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Les fruits des bois et autres plantes au Djurdjura : L’enjeu de l’exploitation et la préservation

06 août 2020 à 9 h 30 min

Les fruits des bois, un bien de la nature qui demeure peu exploité en Algérie en dépit de ses vertus. Ces produits bio au Djurdjura ne profitent pas aux populations locales.

Hormis leur consommation à de petites quantités (soit récoltés directement de la périphérie du Parc du Djurdjura, sinon achetés au marché local aussi à de petites quantités), l’exploitation de ces produits demeure méconnue par les citoyens de cette zone montagneuses où l’opportunité du travail est presque absente.

Faut-il rappeler que les fruits des bois peuvent servir de matière première pour la fabrication des huiles essentielles qui à leur tour serviront de matière première pour les extraits du parfum, du savon ou autres produits cosmétiques. Et ce n’est qu’un créneau de nombreux domaines d’activité de l’industrie des huiles essentielles, l’un des marchés mondiaux des plus lucratifs.

Ces fruits bios peuvent servir d’extraits aromatiques naturels pour les arômes alimentaires. La liste à laquelle servent ces huiles essentielles est longue. Néanmoins, l’industrie des cosmétiques, savonneries et parfums représente la plus grosse demande des huiles essentielles.

Cette industrie, à elle seule, représente environ 60% de la demande en substances naturelles à l’échelle mondiale, d’après les données de National Research Development Corporation (NRDC). A ce titre, une question s’impose : peut-on voir, à l’avenir, les populations de ces zones rurales devenir fournisseurs de ces produits bio et acteurs principaux dans le développement durable, d’autant plus que la présence des plantes endémiques peut faire de cette zone l’un des marchés les plus avantageux ? Ainsi «au Djurdjura, plusieurs stations sont renommées pour ces fruits de bois.

A Tala Guilef, au lieu dit Djemaa Adharchi, près d’une source, des touffes arbustives épineuses sont dispatchées par-ci par-là. Du côté de Tikjda, sur le site de Tighzert, on trouve également cette ronce des bois qui fait le bonheur des enfants, voire même des adultes», témoigne Ahmed Alileche, conservateur principal des forêts au Parc national du Djurdjura (PND). En revanche «la demande industrielle de ces composés (les huiles essentielles ndlr) à forte valeur ajoutée est bien réelle, et ce, grâce à la multiplicité de leurs usages dans de nombreux secteurs industriels et l’engouement des consommateurs pour ces produits de qualité», estiment R. Bessah et El Hadi Benyoussef dans un article sur la filière des huiles essentielles et leurs impacts socioéconomiques paru dans Revue des Energies Renouvelables Vol. 18 n°3 (2015)

Faut-il rappeler que ces produits sont utilisés également dans l’industrie alimentaire. Elles servent à rehausser le goût des aliments. Ces produits sont utilisés également comme conservateurs en raison de leurs effets antimicrobiens.

Ces agents naturels peuvent même, comme l’indiquent les spécialistes, remplacer les agents de conservation chimique dans la mesure où ces derniers ne sont pas sans conséquences sur la santé des consommateurs. Les huiles essentielles sont également utilisées dans le domaine de la thérapie. Ainsi, ces produits interviennent soit comme agents thérapeutique, comme ils servent de matière première pour la synthèse de certains principes actifs. «L’exploitation industrielle durable de cette ressource renouvelable, en utilisant des technologies appropriées, ne peut que contribuer grandement à la croissance socioéconomique du pays, plus particulièrement des régions rurales.

La cueillette des plantes aromatiques et médicinales pour en extraire, après distillation, des huiles essentielles se fait par les populations rurales. Ce sont des bergers, des villageois, des retraités et, souvent, des femmes et des enfants qui trouvent là, dans la plupart des cas, un revenu supplémentaire», lit-on dans l’article élaboré par R. Bessah (Centre de développement des énergies renouvelables) et El Hadi Benyoussef (Ecole nationale polytechnique) portant sur la filière des huiles essentielles état de l’art, impacts et enjeux socioéconomiques. «Une industrie plus durable pourrait permettre de réduire l’impact sur l’environnement tout en produisant des biens et services générateurs d’emplois susceptibles de réduire la pauvreté et d’améliorer la qualité de vie d’une population en pleine expansion», selon cet article précité.

Mais ce duel (exploitation des richesses naturelles et préservation de l’environnement) est-il toujours réalisable. Au Djurdjura «ces fruits sont, à vrai dire, l’alimentation de la faune sauvage qui n’a pas d’autres sources de nourrissage. C’est pourquoi, dans la réglementation, qui peut être jugée sévère par le citoyen, l’arrachage ou le ramassage des fruits dans un parc national est prohibé», met en garde M. Alileche.

Néanmoins, il met en exergue la flexibilité en matière d’application de la réglementation par les agents du PND, et ce, pour ne pas trop serrer l’étau sur les visiteurs. M. Alileche souligne également que la réglementation interdit l’exploitation de ces fruits de bois à des fins commerciales. Néanmoins, «l’extraction par les populations locales ou par les visiteurs doit se faire de manière modérée», demeure un geste toléré dit-il. Raison ? «La forêt montagneuse du Djurdjura est une forêt de protection, et donc, la gestion des richesses qu’elle recèle doit se faire conformément à ce que stipule la législation régissant les parcs nationaux», explique-t-il.

ZOOM sur les fruits de bois du Parc national du Djurdjura :

Champignons : 52 espèces recensées

Environ 52 espèces de champignons, dont une bonne partie sont comestibles ont été recensées au Parc national du Djurdjura (PND). D’ailleurs, «nous avons réalisé un poster qui a été corrigé l’an dernier par un enseignant spécialité en phytopathologie, à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou», souligne Ahmed Alileche, conservateur principal de la forêt au PND. C’est le cas de l’Agaric champêtre et de bien d’autres espèces. Toutefois, notre interlocuteur conseille la population locale et les visiteurs du Parc afin de ne pas s’aventurer dans la consommation des champignons notamment quand on ne possède pas de connaissances avérées sur la comestibilité et le caractère vénéneux (faux-frères toxiques) de ces produits forestiers, que l’on récolte dès le mois d’octobre-novembre, juste après les pluies automnales.

Lichens : «la comestibilité des lichens reste méconnue dans la région»

Un lichen est une association entre une algue et un champignon que l’on récolte souvent sur les troncs d’arbres ou les parois de rochers. Au Djurdjura, quelque 92 espèces de lichen ont été dénombrées. Cependant, il faut avouer que la comestibilité des lichens reste méconnue dans la région du Djurdjura. Pourtant, des pâtissiers sont souvent à la recherche de ce bien forestier qu’ils utilisent pour agrémenter leurs gâteaux. D’ailleurs, il y a une dizaine d’années, «un pâtissier venant de la région de Blida a été verbalisé pour extraction illicite de lichens dans la région de Tala Guilef», indique ce conservateur des forêts.

«Les données sont fragmentaires et le travail sur la lichenologie demande à être boosté pour orienter les chercheurs à se pencher sur ce volet très important en écologie forestière», lance ce responsable au sein du PND. Faut-il indiquer que le lichen se déguste toujours cuit, non seulement pour le débarrasser d’éventuelles impuretés, mais aussi pour que sa saveur délicate et puissante imprègne les aliments avec lesquels il mijote.

Les fruits de bois : des biens naturels les plus prisés

Ce sont des produits bio les plus prisés par les visiteurs du PND ou près de ses alentours, et ce, pour leurs goût et saveur. On peut trouver essentiellement les fruits de l’arbousier (Arbutus unedo) connu sous l’appellation assesnou chez les habitants de la région. Toutefois, l’arbousier n’est pas très répandu au PND.

Les mûres de la ronce (Rubus ulmifolius) ou inijel, dont le fruit est appelé communément selon les localités thoujal ou thizoual. Ce fruit demeure le plus prisé par les enfants de la région dont certains s’adonnent même à sa vente en petites quantités sur le marché local ou sur les bords de routes. Il est connu aussi au niveau de cette zone montagneuse une autre espèce : le prunellier sauvage (Prunus vulgaris) ou alverkouk Attaghat, tel qu’il est connu chez les montagnards.

Autres fruits de bois le miccocoullier (Celtis australis) ou Iikes,  Le myrte (Myrtus communis) ou arihene – chelmoune, le châtaignier (Castanea sativa) ou aveloudh ouroumi, planté dans la station biologique de Tala Rana sur le versant sud du Djurdjura. Et enfin, l’Orme champêtre (Ulmus campestris) ou oulmou dont le fruit est dit chelmoum. Ce sont les quelques variétés de fruits de bois les plus connues dans la zones montagneuses du Djurdjura. Des variétés qui nécessitent d’être valorisées par leur culture et leurs transformations en produits bio.

Le chêne : matière première pour l’aliment du bétail

Le chêne vert (Quercus ilex ou rotundifolia) ou aveloudh, selon l’appellation locale. «Signalons que, dans quelques localités du Djurdjura, comme c’est le cas au village Ath Erguène, la population utilise le fruit du chêne vert (aveloudh azegzaw), après broyage, pour la fabrication de la semoule», fait remarquer Ahmed Alileche responsable du département animation et vulgarisation au Parc national du Djurdjura. A cette variété s’ajoute le chêne liège (Quercus suber) ou aveloudh Guilef, dont le fruit est pris comme fourrage pour le bétail. Le chêne zéen (Quercus mirbekii) ou akerouch, dont le fruit sert à l’alimentation du bétail est également recensé dans cette zone.

L’aubépine : un fruit très prisé par les autochtones

L’aubépine (Crateagus monogyna) ou Idhmim qui donne de petites baies rouges très prisées par les autochtones ou les visiteurs. De même, l’Azerolier, une autre espèce d’aubépine qui produit des baies jaunes, fait l’objet de convoitise par les jeunes qui récoltent les fruits en forme de petites baies pour les vendre au marché. A la périphérie ouest du Djurdjura (Tizi Halouane), quelques sujets d’azerolier sont pris d’assaut par les jeunes du village et le fruit est vendu à l’entrée du marché couvert de Bouira.

Djedjiga Rahmani

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