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Comment notre alimentation impacte la Planète

15 avril 2021 à 10 h 22 min

Nos habitudes et nos choix alimentaires doivent impérativement changer pour mieux protéger la planète. Il faut désormais privilégier davantage des aliments d’origine végétale afin de relever le double défi de la faim et du réchauffement climatique. Zoom sur le Food Tech qui pourrait être l’une des solutions.

Outre les conséquences sur la santé, les aliments aussi impactent de manière considérable l’environnement. A titre d’exemple, «la production d’un kilogramme de viande de bœuf nécessite quelques 15.000 litres d’eau, ce qui correspond à l’eau contenue dans une piscine», affirme Djamel Belaid, ingénieur agronome. Selon lui, face au manque de fourrages en Algérie, les éleveurs ont recours à la paille pour nourrir leurs animaux.

Or, cette paille devrait être enfouie dans les champs afin de renforcer la fertilité du sol. «Il faut savoir qu’à chaque automne, la violence des gouttes de pluie est telle qu’elles arrachent des particules qui sont entraînées et finissent par envaser nos barrages», explique-t-il. Précisant que moutons, vaches et chèvres dévorent les moindres brins de paille et les plantations qui sont à leur portée, empêchant toute régénération naturelle des arbres et arbustes. En plein désert, le «h’mill», cette pratique de l’élevage sauvage de dromadaires, menace la maigre végétation saharienne. C’est donc pour toutes ces raisons que l’expert estime que le consommateur est comptable de l’état de l’environnement à travers ce qu’il met dans son assiette.

La chaîne de production impacte fortement sur l’environnement

Nos aliments sont responsables de nombreuses pollutions et affectent largement les écosystèmes. De la transformation à la conservation, en passant par le transport des aliments, l’environnement n’est pas épargné. Bien que les impacts environnementaux soient répartis tout au long de la chaîne alimentaire, c’est la phase de production qui impacte le plus l’environnement. En effet, selon M. Belaid, la pression la plus importante sur le milieu est provoquée par l’élevage du mouton. A titre d’exemple, la steppe compte près de 22 millions de têtes de moutons, là où ces parcours dégradés ne peuvent en accueillir que 5 millions. «A elle seule, la région de Djelfa compte 3 millions de moutons. Un processus de désertification est en cours», soutient-il. Ajoutant que dès le milieu des années 1970, le camion GAK a permis le déplacement rapide des troupeaux vers de meilleurs pâturages. «Aujourd›hui, malgré les efforts du HCDS, de nombreux pâturages ne présentent plus aucune végétation», se désole-t-il.

Quels aliments privilégier en ces temps de réchauffement climatique ?

Alors que nos ressources en eau s’épuisent à un rythme alarmant, l’agriculture massive bat son plein. Une situation qui va être de plus en plus critique en raison de l’augmentation constante de la population. S’adapter à la variabilité actuelle du climat est donc une urgence. A cet effet, M. Belaid confie qu’a Tamanrasset vers les années 2000, les services de l’hydraulique ont construit un barrage souterrain ; car sous le lit desséché de l’oued In Amguel se trouve de l’eau. L’ouvrage a permis, selon lui, un meilleur approvisionnement en eau. «Mais à certains moments de l’année, le niveau de la nappe baissait considérablement.

Les services de l’hydraulique ont remarqué que cela coïncidait avec des pompages intensifs en période de production de pastèque», assure-t-il. D’ailleurs, le spécialiste estime qu’il nous faudra, à l’avenir, que ce soit au Sud ou au Nord du pays, choisir entre la pastèque ou la figue. La raison : ces deux produits n’ont pas les mêmes besoins en eau. Et il en est de même pour un bon nombre de cultures. «L’orge est intéressante car son cycle végétatif est plus court que le blé. Le pois chiche est résistant au manque d’eau, de même que le carthame pour la production d’huile», ajoute-il.

Une alimentation plus «durable »

Les protéines de nature végétale sont l’une des solutions préconisées. A en croire l’analyse de M. Belaid, à part l’Inde, pour la plupart des sociétés, la transition alimentaire moderne veut que toute amélioration du niveau de vie passe par une plus grande consommation de protéines animales. Ainsi, ces cinquante dernières années en Algérie, la consommation de viande a triplé. Pourtant, ce sont les acides aminés qui sont nécessaires. Des acides aminés qui peuvent aussi être apportés par les céréales et légumes secs. «Dès le milieu des années 1970, l’élevage industriel des volailles a été encouragé. Aujourd’hui, les importations de maïs et de soja atteignent plusieurs centaines de millions de dollars. Ces aliments nobles pourraient servir directement à l’alimentation humaine, il en est de même de la production locale d’orge actuellement réservée aux animaux», assure l’expert. Ajoutant que nos aînés étaient coutumiers de la diète méditerranéenne basée sur la consommation de céréales, légumes secs, fruits et huile d’olive. Nos traditions alimentaires, à savoir le couscous aux pois chiche sont un parfait exemple. Selon M. Belaid, seul ce modèle est durable car il nécessite peu d’eau et respecte la fertilité des sols.

La Food Tech

En préservant les ressources et la fertilité des sols, la Food Tech, qui englobe les opérations industrielles permettant de valoriser les produits agricoles, peut contribuer à une consommation durable. Un de ses points fort concerne la production de substituts de viande et de produits laitiers. Il est possible de séparer protéines et l’amidon contenu dans le pois. «Ailleurs, à l’aide d’extrudeuses, des industriels transforment ces protéines. La structure de la protéine de pois est alors modifiée, on parle alors de protéines texturées. Après réhydratation, le produit prend une nouvelle forme proche de celle de la viande», explique M. Belaid. Le produit peut alors être intégré avec de la viande de bœuf dans les steaks hachés traditionnels, des merguez ou du cachir ou être l’élément de base dans des burgers, fricadelles, farces, lasagnes, cordons bleus, nuggets, hachis Parmentier, brandades.

D’ailleurs, une rencontre du comité multisectoriel autour de l’innovation dans la chaîne alimentaire dans une perspective de développement durable alimentaire organisée par le ministère de la Pêche et des productions halieutiques, en coordination avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et le ministère de l’Enseignement supérieur, le ministère délégué de l’économie de la connaissance et des start-up, ainsi que le ministère de la Formation professionnelle a eu lieu il y a quelques semaines.

Cette rencontre présidée par les ministres Ferroukhi Sid Ahmed et Yacine Oualid a été l’occasion pour l’équipe Algeria Startup Shallenge (ASC) de présenter la nouvelle initiative dédiée aux projets innovants dans le domaine de la Food Tech, et qui s’intègre dans la vision de ce comité multisectoriel qui vise à pousser l’innovation dans le domaine du renforcement de la sécurité alimentaire en Algérie. Il faut savoir qu’on assiste actuellement dans le monde à une course effrénée pour produire des extraits de protéines à partir de pois, pois chiche, luzerne ou colza. «Plusieurs firmes commercialisent ces extraits sous forme de poudre», assure l’expert agronome. Celle-ci, mélangée à de l’eau et de l’huile puis une fois introduite dans une extrudeuse, permet de produire un substitut de viande et notamment du blanc de poulet.

De même qu’à partir d’avoine, de riz, d’amandes ou de soja, il est possible de produire des laits végétaux pour adultes ainsi que des crèmes dessert et des yaourts. Si ce concept existe déjà en Algérie, il s’agit à l’avenir de se tourner vers les protéines végétales. A cet effet, M. Belaid tient à saluer les récents efforts du ministère de la Recherche afin de soutenir les projets entre universités et industriels. De plus, le spécialiste assure qu’il est également nécessaire d’édicter des normes comme cela est le cas concernant le taux de sucre des jus de fruits. A l’avenir, les pâtes alimentaires pourraient, selon lui, être enrichies d’un taux minimum de protéines végétales et les industriels encouragés à produire des pâtes à partir de farine de légumes secs. «Afin de valoriser les issues de meuneries tel le son, les subventions ne devraient-elles pas aller au seul pain complet ou semi-complet ? », s’interroge-t-il.

Que gagne-t-on à privilégier la Food Tech ?

Selon M. Belaid, privilégier la Food Tech en Algérie permettrait une substitution partielle aux importations de maïs, soja et poudre de lait. Il devient urgent d’offrir aux consommateurs des alternatives. L’intérêt réside également dans le domaine de la santé. L’orge et l’avoine possèdent, par exemple, des propriétés anti-cholestérol liées à leur richesse en beta-glucanns. «Il est aussi question de sécurité alimentaire. Le récent blocage du canal de Suez et la crise de la Covid-19 montrent la fragilité des chaînes logistiques», précise-t-il. C’est donc tout un domaine qui peut permettre à un pays comme l’Algérie de nourrir une population de 42 millions d’habitants, qui augmente de 1 million chaque année, dans un contexte de réchauffement climatique où les handicaps naturels sont considérables.

Pour M. Belaid, l’idée d’exportations massives de produits agricoles est irréaliste. En permettant une rationalisation de l’utilisation des ressources en eau du pays, la Food Tech peut contribuer, selon lui, à aller vers plus de sécurité alimentaire. «Depuis peu, on note au niveau officiel la volonté d’aller vers la Food Tech, on ne peut que s’en réjouir», conclut-il.

 

Sofia Ouahib
[email protected]


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