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Il souffrira de tracasseries en raison de son engagement militant

Ferhat Abbas, le long combat d’un Algérien sincère

13 décembre 2018 à 11 h 04 min

Il a fait construire cette maison, mais il ne l’a pas habitée.» Abdelhalim Abbas montre de la main le vaste salon de la villa de Djenane Ben Danoun à Kouba (Alger).

Sobrement meublée, la maison est remplie de souvenirs de l’homme illustre, dont le portrait dessiné par un peintre belge domine le salon. Ferhat Abbas a connu plusieurs maisons, choisies et parfois imposées au gré de ses nombreux déplacements et engagements professionnels et politiques dans le vaste pays.

De son vrai nom, Ferhat Abbas El Meki, Ferhat Abbas est né le 24 août 1899 au douar Hadjar El Misse, commune d’Oudjana (Jijel). Fils de caïd, il a accompli une scolarité dans cette école de la IIIe République, qui prône les valeurs humanistes que les indigènes ne retrouvent pas dans la vie de leurs coreligionnaires. «A l’école, on oubliait les blessures de la rue et la misère des douars pour chevaucher avec les révolutionnaires français… les grandes routes de l’histoire.

Cependant, loin de cette image idyllique de la Révolution française, symbole du triomphe de la liberté et du progrès, le quotidien des Algériens était des plus difficiles sous le régime colonial», écrira-t-il avec la lucidité qui marque ses nombreux écrits autobiographiques.

L’un de ses souvenirs d’enfance, écrira-t-il plus tard, a été la rentrée de la collecte des impôts, suprême injustice pour les musulmans. «A l’époque où j’allais à l’école coranique, sans chaussures, une chemise et une gandoura sur le dos, semblable à tous les enfants du douar, l’une de mes grandes joies était de voir venir tous les ans, à la mi-septembre, le khasnadji, escorté des cavaliers de la commune mixte pour ramasser les impôts…

Ils demeuraient chez nous une dizaine de jours, et c’était une distinction de voir ces Français et tout ce monde, mais il y avait aussi un autre spectacle, de douleur celui-là, sur lequel mes yeux d’enfant se sont ouverts : les pauvres paysans qui ne pouvaient pas s’acquitter de leur contribution étaient quelquefois exposés au soleil, la tête nue et les bras derrière le dos…

Il m’est arrivé de voler de l’argent à ma mère pour libérer ces prisonniers qui ne manquaient parfois que de deux ou trois francs. Cela m’attristait et me rendait malheureux». Après un cursus scolaire à Constantine, le jeune Abbas poursuivit des études en pharmacie, à l’université d’Alger.

Dans cette ville, marquée par les préparatifs de l’injuste centenaire, il s’engage dans la lutte estudiantine et le combat politique. Militant étudiant, journaliste imperturbable, tribun, Abbas saura se faire remarquer durant cette période saisissante de l’entre-deux-guerres.

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les convictions politiques du responsable assimilationniste changent. Il contacte au débarquement des Alliés en Algérie en 1942, Robert Murphy, le représentant du président américain Roosevelt. En février 1943, il rédigea le Manifeste du peuple algérien (MPA).

Lors des événements du 8 Mai 1945, son engagement lui vaudra d’être placé en résidence surveillée dans le sud du pays. Libéré, il sera élu aussitôt député de Sétif à l’Assemblée française et se rapprochera plus des autres partis nationalistes, à l’instar des Oulémas, dont il deviendra le compagnon du président, le cheikh Bachir El Ibrahimi.

C’est le président de l’Association des Oulémas qui le maria en secondes noces avec Marcelle Stoëtzel (1909-2001), native de Bouinan (Blida) et habitante de Aïn Azel, qu’il a connue à Sétif, après le décès de son mari médecin. «Mon père ne tarira jamais d’éloges sur le savant», se souvient Abdelhalim Abbas, qui montre la photo du vénérable cheikh qui trône sur le mur du bureau.

Vie confisquée

Le président de l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) sera aux manettes de son parti et gérera avec professionnalisme ses journaux- L’hebdomadaire Egalité devient la République algérienne. Après des contacts avec des responsables du FLN à Alger, Abbas rejoint la délégation extérieure au Caire en 1956.

Il «a laissé sa famille à Paris aux bons soins de M. Hached, un vieux militant, de son ami Ahmed Boumendjel, chez qui nous nous rendions les week-ends, d’un parent, Ali Benabdelmoumen, et d’Ahmed Belghoul, ancien membre de l’Etoile nord-africaine», signale son fils.

Après l’adhésion de Abbas au FLN et ses déclarations publiques, au Caire, en faveur du combat pour l’indépendance, les Français d’Algérie ont saccagé son appartement du quartier Docteur Trolard.

« L’appartement que nous occupions au n°1 de la rue Trolard a été totalement saccagé et sa belle bibliothèque détruite et pillée par les extrémistes européens. Il ne faut pas non plus oublier que sa pharmacie de Sétif a été également mise à sac par les ultras ».

Membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et du Comité de coordination et d’éxecution (CCE), Ferhat sera élu par ses pairs président du gouvernement provisoire (GPRA) entre septembre 1958 et août 1961. Menant une très forte activité, le président Abbas rencontre les leaders du monde qui lui offriront des cadeaux personnels, dont il a pu garder certains.

D’autres rejoindront les archives du GPRA. Président de l’Assemblée constituante en septembre 1962, il démissionne le 13 août 1963. A l’indépendance, le président Abbas s’est installé à l’hôtel Albert 1, ses maisons à Alger et Sétif ayant été saccagés.

«C’est dans cet hôtel qu’il recevait les gens de Sétif qui l’ont toujours aimé. D’ailleurs, c’est une délégation de cette ville qui a fait une collecte pour lui acheter sa première villa de Kouba, propriété d’un parent de sa femme, qui a décidé de partir en France», signale son fils, en montrant la villa qui a été rachetée par un richissime homme d’affaires de Kouba.

Le 3 juillet 1964, Abbas est arrêté et mis en résidence surveillée, il ne sera libéré qu’en 1965. Pendant plus de dix ans, il connaîtra des soucis avec le nouveau régime.

En effet, le 10 mars 1976, il fut placé en résidence surveillée dans sa maison à Kouba, suite à l’«Appel contre la dictature et pour la démocratie», qu’il cosigna avec Benyoucef Benkhedda, Hocine Lahouel et cheikh Kheireddine. «Les services de sécurité lui ont pris ses documents.

A l’époque de Ben Bella, et après», signale son fils, qui ignore où se trouvent les archives personnelles saisies par les Moukhabarat. L’homme, à l’abord facile malgré sa stature, ne s’est jamais coupé du peuple.

Il en était très proche. «Il avait des goûts culinaires très simples. Pourtant ma mère, Marcelle, était un cordon bleu, qui préparait tous les plats traditionnels. Il aimait surtout les dattes que lui ramenait ses amis du Sahara», signale son fils. Autre anecdote : il s’installe souvent à l’entrée d’une boucherie d’un ami de Birkhadem et distribuait de l’argent aux nécessiteux.

Ferhat Abbas est décoré le mardi 30 octobre 1984 de la Médaille de résistant dans sa villa du quartier de Kouba, au moment de la sortie de l’Indépendance confisquée. Intervenant dans les médias-ses interviews sur les chaînes françaises sont disponibles sur YouTube-, l’homme, qui garde sa verve de « Jeune algérien », qu’il était, décédera le 23 décembre 1985. Sa compagne mourra en 2001, à Nice, loin de sa terre natale qu’elle a toujours refusé de quitter. 


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