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La salinité impacte aussi les oiseaux d’eau

17 juin 2021 à 10 h 02 min

Une récente étude a montré l’impact de la salinité sur la diversité des oiseaux d’eau hivernants des zones humides sahariennes en Algérie. Détails et Explications.

Entre 2017 et 2019, 42 espèces d’oiseaux d’eau hivernants ont été enregistrés dans le complexe des zones humides de la vallée de l’Oued Righ, dans le Sahara algérien», affirme une récente étude sur l’impact de la salinité sur la diversité et structure des oiseaux d’eau hivernants des zones humides sahariennes en Algérie, menée par le professeur Riadh Moulaï, directeur du laboratoire de zoologie appliquée et d’écophysiologie animale à la faculté des sciences de la nature et de la vie de l’université de Béjaïa et la doctorante Fatima Khirani-Betrouche.

En effet, l’étude a montré l’existence de 60 espèces d’oiseaux d’eau, dont 42 espèces hivernantes, ce qui représente 60% des espèces d’oiseaux d’eau enregistré jusqu’à présent en Algérie. Le nombre des oiseaux nicheurs s’élève, quant à lui, à 14, ce qui représente près de 34% des oiseaux d’eau nicheurs en Algérie. Pour ce qui est des autres espèces recensées, ce sont des oiseaux de passage qui séjournent plus au moins longtemps dans ces sites humides.

Des données «appréciables» aux yeux des chercheurs compte tenu le type de milieu aride et hyper aride. A cet effet, M. Moulai explique que le recul ou encore l’augmentation du nombre d’oiseaux hivernants dans une zone humide dépend de plusieurs facteurs, le principal reste le climat à travers les précipitations qui varient d’année en année.

L’équation est assez simple : les années où il pleut beaucoup, notamment entre novembre et janvier, la superficie des zones humides sahariennes peut être augmentée de façon considérable et accueillir ainsi plus d’oiseaux migrateurs, ce qui n’est pas le cas des années de sécheresse.

Par ailleurs, l’étude indique que les concentrations de salinité intersites expliquent les variations dans la richesse des espèces et de la distribution des oiseaux d’eau dans les différentes zones humides étudiées.

Impact de la salinité

Pour M. Moulai, la surface du plan d’eau, la végétation la salinité et la profondeur sont des paramètres structurants dans la biologie des organismes aquatiques. Selon le chercheur, diverses communautés d’oiseaux d’eau ont d’ailleurs été observées le long du gradient de salinité (faible salinité à hyper-salin) en particulier dans des conditions arides, influençant ainsi le choix des sites d’alimentation, de repos et de reproduction de nombreuses espèces d’oiseaux aquatiques. A noter que la grande majorité des zones humides en région aride et hyper-arides en Algérie sont plus au moins salées.

Ces sites humides sont situés essentiellement sur les Hauts-Plateaux et dans le Sahara et prennent le nom de Chotts ou de Sebkhas. «L’étude de Mme Khirani Betrouche a montré que les milieux oligo-salins et meso-salins à faible ou moyenne salinité, à l’exemple du lac Ayata, du lac Sidi Khelil et d’Oued Kherouf paraissent plus favorables aux oiseaux aquatiques où on retrouve la majorité des canards hivernants de cette dépression, à l’exemple du canard souchet, sarcelle d’hiver, canard colvert , fuligule nyroca, fuligule morillon», précise M. Moulai. Cela peut s’expliquer, selon le chercheur, par une plus grande diversité de la couverture végétale par rapport aux milieux à forte ou à très forte salinité.

Il faut savoir que les milieux à faible salinité présentent une productivité et une diversité végétales plus importantes que les milieux de plus grande salinité, ce qui les rendrait aussi plus intéressants d’un point de vue alimentation pour les oiseaux aquatiques. De plus, leur couverture végétale joue un rôle dans la protection des oiseaux et offre des sites de nidification.

«A contrario, dans les milieux à forte ou à très forte salinité, la disparition des macrophytes submergés (végétation aquatique) peut entraîner un déclin important de la biomasse d’invertébrés et pourrait limiter considérablement la disponibilité des ressources alimentaires des oiseaux aquatiques», assure M. Moulai, précisant que la présence du flamant rose au niveau de Chott Merouane, dont certaines stations accumulent des taux de salinité supérieurs à 60%, s’explique par le fait que son aliment de base, à savoir le crustacé Artemia salina y trouve son biotope idéal pour son développement.

Cette espèce est d’ailleurs devenue emblématique des Chott sahariens du fait qu’elle soit observée tout au long de l’année et qu’elle y niche régulièrement. Et cette espèce n’est pas la seule. Il existe aussi au niveau de ces sites sahariens, selon M. Moulai, au moins quatre espèces d’oiseaux nicheurs qualifiés comme espèces à haute valeur patrimoniale, à savoir la sarcelle marbrée, le fuligule nyroca, le flamant rose et le goéland railleur.

Pression anthropique

En raison de leurs contextes hydrogéologiques et climatiques, les zones humides sahariennes sont, selon M. Moulai, encore plus sensibles vis-à-vis des changements globaux, notamment aux variations des régimes de pluies et aux activités humaines. Mais par quel mécanisme l’augmentation de la pression anthropique sur ces zones entraîne des modifications sur la qualité des habitats et le régime hydrique de ces écosystèmes ?

A cet effet, M. Moulai explique : «Les zones humides sahariennes de la vallée de Oued Righ subissent divers menaces, dont la plus grande qui est les changements hydrologiques induits par les activités humaines, les travaux d’aménagement hydrauliques et la coïncidence des stades de nidification des oiseaux d’eau avec les périodes de grandes chaleurs induisant une régression des plans d’eau, voire des assèchements à l‘exemple de Chott Sidi Slimane, pourtant classé site Ramsar», se désole le chercheur.

Protection

En dépit de leur importance, les zones humides sahariennes de la vallée de Oued Righ subissent, selon M. Moulai, divers menaces, notamment d’origine anthropique. Le chercheur énumère quelques-unes : «Les travaux d’aménagement hydrauliques au niveau du lac Ayata ; morcèlement et fragmentation de Chott Merouane suite à des aménagements routiers ; pompage de l’eau à des fins domestiques et agricoles au niveau du lac Merdjadja ; rejets d’effluant du système de traitement des eaux usées et rejets chimiques dans le Chott Sidi Slimane ou encore le braconnage au niveau de la majorité des sites».

Ces zones humides méritent, selon lui, plus d’attention et de protection, en particulier dans les sites classés Ramsar, à l’exemple de Chott Merouane et de Oued Khrouf où des plans de gestion et de conservations devront être établis. «Il est urgent, au moins pour les autorités locales, d’élaborer un programme de conservation surtout au niveau des sites ou se reproduisent les espèces à hautes valeurs patrimoniales, à l’exemple du flamant rose, de la sarcelle marbrée et du fuligule nyroca», conclut-il.

La vallée de l’oued Righ : pourquoi ce site ?

L’éco-complexe des zones humides de la vallée de l’oued Righ dans le Sahara algérien constitue l’un des plus importants complexes humides de l’Algérie. Cette dépression saharienne constitue, selon Riadh Moulai, un quartier d’hivernage propice pour l’avifaune aquatique de l’ouest paléarctique et une halte migratoire durant la grande traversée du Sahara pour rejoindre les zones humides sub-sahéliennes.

«C’est aussi un site de reproduction non négligeable pour certaines espèces, comme la tadorne de belon, la tadorne casarca, le goéland railleur ou encore le flamant rose», assure M. Moulai. Précisant que la vallée de l’Oued Righ comprend plusieurs zones humides, dont certaines sont classées comme sites, à savoir Ramsar ; Chott Merouane, Oued Kherouf et Chott Sidi Slimane.

D’ailleurs, cette vallée du sud-est de l’Algérie occupe une superficie de 11 738 km2Elle fait partie de l’ensemble du bassin du bas Sahara, qui est une vaste dépression allongée, caractérisé par un climat continental aride. «Les précipitations annuelles moyennes dans la région sont faibles et irrégulières, de l’ordre de 74 mm, et ne jouent aucun rôle dans la recharge directe des nappes et des zones humides. Les eaux proviennent du ruissellement et des excédents hydriques d’irrigation du drainage des palmeraies mais aussi des nappes souterraines», affirme-t-il. S. O. 


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