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Bilan de la relance du barrage vert : Un rempart Face au désert

22 octobre 2020 à 11 h 10 min

Si à son lancement l’objectif était essentiellement de stopper l’avancée du désert vers le Nord en créant une véritable barrière de verdure de 1500 km, aujourd’hui, à sa relance, il est plutôt conçu comme un projet écologique mais surtout économique avec une amélioration de la résilience des chaînes de valeur des petits agriculteurs et des pasteurs et de lutte contre la pauvreté. Point sur l’avancement d’une relance qui a tiré des leçons des erreurs du passé avec la direction générale des forêts (DGF). A l’occasion de la Journée nationale de l’arbre qui sera célébrée dimanche à travers l’ensemble du pays, la DGF insistera, lors de son programme, de sensibilisation sur la seconde campagne du programme national de reboisement, sous le slogan «Un arbre pour chaque citoyen».

 

En tirant les leçons du passé et en prenant en considération les besoins de développement actuels des régions arides et semi-arides, la reprise du barrage vert n’a pas été conçue comme un mur d’arbre entre le sahara et le nord du pays, mais plutôt comme un ensemble d’actions et d’interventions multisectorielles de conservation, de protection et de développement des ressources naturelles, d’amélioration de la résilience des chaînes de valeur des petits agriculteurs et des pasteurs et de lutte contre la pauvreté, un développement tenant compte du changement climatique actuel et futur.

C’est ce que la Direction générale des forêts explique. Il est utile de rappeler aujourd’hui que dans le passé, il y a eu la «monoculture» à base d’une seule espèce qui, par la suite, a causé des dégâts répétitifs suite aux attaques de la chenille processionnaire. Une démarche considérée comme une erreur, qu’aujourd’hui, selon les spécialistes, il est important d’éviter.

Il faut aussi, selon toujours des spécialistes, reboiser pour relancer une économie verte en plantant des arbres utiles pour les habitants de la steppe, éradiquer la pauvreté et booster une agriculture à moindre coût (arbres fruitiers rustiques). Un impact socio-économique positif doit être perçu à travers ce projet, en impliquant les populations riveraines.

Autrement dit, l’objectif est plutôt d’atténuer les effets de la désertification par une approche de développement intégré. Ce qui signifie qu’en plus des arbres, il est utile de créer un ensemble d’activités agro-pastorales génératrices de revenus.

La DGF affirme que lors de cette relance, c’est le Groupe génie rural (GGR) qui s’occupera de la plantation des arbres. Cette fois-ci, le jujubier, le caroubier et l’alfa sont entre autres les espèces choisies et ce selon les régions et les sols.

Selon la direction générale des forêts, la mise en œuvre du Plan d’action de réhabilitation, d’extension et de développement du barrage vert qui est de 4,7 millions d’hectares englobant 13 wilayas du pays, se fera sous forme de projet de développement par localité, pour la période de 2022-2030 pour un montant à solliciter de 17 milliards de dinars par an. Par détail : une réhabilitation des plantations sur une superficie de 216 472 ha ; extension forestière et dunaire sur une superficie de 287 756 ha ; réalisation de bandes routières vertes sur 26 780 ha ; extension agro-pastorale sur une superficie de 1 924 620 ha ; études d’aménagement et de développement forestier sur une superficie de 354 000 ha, études pour le classement de quatre espaces fragiles en aires protégées sur une superficie de 33 570 ha et élaboration de cinq plans de gestion pour des zones humides classées Ramsar occupant 663 035 ha. Mais avant cela, d’ici trois ans, le reboisement doit se terminer dans 8 wilayas, 116 communes et 236 localités.

Historique

Ce projet de grande envergure et de notoriété internationale, est leader africain dans la prise de conscience pour lutter contre la désertification. L’idée a été «copiée», selon le document remis par la DGF, en 2007 par l’Union africaine pour la mise en place de l’initiative de la grande muraille verte pour le sahara et le Sahel, allant de Dakar à Djibouti, sur plus de 7000 km, dont l’Algérie est membre du comité de pilotage de l’initiative.

D’ailleurs, les barrages et murailles verts ont été cités dans le chapitre de désertification dans le rapport spécial du GIEC (Intergovernmental Panel on Climate Change) sur les changements climatiques et terre. Un rapport dont Fatima Driouech, professeur associée à l’université de polytechnique Mohamed V au Maroc, a détaillé dans son intervention tenue lors de l’atelier organisé par Africa 21, il y a quelques semaines, portant sur les préventions des risques de catastrophes et changement climatique au Maghreb.

Le barrage vert, faut-il le rappeler s’étend sur 3 millions d’hectares, avec 20 km de largeur et une longueur de 1500 km. Sa superficie réelle est de 3 698 558 ha. Il constitue un véritable obstacle physique entre la partie septentrionale du territoire, aux potentialités agronomiques et forestières avérées et l’immensité désertique du grand sahara, au Sud.

L’essentiel de l’aire de l’ouvrage se trouve, ainsi, sur le grand domaine de la steppe où on enregistre une riche biodiversité, notamment la présence de l’alfa sur six wilayas du barrage vert avec une superficie de 3,4 millions ha, soit 90% de la superficie total de l’alfa.

Toutefois, selon la direction générale des forêts qui supervise essentiellement ce barrage, affirme que la majeure partie du territoire algérien a un climat aride ou semi-aride et est particulièrement touchée par la désertification et la dégradation des sols, les régions de steppes, où se situe la zone du barrage vert, couvrent 32 millions d’hectares, avec environ 20 millions d’hectares de steppes et 12 millions d’hectares de zones présahariennes.

Ces zones abritent des terres pastorales situées derrière des systèmes agricoles mixtes de zones arides et sont particulièrement sensibles à la désertification, qui a été aggravée par le changement climatique. La majeure partie des terres occupées dans la région du barrage vert sont des pâturages (63%), suivis des forêts (18%) et de l’agriculture (cultures annuelles et permanentes) (16%).

Risques

Ces changements climatiques dans la région du barrage vert entraîneront non seulement un risque accru de stress hydrique et de dégradation des sols, mais aussi des conflits socio-économiques dus à une pression sur les ressources naturelles, avec des risques accrus pour les cultures stratégiques, ainsi que pour le pastoralisme, puisque les régions du barrage vert concentrent 57,3% de la population nomade.

Ce qui engendre plusieurs impacts. D’abord sur le plan «agriculture», on assiste à une modification du calendrier agricole traditionnel et raccourcissement du cycle végétatif ainsi qu’une diminution de la production agricole moyenne, en particulier des cultures sèches et de certaines cultures consommant plus d’eau, principalement, la production agricole pourrait connaître une réduction du rendement en grains de 6 à 14% d’ici 2030.

Puis sur le plan des «ressources hydriques», avec la réduction du ruissellement et de l’infiltration entraînant une réduction de l’offre de barrages et des régimes d’assèchement des oueds, ce qui réduira la disponibilité des eaux de surface et souterraines.

Viennent en troisième lieu les forêts avec la dégradation et la disparition de certaines espèces de plantes ainsi que la diminution de la biodiversité en raison du stress climatique accru et de la fréquence étalée des vagues de chaleur et de sécheresse entraînant une augmentation de la fréquence des incendies. Et enfin, la problématique du sol avec l’augmentation de l’érosion et de la salinité en raison de l’évaporation accrue et du temps écoulé entre les périodes de pluie et de sécheresse.

L’érosion réduit également la couverture végétale par des pertes de sol d’environ 150 à 300 t /ha/an dans les steppes défrichées.

 

Par Nassima Oulebsir

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