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Dina Abdul Hamid, qui fut Reine de Jordanie de 1955 à 1957 : La souveraine qui aimait l’Algérie

25 août 2019 à 8 h 53 min

Dina Abdul Hamid, qui fut reine de Jordanie de 1955 à 1957 et première épouse du roi Hussein, décédé en 2002, vient de mourir à l’âge de 90 ans.

C’est le cabinet royal jordanien qui l’a annoncé mercredi dernier l Son nom est lié à la 1re opération de livraison d’armes aux moudjahidine durant la guerre de libération. Et le projet d’un film algérien sur cette histoire extraordinaire végète au ministère de la Culture depuis près de deux ans.

Cousine du roi Farouk, Dina Abdul Hamid était d’origine égyptienne et diplômée de Cambridge, en Grande- Bretagne. C’est dans cette prestigieuse école anglaise qu’elle a rencontré le prince Hussein, futur roi de la monarchie hachémite. La princesse a, par la suite, enseigné la littérature anglaise à l’université du Caire.

Mais la reine Dina, n’est pas une inconnue pour les Algériens. Son nom est étroitement associé à la toute première opération de livraison d’armes à destination des maquis algériens, en mars 1955, soit à peine 5 mois après le déclenchement de la guerre de libération. La reine était, en effet, la propriétaire du yacht Fakhr el Bihâr, cadeau de mariage du roi Hussein, qui a été utilisé pour ce premier convoyage d’armes. Partie d’Alexandrie, en Egypte, le 28 février 1955, l’expédition, qui devait durer 7 jours, en mettra 32, avant d’atteindre sa destination, la plage du petit village de pêcheurs de Ras El Ma, près de la ville de Nador, sur la côte méditerranéenne marocaine, à 20km de l’Algérie.

Une expédition hors norme, décidée d’un commun accord entre Ben Bella et l’émir Abdelkrim, le chef de la résistance marocaine dans ce qui était la première grande opération conjointe entre les deux pays frères, engagés dans la lutte contre la colonisation française et espagnole.

La participation du yacht de la reine Dina, n’était pourtant pas un engagement politique au départ de la reine pour la cause algérienne. Au fait, elle n’a su que son bateau avait réalisé cette opération que bien plus tard. Utilisée par un de ses oncles, armateur égyptien, pour le cabotage dans les ports de la Méditerranée et de la mer Rouge, Fakhr El Bihar avait été choisi par les Algériens et les Marocains du Bureau du Maghreb du Caire et par les services égyptiens du fait de son petit gabarit. Amarré très souvent à Tripoli, le yacht convenait parfaitement à cette opération. Il fut donc décidé de le «réquisitionner» au nom de la Révolution algérienne. Les services égyptiens fourniront la logistique, les Algériens les hommes.

Le 15 janvier 1955, à Tripoli, en Libye, en pleine nuit, un commando de fedayins armés, à la tête duquel se trouvait Ben Bella en personne, prend discrètement d’assaut le petit yacht amarré dans le port. L’équipage et le commandant du navire, Milan Bacic dit «Jean», ancien pilote de chasse Yougoslave durant la 2e Guerre mondiale, sont «priés» de prendre la mer en direction de l’Egypte. La suite est relatée par le très bon documentaire du réalisateur Abderrahmane Hayane, L’Odyssée du Dina, diffusé sur les chaînes de l’ENTV en 2016. Le yacht est rebaptisé Dina par Ben Bella, en hommage à la reine.

Puis, mené par une poignée de militants-étudiants algériens commandés par Nadir Bouzar, un intellectuel nationaliste issu d’une grande famille de Miliana, et piloté par le commandant «Jean» le bateau appareil le 28 février 1955 d’Alexandrie. Il affrontera, pendant 32 jours, les mers déchaînées, les tempêtes, les privations, les maladies à bord, les problèmes de moteurs et la chasse de la Marine française lancée à ses trousses. Il naviguera de port en port et de criques discrètes, entre la Libye, l’Italie et l’Espagne pour échapper à ses poursuivants. Nadir Bouzar accomplira tout de même l’exploit de mener à bon port les 23 tonnes de sa cargaisons d’armes et de munitions et sa petite troupe d’étudiants parmi lesquels se trouvait Mohamed Boukharouba, le futur Houari Boumediene. L’épilogue de cette Odyssée est pourtant épique.

Le yacht, en pleine nuit, est réduit en pièces, balayé par les flots et les rafales de pluie d’une tempête monstrueuse, puis échoue à 200 m du rivage et commence à couler. Les maquisards algériens et marocains embusqués et en attente sur la plage de Nador pour le décharger, plongent alors dans les eaux glacées et en pleine tempête et sortiront un à un les caisses d’armes, sous la ligne de flottaison du yacht en perdition. Les armes approvisionneront alors les premiers maquis de l’Ouest algérien. Ce sera, au fait, le tournant véritable de cette insurrection algérienne armée balbutiante qui prendra son envol grâce aux armes du Dina, notamment sur son flanc ouest, où Larbi BenM’hidi, patron de la Zone 5, recevra 6000 armes. Une partie de cet armement, le tiers de la cargaison, ira également à l’Armée de libération marocaine (ALM) en guerre dans les massifs du Rif contre la France et l’Espagne. Un formidable exemple de solidarité maghrébine.

Le Dina, en détresse et à moitié coulé, est arraisonné le lendemain par la Marine espagnole, qui arrête en même temps le commandant «Jean», son équipage et les 4 étudiants algériens à bord, dont Mohamed Boukharouba. Seul Nadir Bouzar est exfiltré par les moudjahidine et la résistance marocaine pour le préserver en tant qu’officier supérieur. Les prisonniers ne resterons que quelques jours dans l’enclave espagnole de Melilla, avant d’être libérés faute de charges contre eux, la cargaison n’ayant pas été, évidemment, retrouvée.

Seul le capitaine en seconde du navire, Ibrahim El Soudani, sera gardé par les autorités espagnoles comme «monnaie d’échange» pour rendre le bateau à son armateur, contre paiement d’amendes. Quant à la reine Dina, ayant eu vent que son yacht, cadeau de son époux le roi, avait été dérobé, mais ne sachant pas pourquoi ni comment, c’est Ahmed Ben Bella lui même qui lui fera part du destin de son navire. A la demande du futur chef de l’Etat algérien, la reine Dina le reçoit en juin 1955, à Madrid, où elle est de passage.

Il explique alors à la reine pourquoi avoir «kidnappé» son yacht et lui demande d’intervenir auprès du général Franco pour libérer le capitaine en second du Dina. La reine Dina, non seulement ne se fâchera pas de ce «prêt» de son navire, mais tombera littéralement amoureuse de la Révolution algérienne et remettra également un chèque de plusieurs centaines de milliers de dollars à Ben Bella pour aider la cause algérienne. La reine sollicitera quelques jours plus tard le dictateur espagnol de l’époque, qui acquiescera à sa demande. Ibrahim est alors libéré de Melilla et repartit aussitôt au Caire.

Cette épopée extraordinaire a été relatée par le livre le Dina, de Nadir Bouzar, paru aux éditions ENAG, et ayant fait l’objet d’un scénario d’un long métrage et d’un dossier de production montés par le réalisateur Abderrahmane Hayane, à la suite de son documentaire. Dans les tiroirs des ministères des Moudjahidine et de la Culture, ce projet n’a toujours pas vu le jour, malgré son incroyable intérêt historique. Mieux, le réalisateur avait, il y a plus d’un an, fait part à notre journal de tentatives d’expropriation de ses droits d’auteur sur ce projet par des sociétés de production algérienne et égyptienne, soutenues par le ministre de la Culture de l’époque, Azzedine Mihoubi.

La tentative avait fait long feu à l’époque, mais son projet, déposé au niveau de FDATIC, le Fonds d’aide à la production cinématographique, végète toujours la-bas depuis près de deux ans.

Brahim Sahli


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