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Energies renouvelables : Pourquoi ça bloque ?

24 octobre 2019 à 10 h 01 min

La 10e édition du Salon international des énergies renouvelables, des énergies propres et du développement durable (ERA-2019), qui s’est tenue durant trois jours au Centre des conventions Mohamed Benahmed  à Oran, s’est clôturée hier.

Cette édition a réuni une soixantaine d’exposants, à l’instar des groupes Sonelgaz et Sonatrach, ainsi que des offices et sociétés de gestion des ressources en eau, des micro-entreprises, des universités et centres de recherche spécialisés. Alors que les promesses fusent de toute part, l’exploitation reste minime. Etat des lieux sur ce secteur d’avenir.

La société nationale Sonelgaz table, à court terme, sur une production renouvelable de 200 GWh en moyenne par an à partir du photovoltaïque en hybridation, ce qui permettra d’économiser 60 000 t de gasoil et d’épargner 180 000 t de dioxyde de carbone (CO2)», c’est ce qu’a déclaré Chaher Boulakhras, PDG de Sonelgaz, dans un discours inaugurant la 10e édition du Salon international des énergies renouvelables (ERA-2019). Ce dernier a insisté sur la mise en place d’une vision claire sur «comment produire et comment consommer l’énergie».

Une stratégie qui entend diversifier les sources d’énergie pour sortir du tout conventionnel et aller vers l’intensification du recours aux ENR, d’un côté et d’un autre rationaliser l’utilisation de l’énergie et mettre fin au gaspillage qui caractérise la consommation aussi bien industrielle que domestique. Une nouvelle promesse qui vient s’ajouter aux précédentes.

En effet, il y a quelques jours, M. Boulakhras a indiqué, à Cape Town, en Afrique du Sud, que «l’Algérie s’attelle à investir davantage dans les énergies renouvelables pour mieux préparer sa transition énergétique et s’affranchir progressivement, à moyen et long termes, des hydrocarbures». Sources inépuisables, faibles émettrices de gaz à effet de serre et pas très coûteuses, les énergies renouvelables représentent assurément l’avenir. Pourtant, l’intérêt pour ce type d’énergie reste encore faible en Algérie, dont l’une de ses vulnérabilités reste sa très forte dépendance aux exportations des hydrocarbures. Mais pourquoi n’a-t-on pas valorisé ce secteur ?

Illusion

«Il est vrai qu’en 2011, on nous a donné l’illusion que la priorité nationale était accordée aux énergies renouvelables. Cette stratégie s’est perpétuée avec une révision du programme initial pour le porter au double, mais en le dépossédant de son atout majeur : le solaire thermique. Cette illusion a servi à tromper la COP 21 en signant les engagements», explique Tewfik Hasni, consultant en transition énergétique. Cela était sans compter sur les mesures dilatoires du genre : les énergies renouvelables sont trop chères et particulièrement le solaire thermique (CSP), la sécurité énergétique ne peut être assurée que par le gaz ou encore, il faut une industrie du solaire au préalable.

Pour Zoheïr Ould Lahoucine, consultant en énergies renouvelables, la responsabilité incombe à la partie détentrice de l’exploitation énergétique qui reste perplexe quant à l’éventualité de s’ouvrir et ouvrir son secteur à d’autres sources énergétiques comme les énergies renouvelables. «Il faut signaler qu’en Algérie, si un citoyen voudrait installer un générateur photovoltaïque dans sa maison, en aucun cas il a le droit de faire une dérivation vers la ligne électrifiée (ce que nous appelons un système hybride générateur photovoltaïque et réseau électrique)», ajoute-t-il. De son côté, Fares Kessasra estime que l’Algérie avait tout simplement d’autres priorités, et «voit son avenir dans son gaz et son pétrole. N’avions-nous pas tenté d’exploiter le gaz de schistes en 2015 ?», s’interroge-t-il.

Retard

Selon lui, ce retard pris en la matière a eu des répercussions sur le décollage de secteurs innovateurs. Le spécialiste explique que désormais dans les laboratoires américains, on pense réellement à inventer l’économie de demain basée non pas sur des usines de montage et de production mais sur des labos productifs de nanotechnologies, neurosciences et robotiques. «L’économie mondiale de demain inclura les énergies renouvelables optimisatrices de coûts et boostrices de revenue», ajoute-t-il.

Pour sa part, Samir Grimes, expert international en environnement et en changements climatiques, explique que malgré le fait que de nombreuses dispositions législatives et réglementaires ont été prises pour promouvoir la production et l’utilisation des énergies renouvelables, notamment la loi n° 04-09 du 14 août 2004 relative à la promotion des énergies renouvelables dans le cadre du développement durable ainsi que les dispositions relatives au Programme national de maîtrise de l’énergie (PNME), au Fonds national pour la maîtrise de l’énergie, au Fonds national pour les énergies renouvelables et la cogénération (FNERC) ainsi que les dispositions relatives aux primes au titre des coûts de diversification de la production d’électricité produite à partir du solaire photovoltaïque et thermique, l’éolien, la géothermie, la valorisation des déchets, la petite génération hydraulique et de la biomasse, «mais malheureusement, tout ce cadre n’ pas à ce jour produit les résultats escomptés». Selon lui, la transition énergétique doit être une émanation du secteur économique qui doit trouver un intérêt à long terme.

Urgence

Cependant, pouvoir converger vers une nouvelle configuration énergétique impose d’abord des conditions qui doivent répondre favorablement aux fondements d’une telle transition, qui dans sa formation fait appel à beaucoup de facteurs qui sont à la fois structurels et culturels en même temps. Pour Souhil Meddah, expert financier, ces facteurs doivent impérativement être engagés par une politique publique flexible dans sa forme et constante dans son fonds. Ces derniers toucheront également les comportements de tous les agents économiques, opérateurs, producteurs, consommateurs ménages, etc. M. Meddah estime qu’il est aussi utile de rappeler que chaque transition engage des coûts et du temps pour sa concrétisation.

Pour ce qui est de la configuration réelle des choses, le plus urgent, selon lui, serait de faire valoir rapidement les capacités de notre modèle énergétique du présent et étudier les possibilités de comment pouvoir le recycler et le renforcer, tout en misant sur une bonne maîtrise de la consommation et de la capacité de captage pour soutenir l’investissement nécessaire à la sauvegarde d’une sécurité énergétique adaptée sur le court terme pour les besoins et les réserves et ensuite sur le moyen terme pour la transition. L’Etat n’est pas en reste dans tout cela. En effet, selon M. Grimes, l’Etat doit mettre en place les mécanismes opérationnels pour que les institutions publiques, les acteurs économiques, les collectivités locales et la société de manière générale à engager ce processus de transition, y compris sur le plan comportemental individuel et collectif.

Transition

Par ailleurs, il demeure évident que la réussite de ces projets est tributaire de la mobilisation de financements suffisants et d’investissements conséquents pour en assurer l’opérationnalité. Mais en vue de la crise économique qui frappe le pays, est-il encore temps de sauver le secteur ? Selon Souhil Meddah, la capacité de croissance dans le domaine de l’énergie se calcule sur différents réseaux, car en analysant les variabilités de la problématique, la transition intérieure a besoin d’être maîtrisée sur les coûts du détail et sur les effets d’un changement structurel par rapport à la tarification, la distribution ou le répondant du comportement individuel de chaque agent économique.

D’un autre côté, les facteurs extérieurs qui sont attachés à l’aspect commercial, comme les exportations, sont de leur part calculés sur un segment beaucoup plus large, comme celui des marchés internationaux ou des relations commerciales bilatérales, régionales ou supranationales. «Mais dans les deux cas, le seul dénominateur commun restant c’est l’investissement qui demeure nécessaire pour répondre à une bonne partie des besoins, même en forçant le dogme du non endettement, pour ouvrir et élargir d’autre formes des financement extérieurs», affirme-t-il.

Technologie

En termes d’avancés technologiques nécessaires au développement du secteur des énergies renouvelables, Samir Grimes explique que le succès de cette transition énergétique dépendra également des solutions technologiques qui doivent être apportés par le secteur de la recherche et le développement, mais également par le monde de l’entreprise. «Le partenariat technique, technologique et industriel est dispensable à cette équation. Les énergies renouvelables sont un secteur par excellence d’innovation technologique ; la preuve, les coûts de production

ont été sensiblement diminués au cours de 10 dernières années», conclut-il. En contrepartie, le développement du secteur des énergies renouvelables va certainement contribuer à la sécurité énergétique du pays. «C’est également un secteur qui s’appuie sur un réseau de sous-traitance dense», avoue Samir Grimes. Autrement dit, il peut permettre l’émergence de ce type de réseau en s’appuyant sur celui déjà existant et en l’adaptant aux besoins de ce type de technologie. «Génératrices d’emplois et de créativité, les énergies renouvelables s’appuient partout sur des start-ups capables de s’adapter aux besoins du marché», confie-t-il. Fares Kessasra ne manque pas de souligner que les énergies renouvelables ne se limitent pas au solaire.

Ce dernier préconise de développer le solaire qui peine à émerger. A cet effet, Zoheir Ould Lahoucine propose d’introduire le photovoltaïque dans les ménages à travers un système de bonification et ce grâce à l’installation d’un générateur photovoltaïque dans une maison. Selon lui, ce système hybride offre plusieurs avantages, tant aux fournisseurs qu’aux consommateurs, à savoir que le surplus injecté dans le réseau électrique augmente la capacité énergétique de ce dernier. Aussi, le consommateur pourrait récupérer son investissement à travers le système de bonification.

Autonomie

Par ailleurs, toujours selon M. Ould Lahoucine, encourager l’usage du photovoltaïque dans les régions rurales (les exploitations agricoles, notamment le pompage photovoltaïque et l’éclairage photovoltaïque) aide l’Etat à diminuer les coûts très élevés de l’électrification des régions isolées. A en croire l’analyse de ce dernier, l’Algérie pourrait accéder à l’autonomie énergétique grâce au photovoltaïque. «Le pays dispose d’un énorme potentiel du silicium (qui est la base de la réalisation des cellules photovoltaïque) en plus des compétences qui maîtrisent la technologie de réalisation des cellules photovoltaïques», explique-t-il.

Fares Kessasra expose également l’idée de mettre en place un parc éolien dans les régions venteuses du pays, comme Oran, Aïn Témouchent, Ténès, Béjaïa, Jijel, ect. «L’énergie éolienne est moins polluante que l’énergie solaire, car cette dernière puise dans les réserves en eau surtout dans le désert», explique-t-il. A titre d’exemple, le Maroc et la Tunisie ont mis en place des éoliennes dans le Nord qui produisent entre 5 à 10% de l’électricité du pays.

Certes, la production est limitée, mais cela peut constituer un levier à développer. Et le partenariat s’impose, car en dehors de la frilosité que l’Algérie éprouve quand on parle d’étranger, des partenaires étrangers et un besoin d’expertise sont essentiels à l’optimisation des dépenses associées.

Et, cerise sur le gâteau, le développement des énergies renouvelables va «permettre à l’Algérie d’honorer ses engagements internationaux», assure Samir Grimes, notamment dans le cadre de l’Accord de Paris sur le Climat pour sa composante atténuation des émissions de Gaz à effet de serre (GES).  En effet, le changement climatique doit être appréhendé comme un véritable défi pour l’Algérie. Pour Samir Grimes, une prise de conscience sérieuse doit s’opérer à tous les niveaux : politique, social et économique. «Tous les acteurs sont concernés et aucun secteur ne doit faire l’économie du risque climatique dans ses processus de planification, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques publiques», explique-t-il.

Pour lui, le succès de la transition et de la diversification économique du pays dépend des conditions mises en place et des mesures prises pour réussir la transition énergétique et environnementale du pays, qui, elles, sont intimement liées à la question du climat. «L’Algérie, qui est un pays très vulnérable aux changements climatiques : sécheresses récurrentes, fréquence des inondations ‘‘hors saisons’’ et s’étendant su tout le territoire national, y compris dans les wilayas du Sud, glissement des étages bioclimatiques avec des implications directes sur l’économie agricole du pays, doit engager un véritable plan d’urgence, en priorité dans le domaine de l’adaptation», conclut-il.  


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