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Pr Brahim Mouhouche. Consultant en Irrigation, aménagement et mise en valeur des terres

Les contaminations par les métaux lourds sont plus dangereuses que les contaminations biologiques

24 septembre 2020 à 11 h 24 min

-Le taux de la réutilisation des eaux usées épurées en agriculture (REUE) est de 31% du volume épuré en 2019, selon l’Office national de l’assainissement (ONA).Comment interprétez-vous ce taux ?

Ce taux, relativement bas, s’explique par deux raisons : le taux d’utilisation des STEP est très bas, c’est-à-dire qu’elles ne tournent pas en plein régime (elles ne tournent pas à 7% de leur potentiel), en d’autres termes, elles sont sou-utilisées. Dans certains cas, le volume des eaux épurées est important, elles ne sont pas utilisées à la sortie de la STEP pour beaucoup de raisons : techniques, juridiques et même d’ordre de croyances. En, Algérie, c’est le cas que l’on rencontre le plus. (voir article).

-La récupération des eaux usées est-elle suffisante à elle seule pour faire face à la demande en eau, notamment en agriculture ?

Non pas du tout, car même si on réutilisait les 800 millions de mètres cubes de rejets annuels, ils ne couvriront qu’environ 10% d’irrigation des besoins du 1, 4 million de mètres cubes/an. L’Algérie dispose du 1,4 millions d’hectares par an à irriguer.

-Quels sont les autres procédés permettant de gérer efficacement cette ressource qui se raréfie ?

Il y a plusieurs procédés qui permettent de gérer efficacement cette ressource, malheureusement, je ne peux pas vous expliquer toutes les méthodes de gestion de l’eau (il y a d’ailleurs une formation de base qui permet de comprendre plus rapidement et plus efficacement ces notions). Néanmoins, au sens large du terme, on dit qu’il faut adopter une gestion rationnelle, économique et durable de la ressource en eau. En d’autres termes, «il faut produire plus avec moins d’eau». L’irrigation des cultures à l’aide de l’eau polluée a été dénoncée à maintes reprises par des spécialistes notamment ceux de la santé. C’est vrai que l’irrigation avec des eaux polluées est une source de contamination hydrique à plus d’un titre, mais ! Il faut savoir qu’il n’y a que la partie extérieure des fruits qui peut être contaminée, mais jamais la partie intérieure des fruits. En d’autres termes, un produit agricole (fruit, légume, bulbe, etc.) qui est bien nettoyé avant d’être consommé ne peut en aucun cas être une source de contamination.

-Certains même attribuent l’origine du choléra (cas de Blida en 2018) à la consommation des fruits et légumes irrigués par ces eaux polluées. Qu’en est-il réellement ?

Oui, si l’eau d’irrigation est polluée, elle peut être une source de contamination, mais comme c’est bien expliqué ci-dessus, c’est le produit consommé qui a été mal nettoyé.

-Les maladies apparues sont-elles uniquement le résultat de l’irrigation à l’aide des eaux usées ?

Non pas de tout, car les eaux des égouts peuvent ne pas être contaminées, dans ce cas, il n’y a aucun risque de contamination avec cette eau. Néanmoins, ce que je viens de dire peut être mal interprété, car même si l’eau d’égout n’est pas contaminée, il est strictement interdit de l’utiliser pour l’irrigation. Donc, il faut savoir qu’il y a beaucoup de facteurs de contamination autre que l’eau d’irrigation.

-Quels sont les paramètres microbiologiques et physico-chimiques permettant la réutilisation de ces eaux en agriculture ? Autrement dit, comment se fait le contrôle de ces eaux épurées avant leur réutilisation ?

Si une eau d’égout ne passe pas par une STEP prévue à cet effet, même si elle n’est pas polluée, elle ne peut pas être utilisée pour l’irrigation. Il y a une série d’analyses et de contrôle permanent et périodiques qui se font à l’entrée et surtout à la sortie de la STEP après épuration.

-Quelles sont les cultures qu’on peut irriguer par de l’eau recyclée et celles exclues de cette forme d’irrigation ?

On ne peut irriguer que les cultures qui sont listées dans l’arrêté de juillet 2012 fixant les spécifications des eaux usées épurées utilisées à des fins d’irrigation et sous réserve de respecter le décret exécutif n° 07-149 du 20 août 2007, particulièrement les articles 16 à 31. Parce qu’on ne peut irriguer que les cultures qui ne présentent pas de danger de contamination lorsqu’elles sont irriguées avec les épurées.

-Parmi les différentes catégories des eaux usées (les eaux domestiques, les eaux industrielles, les eaux pluviales), quelle est celle qui vous semble facile à recycler ? Quelles sont les spécificités de chacune d’elles ?

Il est très clair que l’eau de pluie est la plus facile à épurer. Elle est même parfois utilisée sans épuration lorsqu’elle tombe dans des régions où le risque de pollution est inexistant ou trop faible. Par ailleurs, il faut savoir que les risques de contamination biologiques sont beaucoup moins dangereux que les contaminations par les métaux lourds et les radiations, car en plus du fait qu’elles sont dangereuses (les contaminations), leur plus grande dangerosité vient du fait qu’elles ne sont perceptibles qu’au bout de quelques années, lorsque leur concentration est trop élevée, au point d’atteindre un point de non-retour.

Entretien réalisé par  Djedjiga Rahmani

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