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Karim Tedjani. Militant écologiste : La Convention de Ramsar entretient un mythe écologique

04 février 2021 à 10 h 16 min

– Karim Tedjani, dans vos pérégrinations à travers le pays, en long, en large et en travers, vous avez pu voir de très nombreuses zones humides. Beaucoup sont montrées comme des cartes postales mais qu’en est-il réellement ?

Les zones humides en Algérie souffrent cruellement de leur voisinage avec la société algérienne. Je dis bien «société» et non pas «population». Leur état est un indicateur flagrant des lacunes systémiques d’un modèle socio-économique lui-même en grande souffrance.

Les agressions sont multiples, multidimensionnelles. Il s’agit essentiellement d’effets, souvent combinés, d’une urbanisation et d’une agriculture anarchiques. Déversement des eaux usées, pompages illicites, braconnage, décharges sauvages et pillage de sable sont principalement responsables du déclin de nos zones humides.

Cela affaiblit leur résilience aux changements climatiques, facteur naturel de leur étiolement. Notre pays est pourtant un des plus concernés par ce phénomène planétaire. Or,pour en atténuer les effets ou bien même pour s’y adapter, le rôle de ces sites naturels n’est pas anodin.

L’ampleur des dégâts n’est malheureusement pas toujours évidente à saisir du premier coup d’œil. Nombre de ces zones humides affichent en surface encore de beaux restes. On pourrait comparer cette illusion d’optique l’état du Jardin d’Essai d’Alger. Car, sans un regard suffisamment averti, élise difficile de remarquer, derrière toute cette nature apparemment florissante, les indices de son déclin écologique.

Nous devrions revoir à la baisse tous les classements par la Convention de Ramsar par une remise à jour drastique. Jusqu’à présent, ils n’ont été que trop rarement utiles pour protéger nos zones humides. Pire, ils servent aujourd’hui le plus souvent à entretenir un mythe écologique qui s’avère contre-productif pour leur véritable préservation.

– Selon vous pourquoi les citoyens sensibilisés, les associations, ce qu’on nomme «la société civile» et même les écologistes n’arrivent pas à endiguer la perte des zones humides ?

Mon engagement de militant écologiste prend sa source dans la protection de la région de Guerbès Sanhadja (à l’est de la wilaya de Skikda) qui abrite un complexe de zones humides de renommée internationale.

J’ai été témoin de toutes les agressions dont ce joyau de la nature a été victime et continue de subir. A mes débuts, j’ai mené plusieurs actions dans cette région. Combats que je n’ai pu remporter que partiellement et seulement sur le court terme, tant les forces en action pour en exploiter leurs richesses naturelles disposent d’un ancrage très résilient.

L’impunité, le laisser, voire même l’appui tacite dont profitent ses nombreux agresseurs, rendent toute lutte pour sa préservation très ardue, voire même périlleuse, quand elle devient trop dérangeante.

La protection des zones humides en Algérie par la société civile a ses limites imposées par celle de l’action politique dans ce domaine. D’autant qu’elle demande impérativement une logistique et une veille scientifique qui ne sauraient être armées seulement de bonne volonté ni de moyens dérisoires.

Le populisme et le bureaucratisme ont trop souvent le dernier mot face à la réalité scientifique ainsi que la responsabilité environnementale. Il faut également veiller à mettre en valeur économiquement ces zones humides d’une manière plus écologique afin de compenser leur exploitation écocidaire.

Sans une volonté politique réelle,je pense sincèrement qu’il sera difficile de faire beaucoup mieux que ce qui est accompli pour l’instant. Tant que le poids politique de la société civile demeurera plus symbolique qu’autre chose, beaucoup continueront à se battre vaillamment contre des moulins à vent ; tandis que d’autres entretiendront une dynamique de faire semblant systémique aussi nocive que le mal qu’elle prétend combattre.

Bioexpress

Karim Tedjani est un militant écologiste algérien dont l’engagement remonte à plus de dix ans. En 2009, il crée le premier portail web algérien, Nouara, totalement consacré à l’écologie et à l’environnement, qui deviendra un site de référence. C’est également un conférencier dont la voix a touché des milliers de personnes, même au-delà de nos frontières. Homme de réseau et tisseurs de liens, Karim Tedjani est aussi un mentor.

Il est un des rares écologistes qui a développé une approche nationale ainsi qu’une vision anthropologique de l’écologie politique algérienne. Après Nouara, Karim développe en ce moment une chaîne You Tube, DarologiaTV, où il partage ses voyages ses rencontres à travers l’Algérie.


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