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Masques : Une protection à double tranchant

16 juillet 2020 à 9 h 31 min

Depuis le début du déconfinement et même avant, les masques sont jetés un peu partout dans la rue, la mer ou les forêts.

Un geste irresponsable qui n’est pas sans conséquences. Sur le court terme, c’est le risque sur la santé des individus qui est à relever. En effet, selon les dernières études, des traces de SARS-CoV-2 pourraient être détectées pendant au moins sept jours sur la surface extérieure d’un masque de protection et jusqu’à quatre jours sur sa surface intérieure.

Et les premiers exposés à ce danger ne sont autres que les agents d’entretien. Ce que confirme Abdelaziz Touati, professeur spécialiste en écologie microbienne à l’université de Béjaïa qui rappelle que le virus SARS-Cov-2 survit sur les surfaces en cuivre 8 h, en carton 24 h, en acier 48 h, en plastique 72 h et est inactivé en 4 jours à 37°C. De ce fait, il met en garde : «Si les masques sont jetés tels quels sans traitement adéquat, les agents de nettoyage encourent un risque infectieux lié à la manipulation de masques souillé.»

Pour ce qui est des conséquences sur le moyen et long termes, c’est l’environnement qui est impacté. Jetés dans la nature, ces masques mettent des années à se désintégrer. On parle d’une moyenne de 450 ans, sans qu’aucune donnée exacte ne soit avancée à ce jour. Mais avant de chercher en combien d’années ils se dégradent, il faut d’abord connaître de quoi sont-ils confectionnés.

Composition

«Les masques chirurgicaux sont confectionnés à partir de plusieurs matériaux plastiques, notamment le polypropylène, une matière plastique très dense, qui met des siècles à se désagréger», assure M. Touati. Plus précisément, et d’après les informations sur les fiches techniques des produits disponibles, que ce soit pour les masques chirurgicaux ou les masques à filtre à particules, les principales parties et matières qui semblent être les suivantes : une pièce faciale en polypropylène qui est un matériau non-tissé (possède l’apparence de tissu ne provient pas d’un tissage mais d’une compression des fibres avec un liant) ; la soupape expiratoire lorsqu’elle est présente composée de polypropylène ou polyisoprène ; un joint facial : mousse PVC (polychlorure de vinyle) ; un jeu de brides : polyisoprène, coton et un pince-nez ou barrette nasale en métal (acier ou aluminium). Si ces masques sont autant polluants, c’est car leur composition contient plusieurs matériaux plastiques (polychlorure de vinyle, polypropylène ou polyisoprène) néfastes à l’environnement. Mais par quel mécanisme le deviennent-ils ? Dès qu’ils sont au sol, ils vont se dégrader en microparticules, et c’est cette lente dégradation en microparticules qui va imprégner le sol et créer une pollution à long terme, dangereuse pour les écosystèmes ainsi que pour notre santé.

Résidus toxiques

M. Touati vulgarise ce phénomène : «Une fois à la décharge, le plastique contenu dans les masques continue de polluer pendant plusieurs centaines d’années, le temps nécessaire à sa décomposition. A titre de comparaison, une serviette hygiénique met 450 ans à se décomposer. Malheureusement, des résidus toxiques de leur décomposition ne disparaissent pas complètement. Pendant ce long processus, des particules très toxiques et non-biodégradables, issues des divers additifs ajoutés lors de la production, sont rejetés et s’infiltrent dans l’eau et les sols.» Et les écosystèmes marins ne sont pas non plus épargnés. En effet, selon M. Touati, jeter un masque dans un caniveau perturbe non seulement le traitement des eaux usées, mais se retrouve inévitablement dans les oueds et rivières et à la fin dans la mer. «Ces masques contiennent des matières non biodégradables et qui vont s’accumuler au fil du temps et perturber les écosystèmes marins», prévient le spécialiste. Par ailleurs, outre l’aspect nocif de ces masques sur la santé et l’environnement, ils ont également le désavantage écologique de ne pas être recyclables.

Recyclage

«Malheureusement, tel que conçu actuellement, leur recyclage n’est pas aisé et sera coûteux, car ce sont des dispositifs médicaux et de ce fait montrent un risque infectieux», assure M. Touati. Selon lui, avant d’envisager leur recyclage, il faudrait qu’ils subissent un processus de décontamination pour éviter la contamination du personnel. De plus, les matériaux actuellement utilisés dans la fabrication des masques sont difficilement réutilisables. Pour le spécialiste, les solutions envisagées à l’avenir est l’utilisation de matériaux recyclables et facilement réutilisables. «Il est certain que le recyclage du plastique revêt une importance capitale, cependant cela reste un processus long, coûteux et énergivore», explique-t-il. C’est pour cette raison que de nombreux produits en plastiques, comme les sacs plastiques, ne sont pas recyclés : cela coûterait plus cher de les recycler que de les produire.

Mais qu’en est-il des techniques de stérilisation par oxyde d’éthylène, la décontamination au peroxyde d’hydrogène, l’irradiation par des rayons gamma ou bêta… A cet effet, M. Touati clarifie : «Il faut savoir que les masques ne sont pas stérilisés au moment de la fabrication. Les masques FFP2 ne sont pas stériles, donc la date de péremption concerne la constitution elle-même du masque, soit son efficacité, son pouvoir de filtration (notamment électrostatique) et d’étanchéité au visage (élastiques).» Selon lui, leur traitement en stérilisation impose une vérification du non détérioration de ces deux derniers paramètres.

Dans les masques déjà portés, des sécrétions provenant des utilisateurs, comme de la salive ou des sécrétions nasales, seront présentes. «Cela peut avoir un impact non seulement sur la tenue mécanique, le taux d’humidité des masques, et donc leur efficacité de filtration, mais aussi sur l’efficacité de la désinfection», assure-t-il. D’ailleurs, des procédés de recyclage des masques sont actuellement en évaluation pour étudier les conséquences des méthodes de stérilisation sur le matériau constitutif des masques et des performances après traitement et de l’efficacité de désinfection sur les bactéries et autres virus présents dans les masques. Et la question du recyclage s’est posée du fait qu’à un moment donné, il y avait une pénurie mondiale de masques qui a pris de court tout le monde et qui a imposé la question de leur réutilisation.

Retraitement

Par ailleurs, M. Touati explique qu’il n’est pas recommandé de recycler les masques pour le personnel soignant du fait d’un risque de non-acceptabilité liée à l’incertitude sur les qualités de performances d’un masque recyclé (pas d’études randomisées publiées). En outre, la stérilisation ou désinfection des masques ne peut être réalisée, selon M. Touati, que sur un dispositif préalablement nettoyé (exempt de souillures cosmétiques, de mucus, sécrétions nasopharyngés). Il n’est donc pas recommandé le recyclage des masques dans l’état actuel des connaissances et en l’absence de cycle de traitement complet (lavage-désinfection).

«La littérature actuellement disponible concerne quasi exclusivement les masques FFP et très peu les masques chirurgicaux et ces études ne rapportent jamais l’ensemble des étapes du processus de retraitement. De plus, les procédés de retraitement pourraient entraîner l’altération de l’efficacité de filtration, la déformation et donc la moins bonne adaptabilité au visage, et enfin une perte de respirabilité», ajoute-il. M. Touati assure aussi que les étapes de collecte et de transport sont également à risque d’altérer mécaniquement les masques. C’est pour toutes ces raisons que la piste qui pourrait être explorée est le recyclage des matériaux constituant les masques.

Qu’en est-il de l’impact écologique des masques en tissu réutilisables ? Ces derniers sont-ils réellement sans danger sur l’environnement ?

Pour M. Touati, il est préférable de les recycler dans les filiales dédiées (le tissu à base de matériaux naturels est entièrement recyclable) du fait qu’un masque jeté est potentiellement dangereux pour la santé car c’est un déchet infecté que l’on met dans l’espace public. Et afin d’éviter tout risque de contamination, le spécialiste recommande de placer son masque dans un sac fermé et le jeter dans un sac pour ordures ménagères. «Le mieux est de disposer de poubelles spécialement prévues à cet effet pour y déposer les masques usagés afin qu’ils soient incinérés», conclut-il.

Par Sofia Ouahib

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