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Huile de friture : Rien ne se perd, tout se recycle !

27 février 2020 à 9 h 45 min

Que faire de notre huile alimentaire usagée ? N’étant pas soluble dans l’eau, lorsque celle-ci est rejetée avec les eaux usées, elle pollue les cours d’eau et les océans. Sachant qu’un seul litre d’huile est capable de polluer jusqu’à un million de litres d’eau, son recyclage devient alors primordial. Mais que faire de ce déchet polluant ? Reportage.

 

Il est 11h du matin. Dans le modeste atelier de recyclage des huiles alimentaires usagées, situé à Ouled Belhaj à Baba Ali, Alger, les employés s’activent.

Ce jour-là, ils sont deux. L’un est chargé de la collecte. Le second de la filtration d’huile. Un mélange d’odeur de frites et de poisson «parfume» le garage et son extérieur. Le sol est noir de graisse.

Au fond de la pièce, une quarantaine de barriques en plastique, contenant l’huile usagée, sont entreposées. Hamid Khaldi, le responsable raconte : «Nous faisons partie des premiers à s’être lancés dans cette activité (2010).

Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas très nombreux dans ce domaine en Algérie. On recycle uniquement les huiles alimentaires usagées. Nous avons démarché de nombreux établissements comportant un labo de restauration. Munis de notre paperasse, nous avons proposé nos services et beaucoup ont été séduits par l’idée.»

Ce dernier confie que jusqu’en 2016, sa micro-entreprise exportait son produit fini vers la Tunisie. «Là-bas, ils lui apportent un ultime traitement avant de l’exporter de nouveau vers l’Europe afin que celle-ci soit utilisée comme biocarburant. Depuis, nous avons su que cette huile traitée rentre dans la fabrication de savon ménager.

Nous avons alors décidé de la vendre en tant que matière première pour ces producteurs», explique-il. Le principe est donc simple : récolter un maximum d’huile, la recycler, puis la revendre pour les producteurs de savon et autres industries. «En plus de la réutilisation intelligente de ce déchet, son recyclage évite à l’environnement d’être pollué», assure M. Khaldi.

En effet, si l’huile alimentaire usagée jetée dans les canalisations provoque un engorgement et des mauvaises odeurs dans les conduits, celle-ci peut également avoir des effets bien plus néfastes sur l’environnement. Elle entraînerait l’asphyxie des bactéries chargées d’épurer l’eau et une prolifération de micro-organismes nocifs pour la santé.

Elles sont également la cause de nombreux dysfonctionnements importants. «Elles peuvent boucher les canalisations, empêcher le bon fonctionnement des stations d’épuration, polluer les nappes phréatiques ou encrasser les fours d’incinération des ordures ménagères», explique M. Khaldi. Mohamed, collecteur, la trentaine, raconte : «Cela fait 5 ans que j’a rejoint l’équipe.

Ma mission est ‘‘simple’’ mais néanmoins éprouvante : collecter l’huile de chez différents fournisseurs. Tous les jours, je charge ma camionnette avec les bidons vides et j’entame ma tournée.» Ce dernier explique que parfois, ce sont les restaurateurs, fast-foods, casernes, hôtels ou encore cités universitaires avec qui ils travaillent qui les appellent pour passer récupérer l’huile. «Et parfois, je vais directement chez eux, car je sais approximativement s’ils en ont et combien.

A titre d’exemple, si je passe par Boumerdès, je sais que je vais collecter de chez tous nos fournisseurs et non pas un seul», ajoute-il. Alors qu’à l’étranger, les coûts inhérents au transport et au traitement de ce type de déchet sont à la charge de leurs générateurs, M. Khaldi se plaint du vide juridique qui entoure cette question en Algérie. «Ailleurs, c’est les détenteurs de ces huiles qui payent le recycleur car il les débarrasse de leur déchet.

Chez nous, on propose un tarif symbolique de 15 DA/l contre les quantités récupérés. On va dire qu’on monnaye la gêne occasionnée par le stockage de ces huiles chez nos fournisseurs», confie-il.

Selon lui, le vide juridique et le manque de contrôle font que de milliers de litres sont encore jetés dans les canalisations. «Il suffit d’imposer une justification qui prouve que ces restaurateurs ne jettent pas l’huile dans les canalisations.» Une fois toute cette huile acheminée au niveau de l’atelier, commence le travail de filtration.

Et c’est à l’entrée du garage qu’est placé un système de filtration artisanal destiné à nettoyer l’huile des particules solides (résidus). «Nous avons un système de filtrage simple car cela convient à nos clients qui n’exigent pas d’avantage», justifie M. Khaldi.

Le procédé est assez simple : commencer par déverser l’huile des barriques en plastique dans une grande cuve. Celle-ci est ornée d’un tamis. Djamel, le chargé du filtrage, explique : «Cette étape a pour but de pré-filtrer l’huile afin de l’épurer un minimum.»

Ce premier filtre sert, selon Djamel, à retenir le solide (gros et épais) qui peut se trouver dans l’huile. «Nous avons été surpris et parfois même choqués par les différentes ‘‘objets’’ restés sur le tamis», confie-t-il.

Si majoritairement les corps solides retrouvés dans l’huile sont des frites, de petits poissons cramés ou arêtes, les recycleurs avouent que quelques corps étrangers à la cuisine tels que du plastique, des mégots de cigarette, de la chique ou encore une souris se retrouvent souvent noyés dans l’huile récupérée. «L’huile passe ensuite par un second filtre. Le maillage de ce deuxième tamis est plus resserré, afin de retenir les toutes petits particules solides baignant dans l’huile», ajoute Djamel.
Savon solide

Une fois cette étape terminée, on laisse l’huile reposer. Cette étape est d’autant plus importante car elle permet de séparer l’huile de son eau.

C’est pour cette raison que les grandes cuves sont munies de robinet. Son intérêt : évacuer l’eau vers l’extérieur. A cet effet, M. Khaldi explique : «L’eau est plus lourde que l’huile. Et les deux liquides ne se mélangent pas. On laisse alors travailler la gravité et le temps.

C’est ce qu’on appelle le phénomène de décantation. L’eau se place en bas. A ce moment-là du processus, on ouvre le robinet afin que l’eau sorte. Il suffit de la fermer dès qu’on voit que l’huile commence à s’échapper également». Il ne reste plus qu’a récupérer l’huile de la partie supérieure.

Celle-ci est ensuite placée dans de grande cuves de 1000 litres prêtes à être vendues. «On laisse les derniers déchets d’huile dans une grande cuve exposée au soleil pendant une quinzaine de jours, voire plus. Avec l’aide de la chaleur et du temps passé, toutes les épices restées dedans remontent sur la surface.

On peut alors extraire quelque un litre toutes les deux semaines environ», explique Mohamed. Autrement dit, il récupère les derniers litres d’huile du déchet d’un déchet. Au total, Hamid confie que plus de 60 000 litres d’huile usagée par mois est recyclée au niveau de son petit atelier. «On travaille avec de nombreuses wilayas. L’huile est récupérée par-ci par-là et puis les collecteurs nous la revendent avant qu’elle ne soit acheminée à notre niveau.

C’est pour cette raison que nous traitons une moyenne de 1200 litres par jour», explique le responsable. L’huile recyclée n’est pas bonne à la consommation, mais elle peut trouver des débouchés surprenants et prometteurs. Celle-ci constitue une matière première pour les fabricants de savons ménagers.

C’est le cas de Rabah, fabricant de savon solide installé à Bordj Bou Arréridj. Il raconte : «Au départ, j’achetais du savon fini que je revendais péniblement derrière car la concurrence est rude et ma marge bénéficiaire insignifiante. Puis, j’ai su qu’on pouvait fabriquer du savon à partir d’huile recyclée.

Cela diminue le coût de revient. Je me suis alors tourné vers cette activité». Le procédé est simple : mélanger l’huile recyclée à de la soude caustique. Appelée hydroxyde de sodium, cette dernière est une base puissante par nature et un composant chimique qui permet de dissoudre les corps gras de l’huile et les transformer en savon. En finition, rajouter du parfum et mettre le tout dans un moule.

Cependant, le quadragénaire se désole des nombreux obstacles auxquels il fait face chaque jour alors que son activité est plus que bénéfique pour l’environnement. «En recyclant cette huile, on évite à l’environnement une pollution certaine. Avec ca, on n’arrête pas de nous mettre des bâtons dans les roues, surtout côté paperasse qui n’en fini pas», se désole-t-il.

Par ailleurs, l’huile recyclée peut également entrer dans la fabrication du biocarburant. A cet effet, Mohamed Saïd Beghoul, consultant Oil and Gas assure que la récupération et le recyclage des huiles alimentaires usagées (des fritures en particulier) est effectivement un procédé qui permet à la fois de lutter contre les substances indésirables pour l’environnement et d’en produire un biocarburant.

Selon lui, la valorisation de ces «déchets» en biocarburant nécessite une usine spéciale où les huiles usagées sont chauffées à une certaine température avant d’être introduites dans  une centrifugeuse. «C’est une pratique déjà utilisée un peu partout dans le monde et par certaines sociétés, comme c’est le cas de la française Total en partenariat avec Suez qui ambitionnent de collecter, sur le territoire français, des huiles usagées jusqu’à plus de 50 000 tonnes par an, voire plus.

Total, qui s’est lancée dans la filière vers 2015, vise une production du nouveau biocarburant qui pourrait atteindre 500 000 tonnes par an dans les prochaines années», ajoute-il.

Pour lui, ce biocarburant ne peut pas être une alternative à 100% au carburant fossile mais se mélange à ce dernier et le mix qui en découle sera utilisé comme carburant composite qui ne pose aucun problème pour le moteur du véhicule, selon les chercheurs dans le domaine.

 

Sofia Ouahib

[email protected]

 

 

Bâtiment

L’huile usagée recyclée peut être utilisée dans le bâtiment, notamment dans les travaux de coffrage. En effet, de nombreuses huiles à base végétale présentent un pourcentage de biodégradabilité de leur partie non volatile important et améliorent les conditions de travail du personnel de chantier en matière d’odeur et de toxicité. Ainsi, ces huiles présentent un réel intérêt pour la santé et l’environnement, comparées aux huiles minérales. Elle permet de supprimer aisément toute adhérence du béton ou de laitance sur le coffrage. Son utilisation permet également l’application ultérieure d’enduits ou de peintures après décoffrage.

 

Tronçonneuse

Autre utilisation intelligente de l’huile usagée recyclée : un lubrifiant pour les chaînes de tronçonneuse. En effet, l’huile de chaîne est un graissage perdu, c’est-à-dire que l’huile ne s’utilise qu’une fois avant qu’elle ne soit dispersée, et cela n’est pas sans impact sur l’environnement. C’est pourquoi le recours à une huile végétale recyclée est souhaitable pour la protection de l’environnement.

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