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Feux de forêt : Quand la nature renaît de ses cendres

01 octobre 2020 à 10 h 35 min

En Méditerranée, les scientifiques s’accordent sur une théorie : les incendies de forêt seront plus fréquents, plus étendus et plus graves. Toutefois, si les arbres sont potentiellement des combustibles, ils ont tout de même un système de résilience aux perturbations, notamment aux feux de forêt. Et si ces feux n’étaient pas que
«destructeurs» ? Avis des spécialistes.

Le feu n’est pas toujours un facteur de destruction de la végétation ! Selon le docteur Brahim Guit, forestier et enseignant à la faculté des sciences de la Nature et de la Vie de Djelfa, il existe une dualité entre les conséquences propres à cette perturbation. «Les changements suite à un incendie sont biologiquement catastrophiques à certaines échelles alors qu’ils sont biologiquement régénérateurs à d’autres», assure-t-il.

D’ailleurs, le spécialiste assure que certains préconisent les feux provoqués (ou le brûlage dirigé) pour réduire les risques d’incendie en éliminant la strate herbacée, pour assurer une bonne régénération des plantes et pour l’amélioration du pâturage des animaux.

Si les appels aux campagnes de reboisement s’intensifient après les feux de forêt, de nombreux experts s’accordent à dire que replanter juste après ces incendies n’est pas le mieux indiqué. La raison : les feux de forêt peuvent être un facteur qui influence le processus de régénération naturelle. «Dans la plupart des cas, les formations forestières et pré-forestières se régénèrent par elles-mêmes après un incendie. La plupart des études menées sur les régions méditerranéennes ont montré que les espaces naturels touchés par les incendies ont de fortes capacités de régénération.

Ils sont capables de se reconstituer à l’identique si les feux ne sont pas trop fréquents», explique le professeur Driss Haddouche, enseignant-chercheur et chef de Département des Ressources Forestières à l’université Abou-bekr Belkaîd de Tlemcen. Plusieurs expressions sont d’ailleurs utilisées pour décrire ce qu’on appelle la régénération post-incendie telles que la dynamique post-incendie ou encore la cicatrisation post-incendie.

A cet effet, M. Guit explique : «La végétation reprend après incendie soit en repoussant à partir de tissus de survie (repousses), soit par semis (semenciers obligatoires) ou par la combinaison des deux mécanismes (facultatifs)», explique M. Guit. Et les effets des incendies de forêt sur l’écosystème dépendent, selon lui, de plusieurs facteurs, notamment le type de végétation (classée selon l’inflammabilité), la topographie (terrain plat, accidenté, exposition sud ou nord,…), le type de sol et sa teneur en humidité, l’intensité du feu, son étendue et sa durée, le climat, le temps écoulé depuis le dernier incendie et les conditions météorologiques post-incendie ; car plus les années sont pluvieuses et plus la cicatrisation est plus rapide. «Plusieurs études ont démontré que la diversité floristique augmente, surtout pour les espèces herbacées, après un incendie à court terme (trois premières années) en raison d’une faible compétition interspécifique (en matière de lumière et de nutriments du sol) qui tend à disparaître à moyen et long terme», précise-t-il. Après un certain temps, généralement 40 ans, l’expert assure que la composition des espèces végétales devient très similaire à la condition de pré-feu.

Toutefois, Kamel Chorfi, expert international en développement rural et spécialiste des campagnes de restauration forestière, estime que l’hypothèse réclamant que replanter après les incendies n’est pas recommandée n’est valable que pour certains types de forêts.

Ceci dépendrait, selon lui, des écosystèmes forestiers et de leurs environnements. De ce fait, M. Chorfi assure qu’en considérant le type/la catégorie des forêts en Algérie (forêts de protection) ainsi que les risques auxquels elles sont confrontées (écologiques, socio-économiques, etc.), le reboisement reste un impératif, et ce, non seulement pour faire face aux conséquences désastreuses des incendies, mais aussi partout, là où il y a nécessités et/ou possibilités (milieux urbains, ruraux…). «Il faut simplement prendre en considération l’importance de la complémentarité entre ‘’expertise adaptée’’, ‘’moyens adéquats’’ et ‘’suivi/monitoring efficace’’. Sans oublier le rôle important que pourrait jouer la société civile tout au long du processus de reboisement», recommande-t-il.

Nouvelles espèces

Tandis que les appels à replanter certains types d’arbres dits «à croissance rapide» se multiplient, ces derniers ne constituent pas pour autant une solution «miracle» face à la dégradation du couvert forestier. En effet, selon M. Chorfi, et même si ces arbres «à croissance rapide» s’accommoderaient aux diversités contextuelles, écologiques et climatiques, il est impératif de passer par la case «Recherche/Démonstration» et ce, à petite et moyenne échelle avant toute introduction de nouvelles espèces et leur généralisation.

Aujourd’hui, selon l’expert, même si en sciences de l’environnement, et particulièrement en foresterie , la «diversité» est devenue un élément très important dans la promotion de techniques et de pratiques innovatrices capables de résoudre beaucoup de problèmes, de réduire les risques et de faire face à la dégradation des écosystèmes forestiers,  il y a lieu de noter que «le succès» lié à l’introduction de nouvelles espèces reste «relatif» et oblige de prendre des «précautions» et des «réserves» avant toute mise en œuvre. «En Algérie, et vu la diversité des aspects écologiques, climatiques socioéconomiques, l’introduction d’espèces dites ‘‘à croissance rapide’’ n’est qu’un élément parmi tant d’autres qui pourrait promouvoir des solutions appropriées aux problèmes liés au manque et à la dégradation du couvert forestier/végétal», explique le spécialiste.

Cependant, M. Chorfi insiste que dans le cas d’activités de reboisements des zones affectées par les incendies, il faut toujours privilégier les espèces dites locales, c’est à dire celles qui existaient déjà avant les incendies ou celles qui ont déjà démontré leur adaptabilité dans des conditions similaires (terrain, climat, etc.). De son côté, M. Guit explique qu’il ne faut pas considérer notre pays comme une seule entité géographique, écologique, édaphique, climatique.

Selon lui, les critères de choix d’introduction d’une essence à prendre en considération doivent coïncider avec les caractéristiques de la zone qui doit recevoir cette plantation, à savoir le climat (T° : maximale, minimale, pluviométrie, humidité, type de sol, altitude, exposition,…). «On ne doit pas faire l’erreur du projet du barrage vert où on a pris la bande du barrage vert comme une seule entité (géographique, écologique, climatique,….). Or, il fallait faire une étude de chaque zone et faire un choix judicieux de l’espèce à introduire en fonction des caractéristiques écologiques de chaque zone», se désole-t-il.

Techniques de reboisement

Et pour savoir choisir les techniques auxquelles il faut recourir, il est impératif de comprendre «comment agissent les feux sur les forêts». Lorsqu’un feu se déclenche, il se propage dans le sous-bois en brûlant l’herbe et les broussailles. Il peut être de faible, de moyenne ou de forte intensité, selon la quantité de combustible disponible puis il va monter le long des arbres en brûlant sur son passage feuilles, aiguilles et même certaines branches et devient un feu de cime.

Il libère en général de grandes quantités d’énergie a une vitesse de propagation très élevée. Et ce sont justement les ligneux hauts qui assurent la propagation verticale du feu en direction des cimes. Des techniques sont d’ailleurs utilisées pour réduire les feux de forêt. Les plus courantes, selon M. Guit, sont d’abord l’élimination de la végétation de surface ce qui va créer des zones dégagées qui réduisent la propagation du feu.

Ensuite, il y a l’élagage des arbres et enfin, la plantation d’espèces à inflammabilité réduite et moins vulnérables au feu. Cela est du ressort de la sylviculture qui est un domaine de la foresterie qui traite ces opérations. «En aménagement forestier, les tranchées pare-feu sont des espaces non plantés destinées à compartimenter l’espace forestier et à contenir l’incendie dans les massifs isolés ainsi créés.

Il faut aussi créer des pistes pour un accès facile des engins en cas de feu déclaré dans le domaine forestier. Il faut également créer des points d’eau afin de s’assurer d’un approvisionnement en eau en cas d’incendie déclaré. Et enfin, doter la forêt en postes de vigies situés sur les points culminants pour une bonne surveillance du massif forestier surtout en période estivale», explique-t-il.

De son côté, M. Chorfi assure que les techniques de reboisement dépendent de plusieurs facteurs, objectifs (écologiques, socioéconomiques…), contextes et des espèces à planter. Quant aux techniques permettant de réduire les feux des forets, «il y a lieu de mentionner qu’en génie forestier, il existe une diversité de techniques, mais elles sont coûteuses, et elles sont plus adaptées aux boisements et reboisements ayant une fin purement économique (forêts de production)», précise-t-il.

Selon lui, pour les boisements/reboisement ayant une fin écologique (forêts de protection), la complémentarité entre les principes de base relatifs à la protection contre les feux de forêt ainsi que l’esprit de «responsabilité » et de «civisme» au sein de la société, restent parmi les moyens les plus appropriés pour faire face aux problèmes récurrents des feux de forêt.

Moyens adéquats

Pour ce qui est des opérations de reboisement à grande échelle, celles-ci exigent des moyens techniques et logistiques appropriés. M. Chorfi énumère ces grands axes : «La production de plants (quantité et qualité ; la préparation des terrains et des zones à reboiser, la mobilisation des moyens humains et logistiques». L’expert assure néanmoins que l’opération de reboisement est un processus qui doit être accompagnée par des actions continues de supervision et de vulgarisation.

De son côté, M. Guit pense qu’il serait ‘‘plus judicieux’’ de rétrécir le champ et faire des études à petites échelles où le choix de l’espèce à introduire doit être mûrement réfléchi et doit obéir aux exigences du terrain : «Je pense qu’il faut faire une étude écologique de chaque zone et faire le choix de l’espèce à introduire en fonction de ses caractéristiques écologiques, climatiques et édaphiques.»

Selon lui, la monoculture du pin d’Alep au niveau du barrage vert était une erreur impardonnable de la part des décideurs. Les ravages de la processionnaire du pin en sont un bon exemple. «Si on avait diversifié les espèces, on aurait pu éviter ce fléau !», assure-t-il. L’expert recommande par ailleurs d’installer des pépinières qui soient le plus proches des zones à reboiser.

Aussi, il assure que la sélection et la collecte de la graine doit tenir compte de la provenance de la graine qui doit être du massif forestier le plus proche de la zone à reboiser tout en délimitant les superficies à planter (levés topographiques), faire un bornage et installer des gardiens. «Au niveau des chantiers de plantation, on doit disposer de camions pour le transport du plant, des camions citernes pour l’irrigation du plant juste après sa mise en terre», explique-t-il.

Côté moyens humains, ce dernier estime qu’il faut faire appel à des ouvriers qualifiés pour la mise en terre du plant, son irrigation. «D’autres moyens doivent être disponibles (pelles, pioches, cordes lors de l’ouverture des potets) ou des engins quand on veut défoncer la croûte calcaire.

Et enfin, faire des opérations de regarnis pour les endroits où la plantation n’a pas réussi avec un suivi de la plantation», conclut-il.

Sofia Ouahib

[email protected]

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