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Gaspillage du Pain : Un péril sanitaire à ciel ouvert

29 avril 2021 à 10 h 22 min

Des poubelles jonchées de morceaux de pain, parfois même des baguettes entières mélangées à d’autres déchets… des décors auxquels nous assistons tous durant ce mois sacré sans pouvoir aider à changer la donne. Quel risque pour notre environnement et notre santé?

C’est un véritable risque pour la santé publique. «Ces grandes quantités de pain, souillées et mélangées aux restes de nourriture, sont souvent jetées à même le sol, et deviennent un péril grave pour la santé publique, et chacun de nous peut en être affecté directement ou de façon indirecte», met en garde le Pr Bouziani, professeur de l’épidémiologie à la faculté de médecine d’Oran.

Ce spécialiste en épidémiologie revient sur la composition de ces aliments avariés qui contiennent jusqu’à 70% de matières organiques. «Très putrescibles, ces aliments avariés (ndlr) représentent des sources de pollution et de nuisances importantes pour notre population et l’environnement, en raison de leur nuisibilité et toxicité», souligne-t-il. Alors que le ramassage des ordures et l’entretien des quartiers laisse à désirer, ce surplus de déchets, constitués essentiellement d’aliments pouvant attirer des animaux errants, des rongeurs et des bestioles qui, à leur tour, véhiculent des maladies pouvant se propager au sein de la population. «Ces déchets organiques constituent un milieu de culture très riche pour de grandes variétés de parasites et d’agents pathogènes.

C’est aussi une source appréciable de nourriture et de reproduction pour les vecteurs nuisibles et les animaux errants», confirme cet épidémiologiste, qui passe en revue les vecteurs nuisibles qui prolifèrent le plus dans ces déchets, à savoir les agents pathogènes biologiques, les mouches, les moustiques, les rats, les chats et chiens errants et autres.

Les risques

Quels sont les risques sanitaires provoqués par le jet du pain ? D’abord la multiplication d’agents pathogènes : «Les agents pathogènes qui pullulent dans ces déchets entraînent plusieurs pathologies, dont beaucoup de nos concitoyens en sont atteints», affirme Mustapha Bouziani, professeur en épidémiologie à la faculté de médecine d’Oran. Il s’agit surtout des parasitoses intestinales qui touchent plus de 50% des enfants, les hépatites infectieuses qui restent très fréquentes, les salmonelloses et autres maladies à transmission hydrique.

Ensuite, la multiplication des mouches : ces dernières se multiplient abondamment dans les déchets véhiculant les saletés collées sur leurs pattes, pour les déposer partout, surtout sur les aliments sur lesquels ils se posent.

Vient en troisième lieux, la prolifération des moustiques : les plus répandus sont les culex urbains, et actuellement les moustiques tigre qui sont responsables de nuisances, d’incommodités et leurs piqûres peuvent être sources d’allergies et d’affections cutanées, selon le Pr Bouziani.

Quatrièmement, l’épidémiologiste évoque l’existence des insectes dénommés phlébotomes. «Dans certaines wilayas, des insectes dénommés phlébotomes, pullulent sur les déchets ménagers et entraînent des dizaines de cas de leishmaniose», révèle le Pr Bouziani, soulignant que cette pathologie est grave quand elle a atteint les viscères.

Le phénomène le plus inquiétant est la multiplication des rats. Ce phénomène est lié à l’abondance des dépotoirs et des détritus ménagers. «Leur reproduction est intense dans ce cas. Si la nourriture se fait rare, leur population décroît rapidement», note le Pr Bouziani. D’après ce dernier, ces rongeurs, qui cohabitent toujours avec l’homme, transmettent un grand nombre de maladies de plusieurs façons : par leurs puces (le typhus, la peste), par leur excréta qui souillent les aliments (salmonelloses, leptospirose), par les cadavres des rats infectés, par leur morsure et par contact. «Si la peste et le typhus murin font partie de l’histoire (sauf accident épidémique comme ce fut le cas à Kehaïlia, à Oran en 2003, après importation par l’ONAB d’aliments de bétail infestés), actuellement, ce sont les leptospiroses, et les salmonelloses qui restent fréquentes, surtout chez les ouvriers de la voirie et de l’assainissement (par manque de protection), les habitants des quartiers insalubres sont aussi très exposés», révèle le Pr Bouziani. Sur le plan économique, les rats provoquent des dégâts importants. Ces derniers creusent des terriers et peuvent détruire les ouvrages d’assainissement. Par ailleurs, les rongeurs abîment et détruisent les aliments, provoquant parfois des pertes économiques considérables dans les lieux de stockage des denrées alimentaires.

Et enfin, la multiplication des animaux errants : la nourriture jetée en abondance dans les poubelles favorise également la multiplication des animaux errants, dont le nombre s’accroît sans cesse dans beaucoup de quartiers. «C’est un fléau largement ressenti au niveau des structures de santé, qui reçoivent et prennent en charge des milliers de cas de morsures suspectées de rage», appuie le Pr Bouziani. Pour rappel, les chiens errants propagent aussi le kyste hydatique, «un autre fléau qui coûte excessivement chère en vie humaine dans note pays», ajoute-t-il.

Responsabilité des services d’hygiène

Les services du ministère du Commerce révèlent un gaspillage qui dépasse plus de 535 tonnes de pain, soit plus de 2,1 millions de baguettes), durant la période allant du 13 au 24 avril.

Ce qui représente 20 millions DA. «Dans ce gâchis, notre économie nationale paye les dividendes, et notre population (défavorisée), par manque de sensibilisation et d’information, souffre dans sa chair», regrette Mustapha Bouziani. Ce dernier explique ce phénomène par l’évolution des habitudes alimentaires des ménages qui, selon ces dires, s’orientent vers le gaspillage de la nourriture.

Par ailleurs, notre interlocuteur n’a pas omis de pointer du doigt «les publicités mensongères des médias», lesquelles, selon lui, «ne jouent aucun rôle dans la promotion de l’équilibre alimentaire de notre population». Sur un autre volet, le Pr Bouziani met en cause le rôle des mairies.

«Les défaillances des services techniques, dans la gestion de l’environnement des communes, s’aggravent da façon alarmante, faisant de certains quartiers, de nos villes, des dépotoirs à ciel ouvert», dénonce-t-il.

Et cela avant de pointer le gâchis du pain et des aliments et ses conséquences sur la santé publique. Car, au-delà du gaspillage des aliments sans retenue, ce phénomène risque de provoquer des nuisances et des risques permanents sur la santé publique.

«Le péril sanitaire touche de plus en plus d’enfants et de population des zones défavorisées», s’alarme-t-il.

Record pour Blida, Béchar et Tlemcen

Parmi les 58 wilayas, celle ayant enregistré un gaspillage important du pain, figure la wilaya de Blida (321 924 baguettes), suivie de Béchar (161 648 baguettes), Tlemcen (150 096 baguettes), Djelfa (139 364 baguettes), Annaba (118 680 baguettes), Tébessa (115 152 baguettes et Oran (108 200 baguettes).

Par Djedjiga Rahmani
[email protected]


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