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Abdelkader Aissat. Professeur spécialiste de Production de plants de semences à l’université de Blida : La technique de bouturage traditionnel utilisée chez nous comporte des risques

25 juin 2020 à 9 h 40 min

-Quels sont les risques d’un bouturage traditionnel ?

L’Algérie est en retard d’un siècle car les pépiniéristes sont encore au bouturage traditionnel. Ce dernier comporte effectivement des risques, notamment le risque sanitaire qui est très présent dans ce type de production. La raison : On coupe une plante qui peut être malade et on la régénère. La maladie peut être ainsi transmise aux plants régénérés. Si les maladies dues aux champignons sont traitables, celles à virus sont intraitables, et c’est là où se situe le réel danger. La conséquence directe est la perte de temps, de plantes et d’argent. A titre d’exemple, lorsqu’on a une production de 100 000 plantes dont 15% sont malades, cela cause une perte de 15 000 plantes. Il est donc nécessaire de réduire ce problème.

-Comment résoudre ce problème ?

Dans les pays développés, ce problème est résolu par la pratique de la culture in vitro qui se pratique en laboratoire. On appelle cela la micro-propagation in vitro. Le procédé est simple : On prend une microbouture (cela peut être un bourgeon), on la met dans un tube à essai placé dans un milieu artificiel de laboratoire. Comme ces milieux sont étudiés et comprennent des éléments nutritifs tels que des hormones, des sucres…etc., cela va générer une petite plantule.

Lorsqu’elle croit, on peut alors la diviser en 6 ou 7 parties (nœuds), qu’on remet dans des tubes à essais une nouvelle fois. Lorsqu’on coupe de cette manière, chaque nœud va développer une tige. On appelle cela une multiplication exponentielle. Etant donné que cette progression se fait à partir d’un bourgeon, on peut alors avoir des milliers de tubes à essai. Et comme le procédé se fait en laboratoire, le contrôle sanitaire est assuré. Une fois tous ces tubes à essais rassemblés, on passe à la seconde étape intitulée l’acclimatation.

Il s’agit d’une période qui a pour but de ne pas stresser les individus à leur sortie de leur tube à essai. Cela se fait dans de petites serres avec des conditions très contrôlées (température, humidité, lumière…etc.). Par la suite, on extrait ces petites plantes des tubes à essais et on les place dans de petits pots avec un substrat. L’étape suivante consiste à les arroser régulièrement afin qu’elles poussent le plus normalement du monde. Ces étapes sont bien évidemment suivies dans une unité de recherche.

Lorsqu’on passe au plan industriel, ces petites serres d’acclimatation sont remplacées par de grandes chapelles de plusieurs centaines de mètres carrés. Grâce à un tel procédé, les coûts sont mieux maîtrisés. Même si l’investissement au départ est important, il est rapidement amorti car on supprime tous les aléas du bouturage en champs, notamment la main-d’œuvre et les pertes. Si les pépiniéristes chez nous vendent à des prix élevés c’est parce que le coût de revient est cher étant donné que nous sommes encore à la méthode traditionnelle.

-Comment s’assurer d’une production totalement saine ?

Si on prend le méristème comme base de départ, on est sûr d’avoir une multiplication saine, indemne de virus. On appelle un méristème la fine extrémité d’un bourgeon. Lorsque celui-ci, qui est presque invisible à l’œil nu, est utilisé dans une culture, on est sûr d’avoir des plants sains à 100%. La raison est que le méristème est connu pour être indemne de virus. Même si le reste du bourgeon contient des virus, le méristème est toujours indemne. Il faut savoir que dans le méristème, il y a une division cellulaire extrêmement rapide. Celle-ci déroute le virus qui ne peut pas atteindre ces cellules.

-Cette technologie est-elle maîtrisée en Algérie ?

Cette question comporte deux volets principaux. Le 1er concerne les universités et instituts de recherche. Dans ces milieux, la réponse est oui. Cette technologie est maîtrisée à 100%, notamment à l’université de Bab Ezouar, Blida, Constantine ou encore Oran. Cependant, c’est au 2e volet, soit au niveau de production, que cela coince. Il faut savoir que dans les pays industrialisés, les universités possèdent des unités de production qui leur sont affiliées. Elles font donc des productions à schéma réduit et peuvent vendre leur production sous forme de prestation. Cela leur permet d’avoir des rentrées d’argent pour faire de la recherche.

Par ailleurs, lorsqu’on passe au niveau de la production industrielle, c’est le privé qui s’implique. Ce sont des contrats entre ces privés, les universités et les laboratoires. C’est tout un système qui fait que ces privés disposent d’unités de plants, de semences, etc. Malheureusement chez nous, nous sommes encore loin de ce schéma. En fait, l’Etat ne peut pas tout faire et les gens qui ont de l’argent préfèrent investir ailleurs. Et à cause de l’absence de ces deux paramètres, on reste bloqué sur le côté traditionnel de la pratique car on maîtrise parfaitement le côté biotechnologique mais on bloque sur les étapes suivantes, soit dans la production par manque de financements.

-Quel rôle doit jouer l’Etat ?

L’Etat peut intervenir de différentes manières via un dispositif de soutien aux privés, notamment avec un soutien financier à l’investissement. Le but est d’encourager le privé à investir dans ce domaine. De manière globale, il faut arriver à installer un climat de confiance pour pousser l’investisseur à investir dans ce secteur. Et afin que ce secteur décolle, il est primordial que la production, l’investisseur privé et les laboratoires de recherche arrivent a coopérer et que chacun trouve son compte. Je pense aussi que c’est au secteur de s’organiser car il s’agit majoritairement de privés. Mais malheureusement, ils n’y arrivent pas car c’est la règle du chacun pour soi qui prime. A mon avis, s’il s’organise, l’Etat serait obligé d’intervenir pour les aider.

-Qu’avons-nous à gagner à valoriser l’activité des pépinières ?

La valorisation de l’activité des pépinières comporte beaucoup d’avantages. En plus de fait que cette activité soit créatrice d’emplois, elle sert à produire des plantations qui seront utilisées dans l’environnement urbain. Car le verdissement des surfaces reste très important d’un point de vue santé, esthétique ou encore environnemental. En plus de la vente aux particuliers.

-De nombreux pépiniéristes dénoncent la hausse constante de la location des terres et demandent à l’Etat d’intervenir. Est-ce possible ?

Il faut savoir que ces terres ont été récupérées des colons et données dans le cadre des révolutions agraires. Ensuite, elles ont été divisées entre plusieurs bénéficiaires. Ces derniers se sont retrouvés en procession de quelques hectares de terre. En d’autres termes, ils ont bénéficié du démembrement des terres de l’Etat.

Ces derniers les ont ensuite louées aux intéressés. Mais à côté de cela, il y a de réels propriétaires de terre qui les louent aussi. Mais cette question reste très compliquée et l’Etat ne peut intervenir à moins de faire une révision des statuts des terres au niveau national. D’ailleurs, la location de ces terres fait partie des paramètres qui jouent dans la hausse des prix car cela rentre dans l’investissement.

Par  Sofia Ouahib

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