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Farid Amrouche. Géologue et enseignant-chercheur

Il n’existe aucun lien de causalité entre les séismes et les changements climatiques 

25 mars 2021 à 10 h 28 min

Le géologue démêle dans cet entretien le vrai du faux. Il affirme que la possibilité de prédire les tremblements de terre, par une méthode scientifique fiable, demeure aléatoire. Il assure aussi qu’aucun lien n’existe entre le réchauffement climatique et les derniers séismes.

– Le Nord de l’Algérie est une zone d’activité sismique (aussi bien terrestre que marine) élevée comme l’attestent les différents séismes.  Y a-t-il vraiment un moyen de prédire  un tremblement de terre «dévastateur» comme laissent entendre certains « spécialistes » ?   

Cette sismicité est due au mouvement convergent entre les plaques tectoniques de l’Afrique au Sud et de l’Eurasie au Nord. La limite entre ces deux plaques, soulignée par plusieurs seismes, va du Rif marocain, passe par le Nord de l’Algérie, de la Tunisie, la Sicile, le Sud de l’Italie, jusqu’en Grèce et Turquie. Si cette activité sismique est certaine, en revanche, la possibilité de prédire les tremblements de terre, par une méthode scientifique fiable, demeure aléatoire.

Dans les années 1980, des chercheurs grecs ont développé une méthode qui s’appelle la méthode de VAN, basée sur la mesure du courant électrotellurique, c’est cette méthode qu’a tenté de nous vendre Haroun Tazieff après le séisme de 1980. N’ayant pas abouti aux résultats escomptés, la méthode de VAN a été abandonnée.

A l’état actuel des connaissances, il n’existe aucune méthode scientifique efficace permettant de prédire avec précision la date et le lieu exact qui sera touché par un tremblement de terre, cependant, il est admis par tous que là où la terre a déjà tremblé, elle tremblera toujours, en outre, plusieurs tentatives de prédire des seismes dans certains pays, comme en Chine et en Grèce, ont démontré qu’il est inutile de prédire ce phénomène, dans la mesure où il est parfois impossible d’évacuer les populations pour les mettre à l’abris, ce qui par contre peut générer des mouvements de panique aux conséquences pouvant être plus dramatiques que celles liées au seismes lui-même.

– Des idées reçues sur le lien entre le manque de pluviométrie, la chaleur, le réchauffement climatique et les activités sismiques intenses de ces derniers jours. Y a-t-il réellement un effet de causalité entre les deux phénomènes ?

Il n’existe aucun lien de causalité entre les séismes et les changements climatiques, quelque soit leur ampleur ; les tremblements de terre sont en relation directe avec la dynamique interne du globe terrestre et les mouvements relatifs des plaques tectoniques, alors que les variations climatiques prennent leur origine dans la dynamique atmosphérique et les mouvements des masses d’air entre les hémisphères nord et sud.

Cependant, certains scientifiques et politiques du mouvement écologique évoquent des facteurs anthropiques (activité humaine, notamment l’industrie à émissions importantes de gaz à effet de serre) dans les perturbations climatiques majeures que connaît la planète actuellement.

– Dans de tels phénomènes naturels, c’est que lorsqu’il y a un tremblement de terre en mer, il est suivi d’un tsunami. Beaucoup de rumeurs ont circulé ces derniers jours. Pouvez-vous nous donner une explication scientifique sur l’inexistence de ce phénomène chez nous ?   

Certains séismes, notamment ceux qui se produisent en mer, sont parfois accompagnés de raz-de-marée ou tsunami ; selon le Centre Sismologique euro-méditerranéen (CSEM-EMSC), le séisme de Boumerdès en 2003 aurait provoqué un tsunami d’une amplitude ayant atteint un à deux mètre de haut, sur les côtes des îles Baléares, à Majorque, Minorque et Ibiza, au Sud de l’Espagne, en revanche, sur la côte de Boumerdès et ses environs, c’est un retrait temporaire de la mer qui à été observé par plusieurs témoins.

Même si les derniers événements sismiques que l’on connaît n’ont pas provoqué de grandes vagues qu’on peut qualifier de tsunami, il ne faut pas écarter l’éventualité que cela se produise dans le futur, d’autant plus que ce phénomène à déjà été observé sur les côtes algériennes lors de certains séismes.

Effectivement, le séisme de 1716 à Alger aurait été suivit d’un raz-de marée qui aurait détruit totalement l’ancienne Casbah, de même pour le séisme de 1856, qui aurait détruit le port de Jijel par un raz de marée avec des vagues de plusieurs mètres de hauteur. Donc ce n’est pas un phénomène inexistant en Algérie.

– En France, les médias locaux on annoncé, le lendemain du séisme de Béjaïa, une alerte-tsunami de type «jaune» a été lancée sur les côtes méditerranéennes…..

Certains pays euro-méditerranéens sont dotés d’organismes de surveillance de la dynamique des côtes, et ce, compte tenu des expériences passées en Europe et dans le monde.

Le Séisme du 11 mars 2011 au large de Sendai au Japon a été suivi par un tsunami d’une amplitude de 39 mètres de haut, ce qui peut être dévastateur. Le séisme de Béjaïa du 18 mars 2021 a incité les Français à mettre en œuvre une alerte tsunami afin de faire face à l’éventualité d’un tel phénomène.

Donc, le risque de tsunami est vraiment réel, il est temps pour notre pays de le prendre en considération en nous dotant d’un organisme spécialisé et en mettant en place un système et un mécanisme d’alerte tsunami qui nous évitera les conséquences d’un événement inattendu.

– Depuis une semaine, plusieurs répliques ont été enregistrées, y a-t-il lieu d’avoir peur. La panique de la population est-elle justifiée ?   

La peur et la panique que provoquent les tremblements de terre chez la population sont dues essentiellement à la méconnaissance, par la majorité des citoyens, de ce phénomène.

Il serait très utile, à l’avenir, de faire un travail de vulgarisation et de sensibilisation par rapport à ce genre de catastrophes naturelles, notamment au niveau des écoles par l’introduction dans les programmes scolaires d’une matière qui va permettre aux élèves d’en prendre conscience et d’apprendre à bien se comporter lors d’un événement similaire.

Quant à la menace des répliques, il faut savoir que si les règles de constructions parasismiques ne sont pas bien respectées, certains édifices fragilisés par la secousse principale, peuvent être détruit par les répliques, d’où leur dangerosité.

Aussi, il est nécessaire de mettre en œuvre un moyen d’expertiser le parc immobilier des zones concernées par les séismes et de prendre des mesures adéquates pour les quartiers fragiles comme les Casbahs.

– L’Afrique est entrain de faire un mouvement de rotation, pour buter à la plaque européenne, vous parlez de «la dérive des continents»… à quel risque ?

La théorie de «la dérive des continents» est une idée émise par Alfred Wegener, météorologue Allemand,  en 1912 dans son ouvrage  La genèse des continents et des océans.

En se basant sur la concordance des côtes de l’Atlantique et en s’inspirant du mouvement des icebergs, il a lancé la thèse selon laquelle les continents se déplacent les uns par rapport aux autres. Partant de là, l’évolution des géosciences a abouti à la notion de tectonique des plaques ou de tectonique globale qui permet justement d’expliquer certains phénomènes naturels comme les tremblements de terre et les volcans.

Le mouvement de rotation antihoraire de la plaque africaine fait partie de cette dynamique globale de tectonique des plaques, il est à l’origine de toute l’activité sismique et volcanique que l’ont connaît dans le bassin méditerranéen, depuis le Rif marocain jusqu’en Turquie en passant par le Nord de l’Algérie, la Tunisie, la Sicile, l’Italie et la Grèce.

– Beaucoup d’études étaient lancées pour prévenir des tremblements de terre grâce aux comportements des animaux, qu’en est-il des recherches chez nous ?

 Durant les années 1980, certains pays, comme la Chine, la France ou la Grèce ont tenté de mettre en œuvre des méthodes pour prévenir les tremblements de terre à l’aide de l’étude du comportement de certains animaux, confrontés à la difficulté d’interprétation de la diversité des comportements de ces animaux, les chercheurs sont restés sceptiques quant à la contribution de cette approche à la prévision du phénomène sismique. En Algérie, à ma connaissance, il n’y a aucun organisme qui s’est intéressé à cet aspect.

– Le problème se pose aussi dans les études de vulnérabilité urbaine au risque sismique… un commentaire ?  Y a-t-il lieu de réactualiser certaines études, plans ou décisions ?   

 Le travail de cartographie et de microzonage sismique réalisé par le Centre de recherche appliquée en génie parasismique (CGS) est très important.

Cependant, plusieurs grandes villes présentent des défauts d’aménagement urbain, ce qui peut compliquer la prise en charge des victimes lors d’une grande catastrophe naturelle comme les séismes. En outre, le vieux bâti, antérieur à 2003, mériterait d’être répertorié, expertisé et renforcé si nécessaire.

L’Algérie possède deux centres de recherche qui s’intéressent aux séismes et aux dangers qu’ils peuvent induire, il s’agit du CGS sis à Hussein Dey à Alger et du CRAAG situé à Bouzaréah. Plusieurs universités enseignent les géosciences, mais cette discipline demeure le parent pauvre de l’enseignement dans notre pays. Nous devons donner à cette branche scientifique la place qu’elle mérite, en la dotant de moyens nécessaires pour son développement.

L’enseignement de la géologie dans les différents paliers du système éducatif souffre d’un manque flagrant de spécialistes, il serait judicieux de permettre aux diplômés en géologie de pouvoir se candidater dans les concours de recrutement de l’éducation nationale.

Bioexpresse

Il est enseignant chercheur à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Il décroche son ingéniorat d’Etat en géologie, 1996 à l’USTHB, Bab Ezzouar. Puis, magister en géologie des bassins sédimentaires en 2004, USTHB. Doctorat es science en géologie des bassins sédimentaires (en cours), USTHB, Bab Ezzouar.

Il est attaché de recherche au Centre de recherche appliquée en génie parasismique CGS de 2001 à 2005.

Il est enseignant chercheur à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou depuis 2005 et aussi membre du Laboratoire de Géodynamique des bassins sédimentaires et des orogènes, LGBSO/USTHB.


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