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Fayçal Loudjani. Expert en environnement  : La collecte et le recyclage des piles sont inexistants en Algérie»

12 mars 2020 à 9 h 40 min

-Quels sont les différents types de piles et batteries ?

En fait, ces équipements sont souvent désignés par le terme «piles et accumulateurs» (PA). A défaut d’une législation algérienne du secteur, nous citerons la réglementation européenne qui définit trois types de piles et accumulateurs :

PA portable : couvre les piles, pile bouton, assemblage en batterie ou accumulateur qui est scellé et susceptible d’être porté à la main à l’exclusion des piles et accumulateurs industriels et automobile ;

PA automobile : est considéré comme pile ou accumulateur automobile toute pile ou accumulateur destiné à alimenter un système de démarrage, d’éclairage ou d’allumage automobile ;

PA industriel : est considéré comme pile ou accumulateur industriel toute pile ou accumulateur conçu à des fins exclusivement industrielles ou professionnelles ou utilisé dans tout type de véhicule électrique.

-Quels sont les chiffres liés à la consommation des piles et accumulateurs en Algérie ? 

Les Algériens utilisent annuellement entre 500 à 600 millions de piles portables, soit 12 à 14 unités par habitant. A titre indicatif, les Suisses utilisent 120 millions de piles portables par année, soit 14 unités par habitant et les Français 1405 millions de piles portables en 2018, soit 18 unités par habitant. Le taux de collecte des piles portables atteint 68% en Suisse, 46% en France contre pratiquement 0% en Algérie.

Ce sont donc 11 100 à 13 320 tonnes de piles que les Algériens utilisent chaque année et qui finissent dans la nature et les décharges, à défaut de programme national de collecte, recyclage et/ou élimination.

Cette masse de déchets spéciaux, évacués chaque année vers la nature, correspond à au moins 3441 tonnes de black-mass, qui est la poudre issue du broyage contenant la matière active (31%), 2442 tonnes d’acier (22%), 2109 tonnes de papiers/plastiques (19%), 1221 tonnes de nickel (11%), 444 tonnes de plomb, cobalt, aluminium, cuivre, argent, métaux ferreux, cadmium, zinc… (4%).

S’agissant des batteries automobiles, le marché mondial annuel est estimé à 250 millions de batteries, dont 9 millions en France. Les besoins de l’Algérie sont de l’ordre de 3 à 4 millions d’unités par année.

Quatorze fabricants couvrent 80% de la demande nationale et l’importation complète les 20% restants. L’agence nationale des déchets (AND) estime la quantité de batteries usagées générées en 2018 à 62 467 tonnes. 71% de ces batteries proviendraient des véhicules de tourisme et 26% des camions et camionnettes.

Par précaution et en prenant 16,5 kg, comme poids moyen d’une batterie, ceci représente 49 500 tonnes de batteries au plomb généré par le secteur des transports routiers en 2019. Tout en signalant que la durée de vie d’une batterie peut dépasser une année, ceci correspond à des rejets de :

– 18 375 tonnes de sulfate de plomb (24,5 %)
– 12 000 tonnes d’oxyde de plomb (16 %)
– 15 750 tonnes d’alliage de plomb (21%)
– 18 000 tonnes de solution d’acide sulfurique (24 %)
– 5775 tonnes de polypropylène (7,7 %)
– 2850 tonnes de PVC (3,8 %)

Si le taux de collecte des batteries automobiles atteint 97% aux Etats-Unis et 85% en France, il est totalement inconnu pour l’Algérie en l’absence de statistiques officielles. L’informel et le formel se partagent la collecte d’une partie des batteries usagées en Algérie et c’est surtout l’informel qui domine l’activité, loin des regards de l’administration.

-Que prévoit la réglementation algérienne pour les piles et accumulateurs ?

Piles et accumulateurs sont couverts et cités par le décret exécutif n°06-104 du 28 février 2006 fixant la nomenclature des déchets, y compris les déchets spéciaux dangereux. Ils sont affectées du critère de dangerosité «toxique vis-à-vis de la reproduction et dangereux pour l’environnement» et classés comme déchets Spéciaux dangereux (SD). La loi 01-19, du 12/12/2001, relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets, traite les piles et accumulateurs (Déchets spéciaux) dans ces Titres 2 et 6, 7 et 9. Les peines prévues vont de 6 mois à 8 années d’emprisonnement et les amendes, de 400 000,00 DA à 5 000 000,00 DA.

-Y a-t-il des initiatives de recyclage des piles et accumulateurs en Algérie ?

Pour les piles, aucune initiative officielle et sérieuse n’est à ce jour connue en l’Algérie. Les seules initiatives concernent les batteries au plomb. Durant les dix dernières années, certains collecteurs, souvent informels, vidaient les batteries dans des conditions inconnues (dans la nature ?) et livraient des batteries «sèches» à des recycleurs, souvent sans être inquiétés.

Bizarrement, bien que l’exportation des «déchets et débris de plomb et des batteries usagées» soit interdite par l’Article 84 de la loi de finances complémentaire de 2010 et ré-interdite par l’article 75 de loi de finances complémentaire de 2014 (toujours en vigueur), des opérateurs arrivent, sans problème, à contourner la loi, en exportant de l’oxyde de plomb et du sulfate de plomb (35 à 45% du poids de la batterie), sous l’appellation de «boues d’accumulateurs», sous le nez de nos services douaniers, qui n’y voient que du feu… sinon, pourquoi laisserait-ils passer du plomb alors qu’ils savent qu’il est interdit d’exportation ?

Depuis 1995, nombreux sont les scandales de trafic de métaux ferreux et non ferreux aux frontières du pays, qui ont dévoilé système de fausses déclarations et de sous-évaluations de poids, ayant coûté au pays près de 300 millions de dollars, transférés à l’étranger et jamais rapatriés. Il existerait même des réseaux de contrebande qui exportent le plomb et d’autres métaux non ferreux à travers les frontières terrestres du pays.

Les services de la Gendarmerie nationale sont d’ailleurs intervenus à mainte reprises et ont saisi des cargaisons prêtes à l’expédition. Des recycleurs sérieux et professionnels se sont récemment installés en Algérie, mais un cadre réglementaire plus rigoureux devra suivre, en vue de garantir des conditions de collecte et de transport, sécurisées, excluant toute possibilité d’évasion du plomb et d’évacuation des fractions liquides (électrolytes), dans la nature avant arrivée en usine. Si la collecte et le recyclage des piles sont inexistants en Algérie, ils sont anarchiquement présents, pour les batteries automobiles.

Malheureusement, l’absence de cadre institutionnel et réglementaire opérationnels a ouvert la voie à des dérives mafieuses, provoquant des évasions fiscales, des contaminations graves de l’environnement (électrolytes acides) et des risques de fermeture d’usines et de pertes d’emplois. Le système de collecte et recyclage des batteries automobiles en Algérie n’a parfois rien à envier à celui de certaines républiques bananeraies.

-Comment organiser le recyclage des piles et accumulateurs en Algérie ?

73% des composants des piles et jusqu’à 97% de ceux des accumulateurs peuvent être récupérés et recyclés vers différentes filières. En Chine, le recyclage des piles et accumulateurs est déclaré «priorité nationale». Aux Etats-Unis d’Amérique, un système de consigne garantit le retour des déchets d’accumulateurs automobiles. Ce système devrait débarquer en France d’ici 2025. Pourvu qu’il y ait une volonté des pouvoirs publics, l’Algérie n’aura rien à inventer. Il suffira d’adapter des systèmes en vigueur dans d’autres pays au cas algérien. Nous pensons que l’Algérie devra, dans un premier temps, réglementer le secteur des piles et accumulateurs d’une façon générale, pour couvrir tous les équipements de ce type.

Une organisation et un programme de collecte des piles et accumulateurs usagés devraient être mis en place, identifiant les intervenants et impliquant obligatoirement les fabricants, importateurs et distributeurs. Pourquoi pas un système de consigne pour les batteries automobiles ? L’utilisateur devra restituer la batterie usagée au point de vente pour récupérer le montant de la consigne. Le réseau de collecte balaiera les points de vente pour récupérer les batteries usagées. La mise en place d’un système national de collecte et recyclage des piles et accumulateurs devrait être une urgence incontournable pour les services du ministère de l’Environnement et des énergies renouvelables.

Outre son intérêt environnemental et sanitaire, cette initiative générera des milliers d’emplois à travers le territoire national, d’où la possibilité d’y associer les deux nouveaux ministères délégués, chargés des incubateurs et des start-up. Nous avons travaillé longuement sur ce sujet et sommes disposés à soumettre des propositions concrètes et opérationnelles, pourvu que l’on veuille nous écouter.

 

Entretien réalisé par : M-F. Gaidi


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