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COVID-19

Le confinement profite-t-il à la faune ?

16 avril 2020 à 7 h 03 min

Covid-19 oblige, l’homme est confiné et la nature respire. Dans le monde et en Algérie, il existe de plus en plus de «d’intrusions» d’animaux dans les espaces urbains. Mais aussi la faune sauvage reprend ses espaces. Profite-elle du confinement pour reprendre le contrôle des espaces publics ? Analyse des spécialistes.

 

Le confinement, un avantage  pour les animaux ?

Pour les animaux sauvages, le confinement humain ne peut pas jouer, selon M. Chakali Gahdab, un quelconque rôle dans le rétablissement d’une quiétude animale.

Le spécialiste estime qu’en si peu de temps, personne ne peut avancer une confirmation concernant l’amélioration des biotopes et donc le rétablissement d’un équilibre faunistique perceptible. «Le problème chez nous, c’est la dégradation du cadre globale de la vie animale, en l’occurrence les écosystèmes trop anthropisés», estime-t-il.

De son côté, M. Ahmim, explique que l’homme a colonisé pratiquement tous les écosystèmes où la faune sauvage existe. «Mais nous avons eu tout de même des échos que beaucoup d’espèces animales se rapprochent des villes et villages et bien sûr elles ne sont pas inquiétées.

En forêt, vu qu’il n y a plus une grande activité, les animaux ont une meilleure liberté de mouvement car il n y a plus d’activités ni de chasse», se réjouit-il. Toutefois, M. Mourad Ahmim prévient qu’il faut considérer cela comme une arme à double tranchant, car le confinement n’est pas durable et l’homme va tôt ou tard reprendre ses activités, ces animaux peuvent donc courir le risque d’être persécutés, voire abattus pour leur témérité, si on ose dire.

Un avis partagé par M. Chakali Gahdab qui assure que quel que soit l’impact positif du confinement sur la vie sauvage, surtout en cette période printanière de reproduction, un déconfinement replongerait de sitôt cette faune aux menaces antérieures comme le braconnage et la destruction des habitats.

Confinement et désavantages

A en croire de récentes études, l’absence temporaire de l’homme, confiné à cause du coronavirus, dans les milieux naturels ne sera pas particulièrement bénéfique à la faune, étant donné que les animaux vont baisser leur niveau de vigilance. Un exemple qui illustre bien la situation reste les singes de Yakourene.

En effet, selon M. Ahmim, ces jours-ci, avec la baisse de la circulation automobile et l’absence du tourisme, des singes sont signalés en nombre sur le bord des routes en train d’attendre l’homme providentiel qui les nourrissait à coup de gaufrettes, gâteaux et autres friandises, mais ce dernier est absent désormais. «C’est ce que décriaient les écologistes, les amis de la faune et les forestiers, qui demandaient aux humains de ne pas nourrir les singes car ils vont devenir fainéants et nous sommes maintenant devant le fait accompli», se désole-t-il.

Pour ce qui est de la baisse du niveau de vigilance, le spécialiste explique qu’elle ne joue certes pas en faveur de la faune sauvage, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas en 3 ou 6 mois que le comportement d’un animal va changer donc il se pourrait que les animaux gardent toujours leur niveau de vigilance.

De son côté, M. Chakali Gahdab va plus loin encore et se penche sur un autre volet : le danger encouru à cause du non débroussaillement. Le spécialiste explique qu’afin de mieux gérer l’épisode estival et lutter efficacement contre les incendies, il est fortement recommandé de procéder au débroussaillement, chose qui se fait en avril et mai afin de limiter la propagation des feux de forêts. «Si le confinement empêche le déroulement de ces opérations de prévention à nos forêts qui sont l’habitat de prédilection de la faune, elles seront donc très exposées aux incendies, surtout dans le contexte actuel du climat où l’on assiste cette année à une sécheresse prononcée», conclut-il.

L’homme mis en cause

Nombreux sont les spécialistes qui assurent que ce n’est pas vraiment la présence de l’homme qui gêne les animaux mais plutôt son comportement. Ce que confirme M. Mourad Ahmim qui explique que malgré l’existence depuis toujours de la cohabitation homme/faune sauvage, le comportement de l’homme a fortement changé avec le temps. «A titre d’exemple, et pas plus loin que le XIXe siècle, la hyène rayée, la panthère et le lion de l’Atlas étaient domestiqués par l’homme.

Et durant la guerre, il y a eu des espèces qui ont été carrément exterminées comme la panthère et le lion sous prétexte qu’elles peuvent s’attaquer au bétail qui devenait de plus en plus nombreux», assure-t-il. Malheureusement, M. Mourad Ahmim se désole du fait que la hyène subit, encore aujourd’hui, une campagne d’abattage à vue car elle est considérée comme une menace pour les enfants et le bétail alors que c’est faux.

Selon lui, si la hyène se rapproche de nos villes et villages, c’est la faute de l’homme qui lui a créé des dépotoirs, où on y retrouve des carcasses et restes d’animaux domestiques, un peu partout. «Selon mes statistiques, quelque 200 hyènes ont été tuées depuis 2000 à 2018, ce qui pourrait accélérer le processus d’extinction de cette espèce si les comportements ne changent pas et que des dispositions légales de protection ne sont pas prises», prévient-il.

Par ailleurs, M. Chakali Gahdab estime que l’action anthropique, particulièrement les constructions, dégradent les biotopes environnementaux. Pour lui, les constructions conduites au Parc National de Chréa sont des exemples et ont un impact direct sur les habitats de toute la diversité biologique. «L’action anthropique a provoqué une fragilité à la biodiversité dans son milieu évolutif.

Si le maillon de ses chaînes est brisé, c’est l’environnement entier qui est bouleversé», confie-il. Finalement, l’expert explique que l’homme est une partie intégrante de ce système. Il agit sur les écosystèmes et les espèces qu’il rencontre mais peut aussi en subir les conséquences. «Par ses nombreuses actions en milieux naturels, l’homme détruit et fragilise la diversité biologique dans son ensemble», conclut-il.

Les grands singes menacés par le coronavirus ?

Connus pour être sensibles aux virus humains, les spécialistes de la conservation et de la santé des grands singes s’inquiètent des conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur les grands singes. La raison : «Les bonobos, les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans forment avec l’Homme une superfamille phylogénétique de primates, celle des homnidés et partageraient près de 95 % de leur ADN avec l’homme», explique le Dr Mourad Ahmim, enseignant chercheur, Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie, université de Béjaïa.

De son côté, Chakali Gahdab, professeur en zoologie à l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie, explique que l’homme peut transmettre diverses maladies virales aux grands singes. «Des transmissions dans les deux sens, de l’animal à l’homme ou de l’homme à l’animal peuvent avoir lieu et les mécanismes restent à élucider davantage», assure-t-il.

D’ailleurs, Mourad Ahmim se rappelle de la première transmission d’une virose de l’homme aux singes qui a été confirmée scientifiquement en 2008 où des chimpanzés sont décédés d’une maladie respiratoire dans une réserve de Côte d’Ivoire. «L’autopsie  a révélé la présence de deux souches de paramyxovirus, proches de celles circulant entre les humains», poursuit-il.

Et plus récemment, entre décembre 2016 et janvier 2017, «des chimpanzés ont été infectés par un coronavirus humain, appelé le OC43. Le virus n’avait provoqué que des symptômes mineurs chez les singes, comme des éternuements et de la toux», expliquent les deux spécialistes.

Toutefois, et selon Chakali Gahdab, il s’avère que l’action de transmission de l’animal à l’homme peut être virulente dans certains cas. «L’introduction d’agents pathogènes humains au sein de la population de grands singes pourrait entraîner des pertes», prévient-il. Ce dernier explique que le corona se transmet aux singes naturellement, car mammifère comme l’homme, mais tout dépendra de la séquence génétique du virus et la possibilité d’affecter les autres espèces de mammifères. Le souci, selon lui, c’est qu’aucun généticien n’a osé parler de cette séquence génétique du virus.

«Pour le moment il n’y a que des informations sur la description du virus mais pas sa génétique. Certain disent qu’il est issu de combinaison entre séquence génétique de l’homme, du porc et de la chauve-souris!! L’opacité de révéler cette séquence restent incompréhensible par les divers spécialistes», conclut-il. Concernant le Covid-19 plus précisément, étant donné qu’il s’agit d’une maladie nouvelle, M. Ahmim précise qu’aucun cas n’a été signalé par les scientifiques, occupés plus à endiguer cette pandémie qui fait des ravages chez la race humaine, précisant que l’Algérie ne compte qu’une seule espèce de singe qui est le macaque de Berberie ou singe magot, Macaca sylvanus de son nom scientifique.

Quels sont les enseignements à tirer ?

Pour ce qui est du volet environnement, M. Mourad Ahmim pense que le Covid-19 devrait être le déclic qui nous permettra de revoir notre comportement vis-à-vis de la biodiversité et de l’environnement. «N’y avait-il pas, par hasard, une espèce animale ou végétale que nous avons fait disparaître de par notre comportement invasif et qui aurait pu nous aider rapidement à combattre ce virus ?», s’interroge-t-il. Selon lui, on aurait sûrement des réponses à nos questions si on changeait nos habitudes envers l’environnement et que les scientifiques donnaient un peu plus d’importance à l’écologie et à la mésologie.

De manière plus générale, M. Chakali Gahdab assure que la gouvernance mondiale a révélé ses limites. «Il y aura un avant et un après coronavirus, aussi bien dans le monde que chez nous», estime-t-il. Pour lui, les sociétés doivent revenir aux fondamentaux, en l’occurrence la sécurité alimentaire et l’indépendance économique des systèmes de production quelle que soit leur nature. «Notre pays, vivant principalement d’hydrocarbures, doit tirer des enseignements sur sa gouvernance et ses visions», explique-t-il.

Selon M. Chakali Gahdab, il est temps, plus que jamais, de sentir la souffrance de la population, quel que soit son spectre, et mettre en place les mécanismes fiscaux envers tous les marchés informels. «Le gouvernement en place pourrait retourner cette épidémie en sa faveur par la
mise en place de nouvelles règles d’économie, de fiscalité, d’éducation, de stratégies mondiales dans ses choix de partenaires économiques», propose-t-il.

 

Sofia Ouahib
[email protected]



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