L’askarel, ce cancer de Laghouat | El Watan
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«Si quelqu’un a un cancer à Laghouat, c’est comme s’il avait une grippe. Les gens ici sont habitués à ce genre d’annonce dramatique. Ça n’a rien de surprenant dans notre région. Chaque jour, je dis bien chaque jour, on enterre quelqu’un qui a contracté le cancer. C’est la région qui enregistre le plus grand taux élevé en Algérie», affirme Alla, désespéré. Pour ce trentenaire, «drame humanitaire ou catastrophe sanitaire, aucune définition n’est adéquate pour décrire ce qui se passe à Laghouat. Il faut trouver les solutions en urgence. Il faut mettre fin à la nuisance de l’askarel». De son côté, la direction de la santé de Laghouat minimise. Elle avance «1650 cas de cancer dans la wilaya».
«En 2013, nous avons totalisé 910 consultations», indique-t-elle dans une déclaration à El Watan.
 

L’askarel, ce cancer de Laghouat

29 janvier 2015 à 10 h 00 min

Qui connaît les huiles d’askarel, à base de polychlorobiphénile (PCB)  ? C’est une substance utilisée pour le refroidissement et l’isolation des transformateurs électriques, dits à huile minérale. Depuis août 1987, la législation algérienne interdit, dans le cadre du décret n° 87-182, «l’importation, la fabrication, l’installation, l’achat, la vente, la cession à titre gratuit ou onéreux des huiles la base de PCB, des équipements électriques qui en contiennent et des matériaux contaminés par ce produit».

L’interdiction a été confirmée dans le décret exécutif n° 2006-430 du 26 novembre 2006. A la fin des années 1980, un entrepôt a vu le jour à Oued Nili, à 40 km au sud de Laghouat, jouxtant la RN1. Initialement, ces produits cancérigènes étaient déposés au niveau du centre des PTT de Bouchakeur, à la sortie de la ville. Cependant, depuis cette date, le dépôt d’askarel a engendré des séquelles.

D’après différentes sources locales, qui ont préféré garder l’anonymat par peur de représailles, «lorsque des tonnes d’huile d’askarel devaient être entreposées, chaque wilaya du Nord refusait, à savoir Alger, Blida, Médéa et plus tard Djelfa. Ceci s’explique par le fort poids politique qu’avaient les walis respectifs à l’époque», explique A. S., un professeur d’université de Laghouat. Et de poursuivre : «En 1986, il y avait un directeur des PTT (M. B.) qui, par inconscience ou ignorance, avait accepté.

Le wali de l’époque n’était pas au courant de la dangerosité des substances. C’est à Oued Nili que le site a été choisi. Au fur à mesure, des quantités immenses d’huile d’askarel étaient acheminées vers ce site. Mais comme un malheur ne vient jamais seul, le budget alloué, pour la conception d’une fosse ou d’un bac, a été détourné. On évoque la bagatelle, pour l’époque déjà, d’une somme de 16 milliards de centimes. L’infrastructure devait servir à éviter tout contact de ces huiles avec le sol. Ce qui se passe à Laghouat est jugé tabou, mais des gens sont en train de mourir à cause de ce silence».

Résidus chimiques

En 2004, le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement avait désigné l’entreprise française Cofal pour nettoyer Oued Nili. Mais sur place, le gardien des lieux, un nomade sédentarisé, la cinquantaine, nous donne une autre version : «Une grande quantité a été déplacée dans le Grand Sud, mais il reste encore de l’huile». Pour Dr Amine Soukhal, militant associatif et défenseur des droits humains, auteur de publications sur le sujet, «si les huiles ont été déplacées, qu’en est-il de la nappe phréatique qui a été contaminée  ?»

Un cadre travaillant dans la wilaya de Laghouat ira plus loin : «Le site de Oued Nili contient toujours de l’huile d’askarel. Depuis 10 ans, ce ne sont que des mensonges qui sont véhiculés dans les médias». Il faut dire qu’évoquer les méfaits de l’huile d’askarel à Laghouat relève du tabou. C’est même une ligne rouge pour beaucoup. «Ecoutez, j’occupe un poste politique. Je suis universitaire gradé. Si on l’apprend que je suis votre source, je risque ma place.

Le sujet sur les huiles d’askarel est ultra compliqué, même si la population locale l’aborde quotidiennement. Ce qu’ils ne veulent pas, c’est qu’il soit abordé dans la presse. En tout cas, selon nos estimations, le périmètre de contamination comprend un rayon de 27 km à partir de l’épicentre, c’est-à-dire Oued Nili, ce qui explique que les gens qui habitent dans ce diamètre ont été terrassés par le cancer et risquent un danger imminent».

Un autre facteur est à l’origine de la prolifération du cancer, selon un hydraulicien travaillant dans la direction de l’hydraulique de Laghouat : «Non seulement, la nappe phréatique est contaminée par les huiles d’askarel, mais il faut ajouter que les grains de sable transportés par les vents, qu’on appelle ici el gharbi, sont également un vecteur. Je vous explique, prenez le cas du village de Ksar El Hirane, à 20 km de Oued Nili. La moitié du village a le cancer, sans parler des cas qui ne sont pas officiels. Des enfants naissent avec des malformations. Vous voyez la catastrophe. Et avec cela, des parasites cherchent à nous intimider. C’est l’omerta. C’est un drame humanitaire qui ne dit pas son nom».

La nappe phréatique contaminée par les huiles d’askarel

La société civile de Laghouat a étudié le cas de la prolifération du cancer. Dr Amine Soukhal souligne qu’«il y a tant de paramètres qui démontrent le lien direct entre les huiles d’askarel et les malades du cancer. L’équation est simple. L’askarel n’est pas biodégradable. C’est une matière qui cherche constamment de l’humidité. L’entrepôt de Oued Nili se trouve dans une région considérée comme le berceau de la nappe phréatique laghaoutie.

En pénétrant les sols, les huiles ont atteint la nappe phréatique. Les habitants consomment cette eau contaminée. Des années plus tard, ils sont victimes du cancer». «La gestion des déchets constitue sans doute le problème environnemental n°1 en Algérie, mais le volet invisible du problème, est celui des déchets dits spéciaux. L’Algérie a ratifié les conventions de Bâle et de Stockholm sur l’environnement et sur la gestion des déchets de PCB/PCT», rappelle-t-il.

Ramener l’eau d’ailleurs

Le professeur Kamel Bouzid, chef de service d’oncologie médicale au Centre Pierre et Marie Curie de l’hôpital Mustapha d’Alger, confirme qu’effectivement les huiles d’askarel sont cancérigènes. Toutefois, précise-t-il, «en ce qui concerne la pollution de la nappe phréatique de Laghouat et qui aurait causé des cancers, il faut vérifier scientifiquement et ne pas prendre le risque de faire paniquer la population».
La direction générale de l’Autorité nationale des ressources hydrauliques (ANRH) nous indique pour sa part qu’«elle n’a reçu aucun rapport relatif à une contamination des nappes phréatiques de la région de Laghouat».

«Si tel est le cas, la direction régionale des Hautes plaines steppiques aurait été informée», souligne-t-on. La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) s’est penchée sur le sujet. Le président du bureau local, Yacine Zaïd, déclare pour sa part : «Le collège universitaire que j’ai interrogé établit le lien entre la pollution de la nappe phréatique par les huiles d’askarel et l’augmentation des cas de cancer ces dernières années à Laghouat».

Un journaliste de la radio locale, aujourd’hui à la retraite, indique sur le même point que «la nappe phréatique est totalement polluée par les huiles d’askarel». «Par le passé, j’ai organisé des émissions avec des universitaires qui le confirment. Mais aucune suite n’a été donnée à cette situation. Les solutions d’urgence sont évidentes et connues. Il suffit de volonté politique et la mobilisation de la société civile pour arrêter ce drame. Premièrement, il faut dire la vérité au peuple.

Il faut dire à la population de Laghouat de ne plus consommer l’eau des robinets. Il faut savoir que ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre d’acheter des bouteilles d’eau. Cela passe par une campagne d’information intensive. En second lieu, il faut penser à transférer l’eau d’une nappe saine vers Laghouat, comme ce qui a été réalisé entre In Salah et Tamanrasset. Enfin, il est impératif de prendre en charge les malades atteints du cancer. Ce sont là les solutions premières qui s’imposent. Sinon, la mort par la cancer continuera de sévir», regrette-t-il.

Des gardes communaux brisent le silence

Dernièrement, d’anciens agents, qui s’occupaient de la surveillance du site de stockage de Bordj Neili, ont décidé des indemnisations. Ils ont chargé un avocat, Me Nordine Ahmine, de porter leur affaire. Contacté, Me Ahmine explique : «Dans le cadre du décret exécutif n° 93-218, portant statut du corps de la police communale, un bon nombre du personnel de la police communale a été recruté pour exercer au niveau des communes de Hassi Delaa, Ben Nasser, Ben Chohra, Bellil et Hassi R’mel. Leur mission est définie par l’article 25 de ce décret, mais qui renvoie à l’article 3 du décret exécutif n° 93-207.

Le recrutement de ce personnel a commencé en 1995 et depuis, une bonne partie a été orientée vers le site du stockage des huiles askarel, connues sous le nom d’huiles à base de polychlorobiphényle (PCB), situé à 55 km du chef-lieu de la wilaya de Laghouat, à Bordj Neïli, dans la commune de Hassi R’mel. La surveillance du site a été imposée pour des raisons sécuritaires surtout, pour empêcher toute utilisation malveillante, en raison de sa haute dangerosité (toxicité).

Une surveillance dépourvue du moindre dispositif de sécurité pour ceux qui avaient la charge de cette mission et un manque total d’informations sur le danger que représente le produit. Ces derniers mois, des nouvelles ont commencé à circuler sur un certain nombre de maladies (notamment le cancer) qui sévissent parmi les anciens gardes communaux qui avaient la charge de la surveillance du site. Le lien est rapidement établi entre ce phénomène et la nature du produit objet de la surveillance.

Donc, une alerte a été déclenchée et à la suite de cela, je suis chargé d’engager les procédures qui s’imposent». Me Ahmine souligne qu’«une centaine d’agents sont concernés. Le nombre qui est concerné actuellement dépasse facilement la centaine. 30 à 40 personnes souffrent de différentes pathologies, notamment des maux de tête. 10 cas de cancer, et il a été enregistré précédemment six décès».

Et de conclure : «J’attends pour le moment la réaction des autorités publiques pour rétablir les concernés dans leurs droits, tout en réservant le droit de recourir à la justice». Dans un passé récent, évoquer les méfaits des huiles d’askarel à Laghouat relevait presque de l’impossible. C’était même une ligne rouge pour beaucoup. 

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