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Déconfinement : Halte à ne pas brusquer la faune !

11 juin 2020 à 9 h 45 min

Après une durée de près de trois mois, la nature devra à nouveau s’adapter à la présence humaine. Les animaux seront d’autant plus vulnérables, car ils vivent actuellement la période des naissances. La nature sera certainement la première destination de certains, après une période de confinement. Plus d’espace, plus d’air et moins de regroupent, mais attention de choquer la nature. Les sites forestiers où des randonnées à la montagne seront prisées. Une inquiétude pour certains spécialistes et défenseurs de la nature.

 

Le printemps est la période de reproduction de beaucoup d’espèces animales», assure Mourad Ahmim, biologiste à l’université de Béjaïa.

Côté mer, on ne déroge pas à la règle. Pour de nombreuses espèces marines appartenant à différents groupes zoologiques, le printemps et la période de reproduction.

Samir Grimes, expert international en environnement, explique que cela se justifie par le fait que le printemps coïncide avec la conjonction de plusieurs paramètres, notamment la luminosité, la nourriture et les sels nutritifs qui sont généralement favorables durant le printemps en Méditerranée et dans le bassin algérien.

«Mais cela n’est pas une règle générale, puisque les espèces adoptent des stratégies de reproduction qui peuvent pour de nombreux invertébrés marins être ajustés en fonction des conditions du milieu, notamment la disponibilité alimentaire et d’autres contraintes environnementales, comme la température de l’eau ou la disponibilité de l’espace requis», précise-t-il.

Pour d’autres espèces marines, dans leur stratégie, la période de reproduction peut être allongée ou rétrécie. Mais est-il possible que durant le confinement les animaux se soient reproduits, y compris dans les zones où il y avait de la fréquentation auparavant ?

Réoccupation des espaces

M. Ahmim estime qu’il n y a pas de reproduction dans les zones où il y avait de la fréquentation. «Cela est possible seulement pour certains oiseaux, mais pour ce qui est des mammifères, ce n’est pas en 4 mois de confinement que leur comportement va changer d’une manière radicale, donc sur ce plan, il n’y a pas de grandes craintes», rassure-t-il.

De son côté, M. Grimes estime qu’au contraire, «on peut objectivement penser que la période de confinement liée à la Covid-19 peut avoir des conséquences positives sur la reproduction des espèces marines dans les eaux algériennes.» Ces conséquences peuvent aller, selon lui, de la phase de maturation des produits génitaux au pourcentage de succès de la fécondation. «Cela pourrait, aussi, paradoxalement provoquer des effets de compétition entre individus du fait de la diminution de la mortalité due aux activités humaines», ajoute-il.

Selon l’expert, il serait donc possible que des espèces, dont la période de reproduction a coïncidé avec la période de confinement, aient pu étendre leurs zones de reproduction aux espaces réoccupés ou nouvellement occupés et présentant les conditions de succès de la reproduction. «Malheureusement, la durabilité de cette réoccupation dépendra de la relance des activités humaines et donc de la capacité des agents de l’Etat et entités chargés de faire la surveillance à faire respecter la réglementation ; cela dépendra aussi du comportement des professionnels», précise-t-il.

Ajoutant qu’il serait intéressant de noter que si le déconfinement est décidé, cela coïncidera avec le début de la période réglementaire du repos biologique des espèces (juin – septembre 2020) et cela augmentera davantage les chances des espèces de se reproduire tranquillement et aux larves de se transformer. Les jeunes individus et les juvéniles pourront également se développer dans des conditions optimales. En tout état de cause, M. Grimes pense que le confinement ne peut qu’avoir des implications positives sur les espèces marines et leur reproduction.

Précisant que cette année, les espèces marines vont avoir par  «chance» deux périodes de repos biologique ; celle provoquée par le coronavirus qui a réduit de manière importante la pression de la pêche et la période de repos biologique réglementaire, imposée par l’administration de la pêche. D’ailleurs, le spécialiste s’attend à une diminution de la pollution marine due aux rejets d’activités urbaines ou industrielles du fait de cette conjoncture aussi.

A l’inverse, «le confinement a dû augmenter les volumes des rejets liquides domestiques, créant une tension supplémentaire sur les stations d’épuration, dont le taux épuratoire n’était pas déjà des plus efficients pour certaines d’entre elles», précise-t-il.

Toutefois, et en dépit du fait que cette conjoncture exceptionnelle a donné du répit aux espèces marines et aux stocks de pêche pour leur reconstitution, le spécialiste estime qu’il serait illusoire de croire que cela va effacer des décennies d’agressions humaines sur l’écosystème marin. Et afin de préserver la tranquillité de la faune en cette période, les experts reviennent sur les bons gestes à adopter.

Bivouac

D’abord, M. Ahmim recommande aux amoureux du bivouac de respecter les lieux en les laissant propres tels qu’ils les ont trouvés avant. «Nous avons des exemples de bivouacs qui nous ont vraiment déçus, à l’exemple de ceux du lac noir dans l’Akfadou, de Assouil dans le Djurdjura et le réveillon bivouac à Taghit.

C’était la désolation après le départ des bivouaqueurs», se désole-t-il. M. Ahmim les conseille aussi de choisir des endroits loin des points d’eau au risque d’empêcher les animaux de venir boire par crainte. «Je leur conseille également d’essayer de faire moins de bruit, surtout la nuit. Jouer à la guitare en petits groupes, c’est bien, mais de là à faire sortir des baffles qui émettent une musique assourdissante, ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle un bivouac en pleine nature», recommande-t-il.

Ensuite, pour ce qui est des randonnées en montagne ou en forêt, M. Ahmim se dit fier que ces activités remportent autant de succès auprès des jeunes. Certains sont même devenus photographes animaliers et naturalistes. «Partager cela avec les scientifiques du domaine de l’écologie environnement c’est également très bien.» Le hic, selon M. Ahmim, est que de temps à autre, les randonneurs trouvent des espèces rares ou des restes d’animaux rares et ils les déplacent.

Une chose à éviter, surtout en l’absence des spécialistes sur place. «A titre d’exemple, des randonneurs sont tombés sur une espèce végétale qu’ils n’avaient jamais vue auparavant. Au lieu de la prendre seulement en photo, ils l’ont arrachée. Résultat des courses : Nous avons perdu, par méconnaissance, à jamais une espèce végétale rare et très utile.» C’est pour cette raison que le spécialiste les conseille de ne pas se substituer aux scientifiques mais plutôt leur demander conseil.

Il ajoute : «J’insiste à ce qu’un travail soit fait avec les randonneurs par une bonne formation de guides écotouristiques ou bien la formation des randonneurs eux-mêmes. Cela reste une proposition et un appel aux responsables du secteur de la jeunesse, de l’environnement et du tourisme. Et nous sommes évidemment disposés à les aider par un encadrement et des formations.»

Plongée

Par ailleurs, l’arrêt des chantiers a permis l’installation d’oiseaux ou d’autres animaux. Quel comportement adopter face à cela ? Selon M. Ahmim, la situation n’est pas difficile à gérer : «Si le chantier perdure et si le nid ne dérange pas, il faut le laisser sur place. Dans le cas contraire, le mieux serait de le déplacer, de préférence avec l’assistance des spécialistes universitaires que nous avons tendance à oublier très souvent.»

Pour ce qui est de préserver la quiétude de la faune marine sauvage, M. Grimes recommande d’éviter de fréquenter de manière intense et «surchargée» les zones d’herbier sous-marin ainsi que les zones du précoralligène. Les chasseurs et les plaisanciers doivent aussi, selon lui, respecter les zones de reproduction des espèces et les zones fréquentées par les jeunes individus et éviter de les extraire de leur milieu naturel. «Pour beaucoup d’espèces fragiles du fond, les plongeurs doivent assurer une meilleure flottabilité pour éviter le stress lié au contact direct avec les espèces ou à leur proximité immédiate, voire le contact direct avec le fond lui-même qui, outre les espèces macroscopiques, contient aussi de nombreuses espèces microscopiques et qui sont très importantes pour l’équilibre écologique», recommande-t-il.

Le spécialiste soulève aussi le problème des rejets en mer qui se multiplient pendant la saison estivale, notamment dans les zones où est pratiquée la formule «chez l’habitat» ou les locations non conformes et donc non raccordées au réseau d’assainissement des eaux usées domestiques. «Le risque d’arrivée des eaux usées supplémentaires sur le rivage ou via des oueds, en mer, va augmenter les sources de pression sur les habitats et les espèces. Ainsi, le rôle des services des communes littorales est crucial pour endiguer ce problème», assure-t-il.

Jet-ski

Autre problématique qui pourrait sans doute se poser lors du déconfinement est le fait que les animaux ont sûrement perdu le réflexe de se méfier des véhicules ou encore des engins de mer, type jet-ski, pédalo et autres. De l’avis de M. Ahmim : «Ce n’est pas en quatre mois qu’un animal perd ses réflexes innés, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup d’animaux tués sur les routes.» C’est pour cette raison que le spécialiste recommande aux automobilistes de faire plus attention à la faune qui traverse les routes et appelle les autorités à installer les plaques signalétiques nécessaires à cela. Côté mer, la crainte est la même, voie un peu plus présente.

Le problème, selon M. Grimes, est que la réglementation liée à l’utilisation des engins à propulsion moteur en mer pour la plaisance n’a pas été réfléchie par rapport à la faune et la flore sauvage mais plutôt par rapport à la sécurité des baigneurs. «Toutefois, cette réglementation permet de sécuriser partiellement la faune et la flore sauvage en mer», rassure-t-il.

En effet, l’activité de plaisance maritime est régie par le décret n° 16-203 du 25 juillet 2016 qui fixe les conditions et les modalités d’exercice des activités de transport maritime urbain et de plaisance maritime.

Ce texte précise les conditions d’utilisation des engins nautiques à moteur pour la plaisance en mer, notamment les scooters de mer, motos de mer ou jet skis ainsi que les planches à moteur. Ces activités sont subordonnées à l’obtention d’une autorisation délivrée le ministère chargé de la marine marchande, après avis conforme de la commission territorialement compétente. Un schéma indiquant la zone dévolution des engins nautiques à moteur avec le balisage de la plage est prévu à cet effet.

Ce schéma doit également indiquer l’emplacement du chenal, les zones interdites et la vitesse autorisée. La navigation de ces engins est interdite à moins de 100 m des limites de la zone réservée à la baignade telle que définie par la réglementation en vigueur.

Pour ce qui est de la faune et de la flore sauvages, «le problème se pose essentiellement dans les zones (plages et criques) rocheuses et les zones de falaises littorales ainsi que sur les fonds d’herbiers sous-marins et des zones dites de ‘précoralligène’, dans ces zones les mêmes conditions suscitées s’appliquent. Malheureusement, le texte n’est pas clair sur la ‘partie’ ou l’entité qui délimite, limitant l’usage et la vitesse des engins à moteur», explique encore M. Grimes.

Ce dernier recommande par ailleurs aux usagers de la plaisance en mer de ne pas fréquenter les zones et habitats cités plus haut. La raison : «Ne pas perturber la reproduction des espèces et le développement des larves et des juvéniles, y compris des espèces de poissons, mollusques et crustacés qui alimentent les stocks de pêche, réduire le périmètre fréquenté par les engins de plaisance, réduire la vitesse et limiter le nombre d’engins qui se trouvent en même temps sur un même espace.»

Et enfin, le spécialiste propose que les services décentralisés du ministère de l’Environnement en coordination avec les Collectivités locales littorales collaborent pour délimiter les zones classées sensibles et pour lesquelles des études sont prévues par la réglementation en vigueur dans le cadre de la loi 02-02 (loi littorale).

Sofia Ouahib

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