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samedi, 17 avril, 2021
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Protection du Parc national du Djurdjura : La force publique sollicitée

01 avril 2021 à 10 h 10 min

Les efforts des écologistes, personnels des parcs nationaux, les gardes forestiers… visant la protection des espaces n’ont pas réussi à contenir ce flux de visiteurs. Dans certains cas, l’acte de verbaliser se tourne en rixes, vu le comportement agressif de certains visiteurs. Ce qui représente un risque sur l’intégrité physique de ces écologistes.

L’intrusion au cœur de la réserve de biosphère du Djurdjura demeure un nouveau phénomène qui pèse lourd sur la biodiversité. Il consiste en invasion des visiteurs pour l’aire centrale dite zone cœur de la réserve de biosphère du Djurdjura. Ce crime écologique à l’encontre de la nature constitue une infraction de 3e degré.

La situation est des plus inquiétantes qu’il faut agir si vite pour stopper ces atteintes à la nature. «Si l’on reste les bras croisés face à cette profanation de la biosphère du Djurdjura, il est fort à parier que pour l’été, on assistera à une amplification de cette atteinte et les dommages seront incommensurables», met en garde Ahmed Alileche, chargé du département Animation et sensibilisation au Parc national du Djurdjura(PND).

Ce conservateur principal des forêts au PND préconise de faire en urgence une vague verte collective
(Collective Green wave). Et ce «pour arrêter dans l’immédiat ce vandalisme perpétré en pleine forêt», suggère-t-il. Sur le terrain, «en dépit de tous les efforts déployés en matière de sensibilisation, ce néo-phénomène, qui est né suite aux pressions du milieu urbain et le besoin de s’oxygéner, mais surtout au mimétisme culturel exhibé par ces gens dénués de tout sens d’éco-responsabilité, se propage comme un feu de paille», déplore Ahmed Alilèche, conservateur principal des forêts au Parc national du Djurdjura.

Les endroits les plus touchés sont essentiellement les stations touristiques de Tikdjda et de Tala Guilef. «Nous avons constaté que, c’est dans les stations touristiques de Tikjda, Tala Guilef et à un degré moindre à Ouabane et à Tala Rana, que ce phénomène se généralise et étend ses tentacules», fait remarquer ce conservateur du PND. Ce phénomène s’est intensifié durant la crise sanitaire. «En automne, en hiver, au printemps et en été, ces campeurs sans scrupules hantent sans répit la forêt, ce qui compromet la capacité de résilience de celle-ci». Ces agissements reflètent, selon M. Alilèche, «l’incivisme et l’absence de toute éco-conscience de ces gens».

Cette atteinte à la nature se propage et prend des proportions alarmantes à l’ère de la promotion d’un tourisme écologique, solidaire et respectueux de l’environnement. Ainsi «on se retrouve face à un tourisme destructeur qui se propage en toute impunité, en créant une contagion négative et en répandant une rébellion contagieuse», se désole M. Alilèche.

ACTES BARBARES !

«En binôme ou en groupes de cinq à plus d’individus, ils pénètrent dans la cédraie et s’installent en faisant fi de toutes les perturbations engendrées de manière quasi irrémédiable à la nature», constate Ahmed Alileche lors de ses sorties sur le terrain.

«C’est une transgression délibérée de l’environnement montagnard, déjà fragile par son contexte géographique», conclut-il.

Ce conservateur principal au PND alerte du fait que ces campings non réglementaires engendrent des répercussions lamentables sur la nature. Parmi les conséquences les plus désastreuses, cet écologiste constate le piétinement des plantes herbacées et des plantules issues de la germination des graines du cèdre, le tassement du sol et l’accroissement de sa vulnérabilité à l’érosion hydrique ou éolienne. Il cite, entre autres, la nuisance sonore pour la faune et l’apprivoisement du singe magot.

A cela s’ajoutent d’autres phénomènes relevant directement de l’incivisme de certains de ces visiteurs, à savoir la pollution paysagère en raison des cendres et des amas de pierres jonchés ça et là, l’éparpillement des déchets dans la forêt et, bien évidemment, la mutilation et l’atteinte portées aux arbres centenaires du cèdre dont les troncs sont brûlés par les flammes des feux de camps.

Pis encore ! M. Alileche dénonce énergiquement le comportement irresponsable de certains visiteurs de ce milieu naturel. «Les arbres sont écimés et ébranchés pour en faire du feu», regrette-t-il.

LE DJURDJURA S’ANÉANTIT À PETIT FEU

«Il y a un risque d’anéantir le peu de forêts qui restent au Djurdjura et, du coup, annihiler toute possibilité de recherche et de développement scientifique», alerte M. Alileche qualifiant ceux qui sont à l’origine de la destruction de ces milieux naturels de hors-la loi pour lesquels cette causalité n’est pas tellement visible.

Ces derniers «adoptent un profil bas devant les services de gendarmerie quand ces derniers accompagnent les éléments du PND, mais n’hésitent pas à adopter un comportement de gangster en répondant avec de l’hubris ; ce qui dénote l’orgueil démesuré de ces gens», dénonce notre interlocuteur relatant un incident qui s’est produit le 17 mars, lors d’une sortie pédagogiques. «Ils nous ont tenu tête lorsque nous avons accompagné des étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou et de Bouira en sortie pédagogique.

La communication non violente (CNV) n’a pas servi à quelque chose face à l’obstination dans l’attitude et le comportement relevée dans leur façon de nous déconsidérer», témoigne M. Alileche. Et de poursuivre : «Nous avons beau essayer de les orienter vers les endroits non boisés, hélas, aucune issue de compromis.»

Quelle est l’altitude à adopter face à de telles attitudes ? «Connaissant l’effectif réduit de nos éléments, le désarmement du corps forestier et l’état d’enivrement de la plupart des gens appréhendés par nos éléments, ce jour-là, il est hasardeux d’espérer chasser ces gens de la forêt», affirme ce conservateur principal des forêts.

Ce dernier appelle au durcissement de la loi face à la transgression des milieux naturels. Il lance un SOS aux autorités compétences afin d’intervenir en urgence pour protéger ces écosystèmes fragiles.

«D’autant plus que la réglementation est très claire en la matière», réitère-t-il. Comme mesure d’urgence, M. Alileche appelle à interdire l’accès à toute personne dans la zone centrale, exception faite aux chercheurs dans le domaine. «Au risque de me répéter, la zone centrale doit être soustraite à toute razzia humaine, hormis à des fins de recherche scientifique», préconise-t-il en urgence. Cependant, qui va stopper ces agissements de ceux qui transgressent la loi dans bien des cas volontairement ?

«Eu égard au comportement arrogant et belliqueux des délinquants rencontrés sur le terrain, nous sommes persuadés que seule la Gendarmerie nationale est à même d’y faire face, en créant, au sein de ce corps, un service spécialisé dans la lutte contre les atteintes à l’environnement», se persuade ce responsable chargé du département animation et sensibilisation au PND.

«Pour mener cette tâche, il est temps de former une police de l’environnement. En outre, les agents du PND doivent être formés comme police forestière (officiers de police judiciaire) et assermentés pour asseoir l’autorité de l’administration du parc», répond M. Alileche. Comment cela va-t-il se traduire sur le terrain ? «Ils dresseront des procès-verbaux à l’encontre des délinquants et l’autorité judiciaire, via le procureur de la République et engageront des poursuites pénales requises en fonction des griefs retenus», estime ce conservateur du PND. En effet, selon M. Alileche «la solution à ce problème réside dans la conjugaison des efforts déployés par le PND et les forces de la Gendarmerie nationale dotée d’autorité leur permettant d’évacuer ces transgresseurs de la nature», suggère-t-il.

D.R

Forte hausse de la destruction de la forêt vierge tropicale en 2020

La surface de la forêt vierge tropicale détruite en 2020 est équivalente à la taille des Pays-Bas : des arbres envolés en fumée ou abattus par les hommes à un rythme toujours plus élevé, malgré la crise économique liée à la Covid-19. 

Le rapport annuel du Global Forest Watch, basé sur des données satellite, a ainsi enregistré la destruction en 2020 de 4,2 millions d’hectares de forêts primaires tropicales, cruciales pour la biodiversité de la planète et le stockage du carbone, soit 12% de plus que l’année précédente. Le pays le plus touché est le Brésil, avec une surface disparue trois fois supérieure à celle de la République démocratique du Congo, deuxième du classement. 

Au total, les tropiques ont perdu 12,2 millions d’hectares de couverture forestière (qui inclut tous types de forêts et plantations) en 2020. Sans surprise, le moteur principal de cette destruction est toujours l’agriculture. Mais les chercheurs pointent aussi du doigt cette année les vagues de chaleur et la sécheresse qui ont alimenté des incendies   dévastateurs en Australie, en Sibérie et jusqu’aux confins de l’Amazonie.

Ces pertes sont «une urgence climatique, une crise de la biodiversité, une catastrophe humanitaire et des opportunités économiques perdues», a commenté Frances Seymour, du World Resources Institute qui pilote ce rapport. Selon les chercheurs, la pandémie a pu avoir quelques impacts négatifs avec des arbres abattus illégalement dans des forêts laissées sans protection par exemple ou l’arrivée massive de gens dans des zones rurales.

Mais ils soulignent surtout que cette crise n’a pas permis de changer la trajectoire de destruction forestière et ils mettent en garde contre une aggravation de la situation en cas d’allégement des règles pour faciliter la relance économique.  

APS


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