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De l’usage intensif des pesticides, et leurs conséquences néfastes

08 avril 2021 à 10 h 01 min

L’usage des insecticides, des fertilisants, des engrais, et autres produits phytosanitaires se répand de plus en plus avec le développement de l’agriculture intensive, mais aussi, dans le cadre des actions de lutte contre les vecteurs nuisibles.

Mais, la sur utilisation de ces produits chimiques toxiques  pollue les sols, les nappes d’eau, et menace la santé de la population. L’usage intensif et anarchique de ces substances, au cours des années, entraîne la présence de ces substances sous formes de résidus, aussi bien dans les produits agricoles, que dans les eaux d’alimentation, entraînant ainsi de multiples désordres écologiques, environnementaux et sanitaires.

Dans cet article, nous nous fixons comme objectif d’informer et de sensibiliser les lecteurs sur les dangers que représentent ces substances chimiques, dont on n’a pas encore identifié toutes les conséquences environnementales et sanitaires.

Les pesticides et leurs usages

Parmi les substances chimiques les plus utilisées dans notre environnement actuel, ce sont, sans aucun doute les pesticides et les produits apparentés. Les pesticides (insecticides, raticides, fongicides et herbicides) sont des composés chimiques dotés de propriétés toxicologiques, dont le premier usage intensif remonte à la seconde guerre mondiale (DDT).

Les grandes familles de pesticides sont représentées actuellement  par les organochlorés (hydrocarbures chlorés), comme le DDT, synthétisés dès les années 1940, les organophosphorés qui sont des composés de synthèse à effets neurotoxiques, les pyréthroïdes, les carbamates, et d’autres groupes très toxiques (Triazines).

Les pesticides disponibles aujourd’hui sur le marché sont caractérisés par une telle variété de structures chimiques, que leur classification est complexe. En effet, un pesticide commercialisé se compose souvent d’une ou de plusieurs substances ou matières actives, d’adjuvants, de dénaturants…Actuellement, l’usage des pesticides se répand de plus en plus dans l’agriculture pour lutter contre les insectes, les rongeurs, les champignons, les mauvaises herbes, mais aussi, dans les ménages, pour la lutte contre les moustiques et autres vecteurs nuisibles.

A grande échelle l’application des pesticides s’effectue par pulvérisation pour le traitement des surfaces agricoles, et par épandage sur les feuillages et sur les fruits.  Ces pesticides pulvérisés sont souvent disséminés par le vent, parfois loin de leur lieu d’épandage, ils retombent avec les pluies directement sur les plans d’eau, et sur les sols, d’où, ils sont ensuite drainés jusque dans les milieux aquatiques par les eaux de pluie (par ruissellement et infiltration).

Selon les constatations des experts mondiaux en agriculture, la demande en pesticides est telle que leur quantité de production double pratiquement tous les dix ans. Ce sont les pays en voie de développement (en Inde et en Afrique) qui les utilisent de plus en plus. Au niveau mondial, la valeur marchande des pesticides est de l’ordre de 32 milliards de dollars, dont 3 milliards pour les pays en voie de développement (FAO).

Dans les pays européens (où la France et l’Allemagne sont les plus gros producteurs), les premiers cas d’intoxications à grande échelle et de catastrophes écologiques ont été enregistrés à partir des années 80. Ce qui a entraîné l’interdiction de plusieurs types de pesticides (DDT, Atrazine…).

Depuis quelques années, dans ces pays, on assiste à l’émergence d’un mouvement associatif qui remet en cause la sur utilisation des pesticides de synthèse, pour les remplacer par des substances biologiques et dégradables. La base de ce mouvement est fondée sur les risques sanitaires et environnementaux de mieux en mieux connus, et sur la disponibilité d’autres alternatives qui permettrait de diminuer considérablement l’utilisation de ces produits.

Dans les pays moins riches, certains produits très toxiques, dont l’usage a été interdit dans les pays développés, sont encore largement utilisés, et avec beaucoup moins de précautions. Selon un communiqué de presse de la FAO (2010), environ 30% des pesticides commercialisés dans les pays en voie de développement ne sont pas conformes aux standards de qualité internationaux, car ils contiennent beaucoup d’impuretés très toxiques.

La stabilité des pesticides dans la nature et leur lente dégradation sont aujourd’hui à l’origine d’une pollution diffuse qui contamine de façon insidieuse : les sols, les eaux (cours d’eau, eaux souterraines, zones côtières), les produits agricoles (tomates, fraises, pomme de terre…), et par voie de conséquence, toute la chaîne alimentaire, par le phénomène de bio accumulation.

Sur les surfaces traitées, les pesticides laissent de façon inévitable des résidus sur les denrées traitées, constituant ainsi d’importantes sources d’exposition aux pesticides et à leurs produits dégradés. Dans plusieurs pays, des limites maximales de résidus (LMR) sont régulièrement contrôlées pour les aliments, et les eaux de boisson.

Les voies d’exposition aux pesticides

Tous les produits phytosanitaires peuvent être aisément absorbés par les voies orale, cutanée et respiratoire. L’exposition par voie respiratoire (par les poumons) est la plus rapide au cours des pulvérisations.

L’exposition à travers la peau est fréquente et souvent insoupçonnée chez les manipulateurs. La plupart des pesticides peuvent en effet être absorbés par la peau en quantité suffisante pour que se produisent des intoxications systémiques, en plus des effets dermatologiques. L’absorption par voie orale (volontaire ou par mégarde) provoque une intoxication aiguë qui se manifeste généralement peu de temps après l’absorption d’une dose élevée.

Pour la population générale, la voie orale est considérée comme la voie d’exposition la plus importante aux pesticides, les évaluations de risque attribuent 80 % de l’exposition  par consommation de fruits et légumes, 10%, par l’eau de boisson, et 10 % par les produits ménagés (INSERM, 2013).

Dans les milieux professionnellement exposés (Agriculteurs et entourage), les intoxications chroniques, ou la toxicité à long terme, surviennent très souvent, par suite de l’absorption répétée de faibles doses de pesticides aux cours des manipulations de ces substances.

Les pesticides, des produits hautement toxiques

Les résultats des différentes études qui arrivent à être publiées, font apparaître un lien fort entre l’exposition aux pesticides et l’apparition de certaines affections graves : pathologies neurologiques (maladie de Parkinson), cancers (lymphome, cancer de la prostate, myélomes, infertilités…

Les pesticides et les cancers

A ce jour, plusieurs pesticides ont été identifiés comme des cancérigènes probables ou possibles pour l’homme (IARC, 2009). Plusieurs études menées chez des agriculteurs exposés ont démontré une augmentation de plusieurs types de cancers en lien avec l’exposition aux pesticides. Il s’agit particulièrement des cancers du sein (la relation des métabolites de DDT et le cancer du sein a été établie), de la prostate, des poumons, du colon, les leucémies…

Les pesticides et l’infertilité

Les pesticides semblent avoir des effets sur la reproduction et sur le développement humain via la toxicité testiculaire. Bien qu’une telle démonstration ne puisse être facilement faite chez l’humain, plusieurs études sur des expositions professionnelles indiquent que certains pesticides (le DBCP, le chlordécone, le carbaryl, le dibromoéthylène et le 2,4-D) ont des effets délétères sur la fertilité masculine. Cette forme de toxicité se traduit par une baisse de la concentration des spermatozoïdes dans le sperme, et par conséquent une diminution de la fertilité (Niesink, 1996; Hermansky, 1993).

Les pesticides et les troubles immunitaires

Les études concernant les effets des pesticides ont montré également leur implication éventuelle dans les dysfonctionnements du système immunitaire et donc une plus grande sensibilité aux maladies infectieuses. En mer du Nord, où s’est produit un déversement accidentel de ces substances chimiques en 1987, plus de 18.000 phoques sont morts d’infections liées à une dépression immunitaire grave, à la suite d’une contamination aux pesticides (une forte concentration de pesticides a été retrouvée dans leurs tissus adipeux).

Maladies neurologiques

Les études réalisées en France sur l’incidence de la maladie de Parkinson ont montré un nombre de nouveaux cas plus élevé de 10 % de cette maladie dans les régions les plus rurales et cantons les plus viticoles.

Les auteurs soulignent qu’une exposition environnementale aux pesticides (via l’air, l’eau ou le sol) des personnes résidant dans ces régions est une explication possible de ces résultats (Etude Géocap-Agri, France). Suite à cela, la maladie de Parkinson est maintenant reconnue comme une maladie professionnelle causée par l’exposition à des pesticides.

Les pesticides et les troubles endocriniens

Des perturbations dans le système hormonal ou endocrinien, particulièrement au stade fœtal, ont été rapportées par certaines études épidémiologiques (Colborn, 1993 ; CPEDD, 2000) réalisées sur des animaux recevant de faibles doses de pesticides à long terme (le Malathion).

Une augmentation de certaines catégories de malformations congénitales, comme les anomalies du système nerveux central ou les fentes labio-palatines, a été observée en association avec une exposition parentale aux pesticides. Certains pesticides, en particulier le DDT, agissent comme des «perturbateurs endocriniens».

Pesticides et autres pathologies

L’exposition aux pesticides est aussi associée à des anomalies génétiques, à des atteintes cérébrales chez l’enfant consécutives à une exposition de la mère lors de la grossesse, et à des maladies pulmonaires chroniques, dont l’asthme.

Enfin, les effets potentiellement additifs ou potentialisateurs du mélange des pesticides avec d’autres produits destinés à renforcer leurs propriétés (produits adjuvants) commencent à peine à être étudiés. 

A suivre


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