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lundi, 22 octobre, 2018
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«France-Algérie. Entre histoire et mémoire, quelles perspectives pour les jeunesses des deux rives ?» Derrière cet intitulé, un projet initié par l’association française SOS racisme, en partenariat avec l’association algérienne Rassemblements, actions jeunesse (Raj), en direction d’associations de jeunes en France et en Algérie.

Des jeunes Français et Algériens veulent croiser leurs regards

31 mai 2018 à 12 h 00 min

Le but assigné à ce projet est, selon son coordinateur en Algérie, Hakim Addad, de construire un «dialogue entre des jeunes des deux rives de la Méditerranée sur la colonisation française en Algérie, d’avancer sans rien renier ni jamais oublier».

A la faveur du programme «Les rendez-vous de l’Histoire : Arabes, Français, quelle histoire !» (du 24 au 27 mai 2017) de l’Institut du monde arabe (IMA), un panel de jeunes (pieds-noirs, juifs sépharades, petits-fils de harkis, algéro-français) ont évoqué leur ressenti à partir de leurs histoires familiales, en présence des présidents des deux associations porteuses du projet. Une jeune fille qui devait venir d’Algérie n’avait pas de visa, indispensable à la construction de ce dialogue algéro-français.

Le projet «Regards croisés» a pour ambition d’instaurer un dialogue apaisé entre les deux jeunesses, sans pour autant oublier les crimes du colonialisme. Il couvre toute la période coloniale et pas seulement la période 1954-1962, précise Hakim Addad, coordinateur en Algérie du projet.

Celui-ci s’articule autour de cycles de formation, de conférences. Le souhait est qu’il déborde le cadre associatif. Il a commencé par des formations encadrées par des historiens en Algérie et en France. Un premier voyage devait conduire de jeunes Français en Algérie, ce voyage a été reporté à deux reprises en septembre 2017, puis en mars 2018, faute de visas, mais les promoteurs du projet ne perdent pas espoir d’obtenir le précieux sésame.

«Nous continuons à discuter avec les autorités concernées», nous affirme Hakim Addad. Et de préciser que «dans les formations concernant la partie algérienne, nous avons constaté que les jeunes méconnaissent leur histoire, ils ne connaissent que des bribes de la période 1954-1962 et pourtant ils sont demandeurs de connaissances». Le constat ne doit pas être différent de l’autre côté de la mer.

Des jeunes de plusieurs wilayas s’investissent au travers de leurs associations ou même individuellement dans ce projet.
Pour la première fois, une commémoration citoyenne du 17 Octobre 1961 est organisée à Alger le 17 octobre 2017 au Sous-Marin, avec une exposition, la projection d'un court métrage et un débat. Dans le même temps, une banderole était déployée sur le pont Saint-Michel, à Paris, par des jeunes militants de SOS Racisme. Et dans la soirée, une conférence-débat sur le même événement.

En attendant de pouvoir se rencontrer d’abord en Algérie puis en France afin de croiser leurs regards sur une Histoire qui, bien qu’ils ne l’aient pas vécue, les concerne, les jeunes Français et Algériens travaillent, les uns et les autres de leur côté.

Un levier de lutte contre le racisme

Nedjib Sidi Moussa, historien, sollicité pour participer aux différents cycles de formation aux côtés d’autres historiens, considère que près de 60 ans après l’indépendance de l’Algérie, «l’espace franco-algérien ne doit plus être un boulet, un espace de crispation, mais un espace de créativité. La question algérienne est paradoxalement la plus partagée et la plus refoulée et ce n’est pas à cause de la colonisation, il y a aussi la question de l’immigration, la tragique décennie 90'».

«"Comment faire pour que la relation franco-algérienne ne soit pas vécue seulement en négatif ?»
«En multipliant les projets, les rencontres entre individus», avance-t-il.

L’historien constate que la colonisation française a focalisé les représentations négatives de l'«Arabe» pour ne pas dire l'Algérien, et que la question coloniale est réinvestie par des groupes. «Il faut faire attention aux mots qu’on utilise et à la manière dont on les utilise», ajoute-t-il.
 «Sur un plan strictement français, cette histoire continue à être agissante, elle concerne beaucoup de personnes. Ce qui crée des représentations puissantes de l’Arabe, en fait de l’Algérien.

Comment travailler ce passé que tout le monde fuit comme s’il n’existait pas ? Quand on ne traite pas des passés traumatiques ils ressortent de façon pervertie», nous dit Dominique Sopo, président de SOS Racisme, que nous avons interrogé sur les raisons qui ont conduit son association à initier ce projet.

«Se débarrasser des systèmes de représentation stigmatisants, c’est long». Hakim Addad, né en France, militant associatif au sein de SOS Racisme avant de s’installer en Algérie et de co-fonder, début 90, RAJ, dont il a été président pendant plusieurs années, observe que dans la société française «des nœuds ont été engendrés par les silences» et que «tous les relents de racisme qui découlent de cette histoire non racontée, ou partiellement et partialement racontée».

Les jeunes Algériens ont besoin de repères. Egalement interrogé sur les raisons de l’adhésion de RAJ au projet, son président, Abdelwahab Fersaoui, souligne que «la question mémorielle n’est pas résolue, elle empoisonne les relations franco-algériennes», «on ne peut pas aller de l’avant si on ne connaît pas notre passé. Il y a une histoire officielle et une mémoire officielle de part et d’autre, souvent instrumentalisées à des fins de politique interne ou dans les rapports bilatéraux. Des sujets ne sont pas ou peu abordés. D’où l’intérêt de l’implication de la société dans ce processus».

Sur le lien entre la connaissance de l’histoire et sa reconnaissance, Abdelwahab Fersaoui estime que «l’histoire et la question identitaire sont liées, le débat est à ouvrir, lorsque la question historique sera résolue on passera à autre chose». Et aussi
«Il n’y a pas de consensus car il n’y a pas de travail commun. Pour arriver à une convergence de vues il faut également interroger les lieux de mémoire, cela nous aidera à trouver des réponses».

S’il faut mettre un terme à des silences et occultations, il convient également de lever des mythes, comme celui d’une cohabitation harmonieuse entre les communautés pendant l’époque coloniale, que véhiculent beaucoup de pieds-noirs nostalgiques d’une Algérie où il faisait bon vivre, certes pour eux incontestablement. A quelques exceptions, les communautés se côtoyaient, mais sans communiquer et à chacune son territoire.

Et, aujourd’hui, pour que les regards des jeunes Algériens et des jeunes Français puissent réellement se croiser, il faudrait qu’ils puissent se rencontrer, se parler, échanger, et pour ce faire, les autorités consulaires, tant françaises qu’algériennes devraient leur faciliter la délivrance des visas.

La construction de l’avenir passe par la reconnaissance des crimes commis par l’ancienne puissance coloniale. C’est entendu de part et d’autre. La reconnaissance que le colonialisme ne peut être en aucun cas et pour quiconque «un bienfait», mais plutôt un crime. Cette histoire ne peut continuer à être un fonds de commerce, souligne Hakim Addad.           

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