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«La vulnérabilité naturelle et climatique de l’Algérie s’accentue»

17 juin 2021 à 10 h 10 min

L’orage de grêle qui s’est abattu sur certaines localités de la capitale depuis environ deux semaines a suscité encore une fois le débat sur le dérèglement climatique. Cependant, relier chaque phénomène météorologique aux changements climatiques est-il toujours justifié ? Explications d’un expert.

L’appréciation donnée par certains citoyens est juste concernant le résultat du changement climatique», affirme Rachid Bessaoud, climatologue. Ce spécialiste fait remarquer qu’effectivement, «on observe une augmentation de la fréquence des évènements extrêmes, comme cet orage de grêle sur Alger, il y a deux semaines, et sur d’autres villes ces dernières années». «On assiste à une accentuation des formations orageuses qui peuvent provoquer des inondations subites ou de la grêle», ajoute-t-il. S’appuyant sur les statistiques, M. Bessaoud fait état d’une augmentation des inondations dues, entre autres, à une forte intensité des précipitations en un laps de temps très court sur une terre sèche. Cependant, ce climatologue attire l’attention que ce facteur n’est pas le seul responsable.

Les règles d’urbanisme non respectées et entretien des avaloirs ont également contribué aux inondations. «Ce constat a d’ailleurs été fait en octobre 2018 lors de la tenue de la conférence nationale sur les risques majeurs», souligne M. Bessaoud. «Les précipitations de grêle se sont produites relativement aux mêmes dates qu’en Europe où la grêle est venue parachever les dégâts subis au printemps par une forte occurrence de gel qui a endommagé principalement les vignobles et les arbres fruitiers», rappelle notre interlocuteur.

Et d’ajouter : «Ainsi, la planète devient de plus en plus fiévreuse et subit des périodes entremêlées de chaleur et de froid.» Citant les projections climatiques pour 2050 et 2100, basées sur des scénarios dits optimiste et pessimiste du GIEC (Groupe intergouvernemental d’étude sur l’évolution du climat), M. Bessaoud confirme cette tendance observée pour la région méditerranéenne, en général, et notre pays, en particulier.

De moins au moins de précipitations

Ainsi, ces projections confirment la tendance de réduction des précipitations annuelles, plus grande pour les régions Nord de l’Algérie, notamment dans le cas du second scénario. Ce dernier se caractérise par une plus grande instabilité de la répartition des précipitations au cours de l’année. Un scénario qui se voit concrétisé dans le cas où les émissions des gaz à effet de serre ne diminuent pas.

«Pour les régions désertiques, les prévisions sur les précipitations semblent plus incertaines. La tendance à la hausse des températures est, cependant, confirmée», révèle ce spécialiste. A l’ère des changements climatiques, M. Bessaoud n’écarte pas la reproduction des événements comme celui auquel les habitants de la capitale ont assisté il y a deux semaines. «De tels événements sont des indicateurs de ce dérèglement du climat, y compris au cours de périodes où on s’y attend le moins», explique-t-il.

Les indices des changements climatiques sont donc les orages, les inondations mais pas seulement ! «A titre indicatif, si dans le passé, les vagues de chaleur se concentraient en général au cours du mois de juillet et de la 1re quinzaine du mois d’août et étaient connues sous l’appellation de vagues de sirocco, aujourd’hui ces vagues de chaleur peuvent se produire à n’importe quelle période de l’année», estime le climatologue. Sur un autre volet, le stress hydrique ne cesse de se manifester de plus en plus en Algérie sous diverses formes. Questionné à ce sujet, M. Bessaoud a indiqué que le Plan national climat adopté en 2019 a identifié plusieurs types d’impacts potentiels du changement climatique en Algérie.

Il s’agit principalement de l’Agriculture, des Ressources en eau, de la Santé, de l’environnement et de la Biodiversité. «En réalité, la vulnérabilité naturelle et climatique de l’Algérie s’accentue et touche plusieurs secteurs : en plus de ceux cités plus haut, nous pouvons mentionner aussi les secteurs de l’Energie, de l’Habitat et des Forêts», avertit ce climatologue. «Le stress hydrique touche depuis longtemps l’Algérie, auquel s’ajoute de plus en plus une dégradation des sols et une augmentation de l´érosion, notamment sur le littoral, ce qui entraine une baisse de la productivité agricole qui menace fortement la sécurité alimentaire», mentionne-t-il.

Au vu des différents indices des changements climatiques, les caractéristiques du climat en Algérie sont-elles toujours les mêmes ? «Le climat de notre pays, avec ses différents étages bioclimatiques est effectivement de type méditerranéen et cela reste valable jusqu’à aujourd’hui», assure M. Bessaoud ajoutant que le changement climatique global affecte de façon plus forte les pays du pourtour méditerranéen. En Algérie, les secteurs d’activités clés, sur lesquels reposent les objectifs de développement, apparaissent ainsi comme étant fortement vulnérables au changement climatique, met en garde le spécialiste.


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