme de certaines émissions, dont celle animée par une consœur algérienne, il serait aisé de déceler la démarche préconisée dans le traitement de ce type d’information.

Nous nous sommes rapprochés de Besma Kracha, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, qui nous a dévoilé son modus operandi pour suivre et traiter le hirak à partir du Royaume-Uni.

Avec un œil avisé, cette journaliste, qui a fait ses armes pendant une dizaine d’années dans le quotidien arabophone El Khabar, en Algérie, suit l’actualité de la Révolution du 22 février depuis ses débuts. Elle la décortique en faisant intervenir des experts et autres ès-qualité pour mieux vulgariser ses motivations, ses moyens d’expression et ses finalités aux auditeurs.

Filtrer l’information

Installée depuis 2012 dans la capitale britannique, Londres, Besma est présentatrice et productrice d’une émission radio appelée BBC Xtra. Une émission culturelle diffusée en direct quatre fois par semaine. «Oui, je suis le mouvement depuis le début et j’ai eu à le traiter dans le cadre de ma profession à travers les quatre plateformes du service, à savoir : radio, télé, réseaux sociaux et site web».

Et de se livrer : «J’ai pris conscience que quelque chose se passe en Algérie lorsqu’un de mes amis m’a envoyé la vidéo de la protestation d’un petit groupe de supporters (El Harrach ou USMA) contre le 5e mandat au métro d’Alger. J’avais un très fort pressentiment que ça n’allait pas s’arrêter là.

Ce pressentiment était nourri par une documentation riche sur les événements qui font le buzz en Algérie et que des amis et une partie du public m’envoyaient régulièrement.» Comment peut-on procéder, étant loin physiquement du pays, pour apporter une lecture impartiale dudit mouvement ?

Cette «senior broadcast journalist», pour préciser son statut officiel, nous énumère ses sources d’information, au demeurant multiples : «En tant que journaliste à la BBC, je m’appuie en premier lieu sur nos correspondants à Alger. Ensuite sur des sites de journaux et des sites d’information. Je consulte régulièrement aussi les comptes vérifiés (authentiques) des personnalités algériennes sur les réseaux sociaux ainsi que les comptes de particuliers (journalistes et personnalités) que je connais personnellement, tels que le vôtre, entre autres».

Et c’est dans la droite ligne de conduite de la BBC «qui a des règles strictes dans la couverture de n’importe quel événement (…) et que couvrir le hirak en Algérie obéit aux mêmes règles et valeurs, à savoir : impartialité, objectivité, et la vérification de toute information auprès de deux sources différentes au moins».

Son souci est de rendre compte de ce mouvement populaire et de son évolution dans le contexte politique algérien, lequel contexte connaît depuis trois mois une succession d’événements et de rebondissements. Et d’aller plus loin encore. Les actualités sont souvent accompagnées de différentes lectures et éclairages, autant de fois qu’il est nécessaire. Et ce ne sont pas les opportunités qui font défaut quand il s’agit d’informer l’opinion publique internationale.

Humour et créativité

La journaliste de BBC Xtra, très présente sur les réseaux sociaux, amorce continuellement le débat sur cette dynamique avec une certaine pertinence. Juriste de formation, elle maîtrise certains sujets, particulièrement ceux inhérents à l’application de certains sacro-saints articles de la Constitution qui cristallisent toujours le débat entre le peuple et les détenteurs du pouvoir actuel.

A chaque événement, elle consacre du temps, interpelle des spécialistes en droit et des analystes, puisant ainsi des sources fiables de la matière pour son émission. Car, tout échange avec les internautes est à même d’agrémenter les conversations, peut aussi aboutir à une impasse.

En professionnelle avertie, elle varie les contacts et les versions afin d’éviter les pièges de la désinformation. Elle s’applique à faire le tri, car, depuis plusieurs semaines, la guerre des fake-news et de l’intox fait rage sur la Toile. «Ce sont les prémices de la contre-révolution déclenchée par les résidus du pouvoir», met en garde la presse indépendante depuis Alger.

Besma n’est pas sortie manifester à Londres en soutien à ses compatriotes, «le devoir de neutralité m’impose une certaine réserve», nous a-t-elle rappelé.

Mais sur un plan professionnel, elle est en contact quasi permanent avec la communauté nationale. «Je n’ai pas eu l’opportunité de couvrir les manifestations des Algériens à Londres, mais jusque-là toutes les personnes que j’ai invitées dans le cadre de mon émission sont d’Algérie». Quel sentiment nourrit-elle face à la situation qui y prévaut actuellement ?

«Bien sûr. En tant qu’Algérienne, tout qui ce qui se passe en Algérie me touche. Les incidents dangereux, comme ceux de l’utilisation des gaz lacrymogènes, m’inquiètent. Mais les meilleurs moments sont ceux qui illustrent la créativité et le sens de l’humour aiguisé des manifestants à travers des slogans, ce qui me fait beaucoup rire». 

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