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Le logement dans le sud : Les spécificités climatiques non prises en compte

30 décembre 2021 à 10 h 05 min

Distribution à Ouargla du plus gros quota de logements socio-locatifs de l’histoire de la wilaya, dont les souscripteurs au programme étatique AADL.

Respect des délais, de l’esthétique et aussi le confort de l’habitation saharienne. Par contre, le dernier soucis : le confort thermique.

 

Le pôle urbain étalé sur plusieurs hectares propose aux bénéficiaires des habitations de plain-pied et non pas des immeubles de logements collectifs du type barre et plot de hauteur R+2 à R+4 comme le stipule le cahier des charges du logement social locatif étatique.

Il s’agit d’une réponse concrète aux doléances des populations du Sud qui réclament une typologie de logement répondant à la fois aux impératifs climatiques et à l’urgence de se loger. Cette formule dite verticale dans le jargon du secteur, offre de coquettes habitations sahariennes.

Par contre, le confort thermique est un souci qui se posera dès le mois de juin prochain dans une wilaya où la construction de logements sous forme de bâtiments à étages illustre pour de nombreux citoyens une injustice environnementale et une négligence de la réalité climatique et culturelle de la part des pouvoirs publics.

Une situation qui n’a fait que s’aggraver pendant la pandémie de Covid-19 où l’obligation de se cloîtrer en famille dans une exiguïté insupportable des lieux est encore plus ressentie dans le sud du pays ou les températures estivales oscillent entre 40 et 55°C.

Pourtant, les performances énergétiques et influence architecturale dans l’habitat sont le terrain de recherche et expérimentations depuis plusieurs années. Seddik Choufaoui et Dia Elhak Habita, deux étudiants en énergétique à l’université de Ouargla s’y sont intéressés de près lors d’une recherche en Master académique en 2019. Leur modélisation de l’évolution de consommation énergétique du chauffage pour un bâtiment de trois niveaux montre une augmentation entre 25 et 31 %, selon la forme du bâtiment, tandis que la consommation en climatisation se situe entre 6.66 et 13.80 % .

Ils préconisent donc de tenir compte du climat, de la forme et du nombre d’étages, de l’orientation du bâtiment ainsi que du confort thermique dans la consommation de l’énergie en introduisant le solaire, faisant écho au constat actuel est que le logement étatique proposé aux citoyens du sud, bien que répondant au critère du prix puisqu’il est soutenu par le trésor public, n’offre pas le confort thermique souhaité partant du principe que les anciens sahariens d’Algérie ont cumulé un savoir et un savoir-faire architectural qui permettait de construire des habitations bioclimatiques répondant au souci de la vie quotidienne sous un climat hostile et à la durabilité des ressources et de l’habitat lui-même puisque des ksour millénaire continuent à être habités un peu partout à travers le Sahara algérien, y compris à Ouargla, ou quelque 14 000 habitants occupent encore la vieille Médina.

Des chercheurs de Ouargla et d’ailleurs essaient d’y répondre. Ainsi, étant donné que la consommation d’énergie pour le secteur du logement est estimée à 41 % de la consommation totale d’énergie en Algérie, « l’application des normes d’efficacité énergétique est d’une grande importance et peut réduire d’environ 10% la demande d’énergie » estime le Dr Djamel Benmenine, doyen de la faculté des énergies renouvelables de l’université Kasdi Merbah de Ouargla et ce, dans le cadre du programme d’efficacité énergétique qui vise à réduire la demande d’énergie et qui atteindra 73 millions de TEP d’ici 2030 au lieu de 80 millions de TEP.

Equilibre

Ce chercheur et expert auprès du ministère de l’Environnement a participé à l’enrichissement de l’avant-projet portant refonte du cadre juridique relatif à l’urbanisme et la politique de la ville valorise le principe d’équilibre entre l’aménagement et la protection selon les instruments d’urbanisme qui doivent rechercher et respecter un équilibre entre la volonté d’aménager et de développer des activités économiques et urbanistiques et celle de préserver les espaces naturels et agricoles, les sites, les paysages et assurer l’équilibre écologique. Selon lui, ce principe d’équilibre doit être sévèrement contrôlé : il faut intégrer une loi dans le but de sauvegarder ce patrimoine (palmeraie et les terres agricoles) tel qu’annoncé à la loi n° 90-25 du 18-11-1990.

Dans son mémoire du diplôme de spécialisation et d’approfondissement – Architecture de Terre DSA-Terre 2004-2006, Saliha Benmessaoud préconise l’usage de matériaux spécifiques à la région de Tamanrasset, à l’extrême-sud du pays. Il s’agit pour elle d’encourager les particuliers à utiliser des matériaux locaux pour le confort économique et thermique ainsi que les producteurs des matériaux de construction à intégrer la pierre dans un premier temps dans leurs productions, et obtenir des agréments pour l’extraction. Partant du constat que les politiques de construction accordent peu d’intérêt au développement de constructions spécifiques et caractéristiques des différentes localités du pays, toutes les opérations lancées jusqu’à présent se sont apparentées aux produits de la modernité et l’usage de matériaux importés et donc coûteux, affirme Benmessaoud.

Ceci a fait apparaître des ensembles d’habitations incohérents, hétérogènes aux tissus développés auparavant par la population, inadéquats au mode de vie et imposé une architecture étrangère.

Cette architecte recommande de stopper les projets de logements destructeurs du patrimoine, d’étudier d’autres alternatives pour répondre à la forte demande en logements et de répondre aux besoins de la population en termes d’espaces et aux nouvelles exigences de confort.

Dans ce sens, sans proposer de solutions bioclimatiques, le projet de logements AADL-2 de Ouargla a essayé de répondre à la dernière exigence, ouvrant ainsi la porte à d’autres solutions, à l’instar de celle de Chahbi Amina, architecte diplômée de l’EPAU d’Alger qui vient de lancer une start up avec d’autres jeunes de Ouargla pour le prototypage d’un matériau de construction, qui est le résultat du recyclage des matériaux de construction locaux répondant aux exigences et normes modernes et actuelles de construction, et qui apporte une solution aux problématiques récurrentes dans les régions sahariennes où les conditions climatiques extrêmes exigent de repenser l’architecture, en tenant compte des contraintes et en offrant le possibilité d’un mieux-être aux habitants.

Par Houria Alioua

 


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