Envahissement des goélands : La saleté fait rage | El Watan
toggle menu
samedi, 08 août, 2020
  • thumbnail of elwatan08082020




Envahissement des goélands : La saleté fait rage

02 juillet 2020 à 9 h 30 min

L’envahissement de la ville par quelques animaux sauvages est un phénomène assez ancien. Pour ce qui est des oiseaux, rares sont les espèces qui peuvent s’adapter au milieu urbain pur. Le goéland est l’une de ces exceptions. Les toits plats en ville sont favorables à leur nidification et les restes de nourriture et les ordures sont pour eux une source importante de nourriture facilement accessible. Zoom sur cette espèce bio-indicatrice, qui nous renseigne sur l’état de notre environnement.

Si habituellement, les mouettes et goélands survolent la plage et créent une ambiance de détente sur le littoral, leur invasion dans les villes soulève de nombreuses questions. Très opportunistes, ces oiseaux se sont parfaitement adaptés à la ville qui leur fournit le gîte et le couvert.

L’absence de prédateurs ainsi que la proximité de nourriture sont autant de facteurs qui incitent le goéland à s’installer en ville. S’il a naturellement sa place dans notre environnement, l’objectif est néanmoins d’éviter la prolifération en milieu urbain, réduisant ainsi les nuisances et dégâts occasionnées. Alors qu’il serait plus «normal» de croiser ces oiseaux de mer sur les falaises côtières et les îles où ils sont «sensés» se reproduire, leur présence est de plus en plus remarquée en ville.

Selon le Professeur Riadh Moulai, directeur du laboratoire de zoologie appliquée et d’écophysiologie animale à la faculté des sciences de la nature et de la vie à l’université de Béjaïa, c’est un phénomène ancien. Il explique que depuis quelques années, ces oiseaux sont beaucoup plus présents en ville, notamment à partir du printemps.

La raison : «Les Goélands utilisent de plus en plus les bâtiments en milieu urbain pour se reproduire, établir leurs nids, couver des œufs et élever leurs poussins.» Pour lui, ce phénomène est une adaptation de l’espèce à un nouvel habitat dominé par l’homme.

Et le confinement observé depuis la première quinzaine de mars serait tombé à pic pour cette espèce, car il correspond au début de la période de reproduction de cet oiseau. «Le goéland a bien profité de la moindre activité des hommes en ville pour construire plus de nids à Alger et étendre son envahissement. A la faveur du confinement, les terrasses de certains bâtiments, notamment administratifs (écoles, ministères, sièges de société…) sont moins visitées ou carrément désertées, ce qui a permis au goéland d’envahir l’espace», précise-t-il.

L’homme, responsable

M. Moulai pointe du doigt le comportement de l’homme qui est indirectement responsable de cette colonisation de l’espace urbain par les goélands. Cet oiseau a connu ces dernières années, selon le spécialiste, un boom démographique en Méditerranée, y compris en l’Algérie. Le principal facteur de cette démographie galopante, précise le spécialiste, est la capacité de l’espèce de profiter des ressources alimentaires mises à disposition par l’homme.

Etant un animal omnivore naturellement, le goéland profite donc des grandes quantités de nourriture disponibles dans les décharges non contrôlées. «En Algérie, le principal facteur d’augmentation du nombre de ces oiseaux reste la prolifération des décharges à ciel ouvert.

Cette surabondance a fait que les sites naturels de reproduction de l’espèce en milieu naturel, sur les falaises et les îles, ont vite été saturées», explique M. Moulai.

Par la suite, ce sont les capacités d’adaptation des goéland qui lui ont permis de s’installer hors son milieu naturel en cherchant des lieux de nidification alternative, d’où l’occupation des terrasses des bâtiments en zone urbaine, d’abord dans les villes côtières, puis dans les cités, plus à l’intérieur, comme Tizi Ouzou. Cette situation «créée» par l’homme a donc favorisé la survie des jeunes goélands et aider à améliorer le succès de reproduction des couples de goélands, d’où cette augmentation des effectifs.

Une espèce bio-indicatrice

Par ailleurs, pour M. Moulai, cette invasion de goélands dans nos villes nous renseigne sur l’état de santé de notre environnement, le goéland leucophée pouvant être considéré comme une espèce bio-indicatrice. De l’avis du spécialiste, la bio indication peut être soit bonne, soit mauvaise. En effet, la présence de certains animaux, comme les papillons, les libellules ou certaines espèces d’oiseaux indique que l’environnement est en bonne état de santé écologique.

Et inversement pour le goéland lorsqu’il est en sureffectif, peut indiquer que l’environnement est dégradé. Il explique : «Dans le cas de la ville d’Alger, la distribution des couples nicheurs de goélands dépendent apparemment de deux principaux facteurs : la disponibilité de sites de nidification favorables et la présence de ressources alimentaires régulières et accessibles.

Ces ressources, à Alger, sont représentées essentiellement par les décharges sauvages disséminées ça et là dans les quartiers de la capitale.» En d’autres termes, M. Moulai assure que la présence, en grand nombre, de ces oiseaux en ville indique que nous gérons mal nos déchets.

De 3 à 500 en 20 ans !

En termes de chiffres, M. Moulai précise qu’une étude effectuée en 2018, menée par Mme Derradji Nawel, indique que la ville d’Alger accueille potentiellement plus de 500 couples de goélands, un chiffre important comparé à d’autres villes en Méditerranée ou en Algérie. «Durant l’année 2001, 3 couples seulement ont été notés à Hydra, El Biar et El Harrach. Actuellement, 12 des 13 daïras sont concernées par la nidification urbaine des goélands», révèle-t-il. Ajoutant que la daïra de Dar El Beïda compte la présence la plus importante des couples nicheurs de goéland leucophée.

Elle est suivie des daïras d’Hussein Dey et de Sidi M’hamed. «On a constaté que les goélands sont plus nombreux dans les cités et les quartiers dont la gestion des déchets urbains est la moins adéquate, notamment dans les zones où les citoyens ne respectent pas les horaires de dépôt des ordures ménagères», confie-t-il.

D’ailleurs, le spécialiste se désole du fait que plusieurs secteurs de la ville sont caractérisés par des dépôts anarchiques de déchets et où les bacs à ordures sont quasiment absents. «On peut dire que la densité et la localisation des couples nicheurs suit le degré d’incivisme des citoyens et la mauvaise gestion de la collecte des déchets», affirme-t-il.

Conséquences

Pour ce qui est des conséquences de la présence des goélands, M. Moulai révèle qu’elles sont multiples, certaines peuvent être tolérables par les citoyens, d’autres, avec l’augmentation prévisible de ces oiseaux, peuvent causer des situations conflictuels. D’ailleurs, selon une étude menée par la doctorante Nawel Derradji, auprès des habitants de la ville d’Alger, le bruit est la principale gêne rapportée par toute personne questionnée, notamment à partir du mois de mars, période correspondant à l’installation des couples. Vient ensuite le comportement agressif envers les personnes, empêchant l’accès aux terrasses des immeubles.

Ce comportement, révèle l’étude, est noté surtout entre avril et juin, mais assez accentué durant ce dernier mois, période correspondant à la fin du nourrissage et à l’envol des jeunes. Par ailleurs, la moitié des personnes questionnées dans le cadre de cette étude, a relaté des cas de prédation à l’encontre des pigeons domestiques et dans une moindre mesure vis-à-vis des martinets pâles (un oiseau qui ressemble aux hirondelles).

Le problème des déjections et des régurgitations récurrentes sur les terrasses et la dégradation des toitures ont été rapportés par une seule personne propriétaire d’une villa à terrasse abritant la famille du colocataire avien. Un seul citoyen a témoigné de son inquiétude envers l’installation d’un couple sur sa terrasse n’hésitant pas à s’abreuver dans sa citerne d’eau, représentant ainsi un vecteur épidémiologique potentiel.

Stop

Pour mettre un terme à ce phénomène, M. Moulai assure que dans l’état actuel de la situation et des moyens disponibles, la meilleure solution reste la maîtrise de la gestion des déchets urbains au niveau des cités et quartiers, en premier lieu par les habitants et en deuxième lieu par les municipalités qui devront mieux organiser et mettre plus de moyens dans la collecte des déchets.

Le cas échéant, le spécialiste craint que le nombre de goélands ne s’accroisse et les nuisances vont augmenter. «Il est certain que la demande d’une limitation de ces nuisances va être faite par les citoyens auprès des municipalités», assure-t-il.

Sofia Ouahib

[email protected]



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!