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Journée d’étude sur l’anthropologie des pratiques langagières dans le contexte Maghrébin

Des recherches pour rétablir la linguistique dans le champ des sciences sociales

14 mars 2019 à 10 h 00 min

L’anthropologie des pratiques langagières dans le contexte maghrébin» est l’intitulé d’une journée d’étude organisée récemment au CEMA, à Oran. Cette manifestation entre dans le cadre global du cycle de conférences «Langues et sociétés au Maghreb».

Pour Karim Ouaras (université Oran 2/CEMA/Crasc), modérateur de la journée et coordinateur d’un ensemble de projets de recherche liés à cette thématique, le Maghreb constitue un continuum qui, dans ce domaine précis de la sociolinguistique, ne tient pas compte des frontières établies, ce qui ouvre beaucoup plus de perspectives de recherche et donc de pistes qui restent à explorer.

«Il y a beaucoup de travaux, notamment durant ces dernières années, autour des problématiques linguistiques, mais ces études sont en général séparées des autres champs des sciences sociales, de l’anthropologie, de la géographie, etc.», estime le chercheur, pour qui une langue, étant une pratique sociale,  ne saurait  se résumer à ses aspects normatifs. Son idée est que la langue est façonnée par la vie sociale avec laquelle elle interagit de manière continue.

Plus encore, «on s’exprime par le biais de la langue, du langage, mais aussi par les signes, c’est-à-dire les tatouages, les graffitis, etc., autant de stratégies langagières à interroger», ajoute-t-il pour expliquer le contexte de cette journée dont les interventions portent également sur les représentations culturelles et les croyances. De Tunisie, le professeur Mansour Ghaki, directeur de recherche à l’Institut national tunisien de patrimoine , propose un cas d’étude d’un conte d’Ath Mazreth : Les Sept filles et l’ogresse.

M. Ghaki considère par ailleurs que les parlers berbères de l’est du Maghreb n’ont pas eu la part qu’ils méritent en termes de recherche. Cette région du sud de la Tunisie est l’un des rares endroits du pays où le berbère est encore en usage. Le conte en lui-même, fantastique, car il intègre non pas seulement le concept de l’ogre, mais aussi celui d’un monde souterrain n’ayant pas beaucoup de rapports avec le monde «réel».

Au fil de l’histoire, ce sont les stratégies adoptées pour la survie et les moyens astucieux relevant de la ruse, mis en œuvre, qui sont remarquables, un trait commun aux représentations méditerranéennes, y compris chez Homère où la ruse était considéré comme un trait de caractère hautement positif. De l’Ecole normale supérieure d’Oran, Dr Kheira Yahiaoui a analysé les stratégies discursives des Algériens qui s’expriment dans les espaces numériques, pour analyser les processus de créativité et l’humour particulier mis en œuvre notamment dans les «tweets».

Les graffitis artistiques comme espace discursif de Nacer Hamdi de l’université Alger 2 ou la bande dessinée muette à laquelle s’est intéressé Fatmi Saad Edine de l’Ecole normale supérieure d’Oran répondent bien à cette nécessité d’interroger toutes les formes d’expression. Le rapport à l’espace, hormis la recherche de Reda Sbih de l’université de Bouira portant sur la Casbah, est pris en charge par Karim Ouaras qui a introduit le concept de mobilité sociale dans les pratiques langagières.

Son travail consiste à essayer de retracer l’histoire sociale du parler berbère d’une région de Kabylie (Ath Abbes) dans la ville d’Oran. Cette région du sud de la vallée de la Soummam a connu un mouvement de migration interne très important qui s’est amorcé vers 1871 au lendemain de l’insurrection d’El Mokrani et de Cheikh Aheddad pour échapper à la déportation vers les bagnes d’«outre-mer» et qui s’est amplifié plus tard durant la guerre de Libération.

Les habitants, «déracinés», un peu comme dans le film de Lamine Merbah pour le cas des habitants de l’Ouarsenis, ont vécu une mobilité interne quelque peu forcée vers plusieurs centres urbains à l’est comme à l’ouest du pays dont également Oran. «J’essaye d’interroger l’évolution sociale de cette langue depuis cette époque, une évolution sur trois à quatre générations», explique l’intervenant.

Karim Ouaras avance le concept de glissement linguistique pour expliquer comment d’une situation de monolinguisme berbère d’un parler propre à cette région de Kabylie, on passe dans un premier temps à un bilinguisme, pour ensuite retomber dans un monolinguisme lorsqu’au fil du temps, les locuteurs perdent les éléments fonctionnels de la langue d’origine, laquelle est remplacée par une autre, c’est-à-dire l’arabe algérien.

Ce phénomène s’est retrouvé amplifié par les politiques linguistiques menées auparavant et interdisant l’usage de cette langue. «Avec la quatrième génération,  explique-t-il, il y a aujourd’hui un regain d’intérêt pour cette langue car les gens veulent se la réapproprier et, là aussi, les changements opérés dans la politique linguistique ont joué un rôle, notamment avec la reconnaissance officielle de la l’amazighité comme une des constantes nationales suivie par la reconnaissance du caractère national puis officiel de la langue».  

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