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Jean-Alix Barrat. Professeur de géochimie, Université de Brest : «Les sciences de la Terre et de l’Univers sont des disciplines qui doivent être défendues et financées»

22 avril 2021 à 10 h 10 min

 

  • Vous êtes l’un des chercheurs qui ont étudié de près la météorite Erg Chech 002 (EC 002), trouvée dans le désert algérien en mars 2020, et qui ont contribué à son classement dans le livre des records. Professeur Barrat, que nous apporte comme connaissances cette météorite que l’on qualifie d’exceptionnelle ?

EC 002 est unique. Bien sûr, elle ressemble chimiquement à trois ou quatre autres météorites, mais ce ne sont que des ressemblances. EC 002 est une roche volcanique provenant d’une petite planète en formation. Cette roche nous renseigne d’abord sur les tout premiers magmas formés sur ce type d’objets, mais aussi sur les processus de formation de leurs croûtes, leurs manteaux et potentiellement leurs noyaux. Accessoirement, nous avons montré qu’EC 002 est la plus ancienne roche volcanique connue du Système solaire. Elle n’a donc pas d’autres équivalents parmi les 65 000 météorites décrites à ce jour…

  • De quelle manière sont faites les études que vous menez sur les météorites ? Dans quels buts ?

Les travaux faits sur les météorites se font en plusieurs étapes : d’abord la caractérisation et la description de la roche avec des techniques modernes (minéralogie, pétrologie, analyses chimiques…), puis si cette météorite présente un intérêt scientifique, des mesures géochimiques et isotopiques détaillées. Les météorites nous permettent d’étudier la matière du système solaire et son origine, l’histoire précoce du système solaire, mais aussi la formation des planètes.

  • Le public algérien s’interroge sur le fait que la météorite formée de 23 fragments trouvée en Algérie ait été dispatchée entre des chercheurs dans plusieurs pays. Pouvez-nous dire un mot là-dessus ? 

Les premières météorites sahariennes ont été découvertes voilà plus d’un siècle, mais ce n’est que depuis une bonne vingtaine d’années que leur recherche est faite activement, et qu’elles font l’objet d’un commerce important. Environ 15  000 météorites, provenant de l’ensemble du Sahara, sont aujourd’hui répertoriées. Il ne faut pas imaginer que toutes ont des valeurs «astronomiques». L’immense majorité est constituée par des «météorites ordinaires» bien connues des scientifiques. Elles sont souvent fortement rouillées, et n’ont ni grande valeur marchande ni valeur scientifique réelle. Les météorites d’importance scientifique majeure sont rares, au Sahara, comme ailleurs. Il s’agit alors de certains types de chondrites très rares (matière primitive du système solaire), ou des morceaux de protoplanètes (comme EC 002), de Mars ou de la Lune. Ce sont ces roches qui font rêver les collectionneurs, et ce sont ces derniers qui entretiennent le marché, pas les scientifiques qui ont des budgets limités.

EC 002 n’a pas été dispatchée entre les chercheurs mais entre les collectionneurs privés. Quelques chercheurs en ont acheté des petits fragments. Pour réaliser notre étude, nous avons utilisé seulement 4 grammes de la météorite (dont une quarantaine de kilos ont été ramassés). D’autres équipes (notamment américaines, japonaises et grecques…) se sont procurés des quantités comparables, et des travaux complémentaires sont en cours. Des chercheurs algériens auraient pu faire de même, et nous aurions volontiers travaillé avec eux s’ils nous l’avaient demandé. La vraie question n’est peut-être pas celle du commerce de météorites qui a aussi son utilité pour la science (les scientifiques étrangers ou algériens ont besoin d’échantillons), mais celle de la place de la recherche scientifique fondamentale en Algérie, comme ailleurs. Les sciences de la Terre et de l’Univers sont des disciplines essentielles qui doivent être défendues et financées, en Algérie comme ailleurs…

  • Que se passe-t-il quand une météorite est trouvée dans le désert ? Comment est-elle étudiée ?

Pour qu’une météorite saharienne soit étudiée, il faut qu’elle soit déclarée à la Meteoritical Society, une société savante internationale créée en 1933. La personne ayant trouvé la météorite, ou la possédant, confie à un laboratoire une masse de référence (au moins 20 grammes pour des échantillons de plus de 100 g), qui servira à l’étude scientifique. Les chercheurs vont confirmer qu’il s’agit bien d’une météorite, la décrire, et transmettre un résumé de leurs résultats à un comité de nomenclature, qui validera ou non leurs conclusions.

Un nom sera attribué à la météorite. Les chercheurs auront alors la possibilité s’ils le souhaitent de publier leurs travaux dans des journaux scientifiques. Ceux qui possèdent la météorite pourront alors la vendre, avec la confirmation de l’authenticité de sa nature. Les prix seront différents, du dollar par gramme à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de dollars si la météorite est ordinaire ou si elle est exceptionnelle…

Et par définition des roches exceptionnelles sont très rares. C’est ce qui est arrivé à EC 002. Les scientifiques, qui veulent l’étudier, peuvent obtenir un fragment de la masse de référence, ou l’acheter à des vendeurs. Son prix est de l’ordre de 100 $ le gramme, ce qui n’est pas astronomique compte tenu de sa valeur scientifique.


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