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Dr Rachid Rida Triki-Yamani. Professeur ISV-Blida : Il est impensable de ne pas associer le vétérinaire à l’Agence nationale de la sécurité sanitaire»

18 juin 2020 à 9 h 31 min

-Les Algériens se préparent pour le déconfinement, les parcs d’attraction et les jardins publics sont les endroits les plus ciblés dans ce genre de situation. Comment doit-on se préparer pour éviter d’éventuelles nouvelles crises sanitaires, notamment les zoonoses ?

Pourquoi laisserait-on les gens évoluer sur des sites publics et laisser fermer les jardins et parcs d’attraction ? Il suffit de gérer les flux et assurer la distanciation sociale. Ce sont des sites ouverts au même titre que les lieux de forte concentration (marché, grande surface). A la lumière des connaissances scientifiques disponibles, il n’existe aucune preuve que les animaux de compagnie et d’élevage jouent un rôle dans la propagation du virus. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) «la propagation actuelle du Covid-19 est le résultat d’une transmission d’homme à homme. Jusqu’à preuve du contraire, il n’est donc pas justifié de prendre des mesures à l’encontre des animaux qui pourraient compromettre leur bien-être».

De plus, les experts estiment que, dans le contexte actuel et au vu des informations disponibles publiées, le passage du virus de l’être humain vers une autre espèce animale semble peu probable. Le comportement à l’égard de son animal de compagnie n’a donc pas de raison de changer, mais on pourra toujours conseiller des mesures de bon sens, utiles pour éviter les zoonoses habituelles (hydatidose, rage, leishmaniose, etc.) : se laver fréquemment les mains lorsqu’on s’occupe de l’animal (litière, promenade, alimentation, etc.).

Pour doubler de sécurité, dans ces lieux de forte densité, il faudra éviter la contamination passive, en considérant que l’animal et son pelage sont un «support» au même titre que des supports inertes (poignées de porte, cartons, manèges, etc.) du fait de la survie possible du virus en dehors de son hôte. Au risque de me répéter, la distanciation sociale (1,5 – 2m) et l’adoption des mesures d’hygiène (lavage des mains au savon, s’abstenir de se toucher le visage) sont d’une importance cruciale.

-En raison de la crise sanitaire mondiale (Covid-19), peut-on s’attendre à des éventuels changements dans le suivi sanitaire des animaux en captivité ? Si oui, sur quel volet ?

Les parcs zoologiques, qui ont une double vocation, conserver les animaux sauvages dans leur milieu naturel et préserver les espèces en voie de disparition et, offrir un moment de détente et de découverte pour le public. Les animaux des parcs zoologiques n’ont que très peu de contacts avec l’homme, et ne rentrent pas dans la chaîne de consommation alimentaire, ce qui diminue d’autant le risque d’une circulation hypothétique du virus. Mais, on ne devrait pas «baisser la garde» quand on sait qu’à titre exceptionnel, 3 tigres et 1 lion dans un zoo new-Yorkais se sont avérés séropositifs. Mais les soins prodigués par les vétérinaires, les ont tirés d’affaires

-Les mesures de distanciation entre les animaux des parcs zoologiques et les visiteurs ont été appliquées pour des raisons sécuritaires, mais les barrières peuvent-elles protéger ces visiteurs en cas de maladies contagieuses de l’animal et vice-versa ?

Depuis 2008, des scientifiques indiquent que 72% des zoonoses (maladies communes à l’homme et aux animaux) proviendraient des animaux sauvages. En revanche, certains épidémiologistes , déplorent l’intrusion de l’Homme dans la vie des animaux sauvages :»quand le milieu des animaux sauvages n’est pas détruit, contaminé ou modifié, ils résistent aux germes».Selon la dernière édition de la Liste rouge mondiale, 28.338 espèces (25%) sont classées menacées, sur 105.732 espèces étudiées. Elles sont rangées en plusieurs catégories :
– Espéces éteintes, éteintes à l’état sauvage, en danger critique, en danger ou vulnérables.

Si l’objectif affirmé d’un parc animalier est celui de la protection animale, alors la réintroduction d’une espèce, dans un habitat sûr, devrait normalement être leur but ultime. Jamais l’homme ne pourra être l’éducateur d’un animal sauvage ». Il faudrait plutôt travailler en amont sur le comportement et l’éducation des gens pour qu’il n’y ait jamais besoin d’enfermer des animaux pour le plaisir du public». C’est cette promiscuité qui est la principale cause des maladies et, de surcroit des zoonoses.

-Le nom du Président de l’agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS) vient être dévoilé en la personne du professeur Senhadji. Comment voyez-vous le rôle de cette agence ? A l’ère des multiples menaces de zoonoses, quelle place pour la médecine vétérinaire au sein de cette structure ?

D’abord, on ne peut que se féliciter de la nomination du Pr. Senhadji à la tête de l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Notre confrère n’est plus à présenter, tant il a brillé dans la scène internationale par ses recherches, ses articles scientifiques et ses conférences.
Cette initiative fort louable ne peut que rehausser le statut de l’Algérie, au titre de nation du progrès.

Cependant, un bémol est à souligner. Devant relever tous les défis sanitaires, entre autres les zoonoses (c’est-à-dire les maladies transmises de l’animal à l’homme et vice versa), il est impensable de pas associer le vétérinaire à cette agence. Faut-il le rappeler que le vétérinaire est animé par une trilogie : il est un pathologiste (soigne les animaux), un hygiéniste (protège la santé publique) mais aussi un économiste (rentabilise les productions animales).

Le vétérinaire assure la bonne santé et le bien-être des animaux, il inspecte les denrées animales et d’origine animales aux abattoirs et autres postes frontières (maritime, terrestre et aérienne) et, il est le garant de l’innocuité des produits comestibles pour les hommes et les animaux. Pour les produits de la thérapeutique et de la prévention, il doit s’assurer de leur usage raisonné, sous peine d’intoxiquer le consommateur (résidus chimiques) et de polluer l’environnement. Ainsi, le vétérinaire participe non seulement à protéger l’homme mais aussi, à sauvegarder son environnement. « Si le médecin soigne l’homme, le vétérinaire, soigne l’humanité » disait Pavlov.

La contribution du vétérinaire peut être classée comme un auxiliaire de santé, un agent scientifique et technique… un bénévole. A titre d’exemple, récemment en Europe, des vétérinaires ont cédé aux établissements de santé une partie de leur matériel destiné aux animaux mais utilisable en médecine humaine. Ils ont mis à disposition leurs laboratoires d’analyses pour réaliser des tests de diagnostic sérologique ou de dépistage du Covid-19(PCR) ainsi, que du petit matériel (masques, gants, surblouses) et, matériel d’anesthésie et de réanimation (respirateurs artificiels).

Nous vivons une période sans précédent dans l’histoire de notre pays, en raison des diverses menaces posées par la COVID-19. Bien que ce soit la fin d’un monde, ce n’est pas la fin du monde. L’Algérie doit changer. Nous devons apprendre à vivre raisonnablement en communauté, en complémentarité, en bonne intelligence et dans le respect des compétences de tout un chacun.

 

Bio-express

Pr. Triki-Yamani Rachid Rida est Consultant-expert vétérinaire. Ses premiers pas dans le monde des sciences vétérinaires remontent à 1974 à l’Ecole nationale vétérinaire(ENV) d’Alger d’où il obtient le diplôme de Docteur en médecine vétérinaire en 1980. Pr. Triki-Yamani occupe le poste de directeur de l’ENV d’Alger (1988-1990) après un long parcours jalonné de succès : ( Diplôme d’études approfondies (D.E.A, ENSAT-Toulouse-1982), Maîtrise Es-Sciences vétérinaires (ENV-Toulouse-1983), Doctorat de 3e Cycle en parasitologie (ENSAT-Toulouse-1984) , C.E.S) en Parasitologie & Mycologie humaine (CHU-Purpan-Toulouse-1983), Concours de Maître-assistant des ENV de France (ENV-Toulouse-1984). Ce membre fondateur de la Société algérienne de médecine Vétérinaire, (1986-1994), unique société scientifique vétérinaire en Algérie a obtenu le 1er prix de la recherche vétérinaire (FOREM) en 1989. Il a été également lauréat du prix Maghrébin Vétérinaire de la recherche (2010).



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