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mardi, 04 août, 2020
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Baignade sans danger dans les piscines privées ? : Un défi contraignant

30 juillet 2020 à 9 h 45 min

En dépit de la crise sanitaire, la location de piscines privées chez les particuliers a explosé, et ce, malgré les prix souvent excessifs et le potentiel danger encouru. Y a-t-il un réel danger ?

Cet été, suite à la fermeture des plages en raison du contexte actuel, le nombre de réservations des piscines privées a fortement augmenté, et c’est au réseau social Instagram que tout se passe. Des comptes sont créés quotidiennement pour faciliter le contact avec les potentiels clients. Des photos de la piscine et des menus proposés y sont publiés. Pour la plupart, il est interdit de ramener sa nourriture, il faut consommer sur place.

Un vrai business. Les photos sont jolies, l’emplacement bien indiqué, les tarifs affichés, les disponibilités mises à jour… Tout y est. Tout, sauf les règles d’hygiène. Sur les nombreux comptes consultés, un seul les mentionne clairement, mais il semblerait que cela ne pose pas de problème aux usagers. En effet, à peine l’annonce faite, «l’établissement» affiche déjà complet. Les disponibilités sont souvent rares. Pour beaucoup, seules quelques dates au mois de septembre sont encore disponibles.

Toutes les autres sont déjà bookées. Le tarif ? Il est compris entre 2500 et 3000 DA par personne, il s’agit évidemment que d’une fourchette indicative. En effet, les tarifs varient selon la localisation de l’endroit. Cela peut être un peu plus, ou un peu moins cher. Toutefois, pour la majorité des piscines, un minimum de 5 personnes est exigé pour confirmer la réservation. Mais cette pratique naissante ne favorise-t-elle pas la propagation du virus surtout que certaines piscines autorisent et encouragent même l’accès à plus de 10 personnes à la fois en proposant des ristournes ?

Normes

Pour Abdelaziz Touati, professeur spécialiste en écologie microbienne à l’université de Béjaïa, il est évident que la propagation du coronavirus est facilitée dans les endroits accueillant du monde. Le risque dépend, selon lui, de plusieurs paramètres incluant notamment le nombre de personnes présentes, la surface de la piscine (bassin et aire d’installation), piscine ouverte (à l’extérieur) ou couverte (en intérieur), et l’entretien de la piscine. «De plus, la piscine est généralement fréquentée par des jeunes et des adolescents dont l’application des regèles de distanciation sociale et du port du masque sont difficiles à faire respecter», ajoute-t-il.

Si l’éventualité de choper le virus dans l’eau de piscine est à écarter, celle-ci étant traitée au chlore et autres désinfectants (brome, ozone, UV…), les spécialistes recommandent tout de même que celle-ci réponde à des normes physiques, chimiques et microbiologiques très strictes. Et plusieurs éléments doivent être pris en considération pour la mise en pratique d’une politique de prévention des risques infectieux. D’abord, M. Touati recommande de s’assurer que l’alimentation en eau des bassins soit faite à partir du réseau public d’eau potable soit à partir d’une source autorisée (eau de puits par exemple).

Recyclage

«La piscine doit être dotée d’une installation de recyclage et de traitement de l’eau pour fournir en permanence une eau filtrée, désinfectée et rendue désinfectante pour éviter la contamination entre les usagers», ajoute-t-il. La désinfection s’effectue, selon le spécialiste, avec un agent autorisé (produits chlorés, produits bromés, chlorhydrate de polyhexaméthylène biguanide ou PHMB, ozone) selon des concentrations et des modalités d’utilisation parfaitement définies. Si la concentration du chlore n’est pas adéquate, cela encourt le risque de ne pas éliminer les bactéries et les agents infectieux présents dans l’eau et ainsi augmenter le risque de contamination.

Mais y a-t-il une dose spécifique pour le chlore afin que tous les germes soient détruits ? Pour une piscine traitée avec du chlore non stabilisé, M. Touati assure que le taux de chlore actif doit être compris entre 0,4 et 1,4 mg par litre. «Le taux de chlore combiné ne doit pas excéder les 0,6 mg par litre et le pH doit être compris entre 7,2 et 7,4», ajoute-t-il. Pour une piscine traitée avec du chlore stabilisé, le taux de chlore actif doit être de 2 mg par litre. «Le taux de chlore combiné ne doit pas excéder les 0,6 mg par litre et le pH doit être compris entre 7,2 et 7,5.

Le taux de stabilisant doit être compris idéalement entre 20 et 30 mg par litre et peut atteindre jusqu’à 60 mg par litre», précise-t-il. A cet effet, le spécialiste recommande de mesurer, en période de baignade, le taux de chlore de la piscine une fois par semaine voire plus pour être sûr que l’eau utilisée est désinfectée et désinfectante. Reste à savoir si toutes ces piscines dites «privées» suivent à la lettre ces chiffres et recommandations. Pas si sûr !

Filtrage

Et dans le but d’éviter tout risque de contamination, le spécialiste recommande que le filtrage de la totalité de l’eau doit se faire toutes les 4 heures. La raison ? La circulation de l’eau (recyclage) doit être homogène. «La couche d’eau superficielle des bassins doit être éliminée en continu par une reprise en surface d’au moins 50% des débits de recyclage», explique M. Touati. Selon lui, le renouvellement de l’eau du bassin (utilisation d’une eau désinfectée et désinfectante) doit se faire avec un apport quotidien d’eau neuve potable (au minimum 30 litres par baigneur) en amont du système de traitement, d’où la nécessité de connaître la fréquentation quotidienne de la piscine pour calculer le volume nécessaire ou fixer un taux de renouvellement quotidien. Autrement dit, si la piscine accueille chaque jour 10 personnes, un minimum de 300 litres par jour doit être apporté. «La filtration permet de se débarrasser des impuretés issues des baigneurs (flore microbienne ORL, cutanéomuqueuse, desquamation, …etc.) et celles ramenées par l’apport d’eau», précise l’expert.

Promiscuité

Si de prime abord l’eau ne semble pas être un vecteur particulier de la Covid-19, la concentration humaine dans les piscines oui. En effet, la promiscuité dans l’eau, hors du bassin et dans les vestiaires suscite des inquiétudes de la part des professionnels. D’ailleurs, il est recommandé de diminuer la capacité d’accueil maximale de la piscine, qui est d’une personne par m² en temps normal, à 50% pour garantir une distanciation correcte. «Un principe difficilement respecté quand il s’agit d’enfants et d’adolescents cherchant à s’amuser et se défouler en groupe», s’inquiète M. Touati.

C’est pour toutes ces raisons que l’expert propose que des recommandations relatives aux règles d’hygiène et de sécurité liées à la gestion de la pandémie de la Covid-19 doivent être clairement et mises à la disposition des usagers. «Pour les baigneurs, des règles d’hygiène de base doivent être respectées comme le déshabillage en cabine, port de bonnet et de lunettes de bains, douche obligatoire au savon», recommande-t-il, précisant que les douches doivent être équipées de distributeurs de savon liquide pour faciliter le savonnage. Selon lui, il est aussi essentiel que chaque baigneur effectue un passage par un pédiluve alimenté en eau courante et désinfectante. A l’issue de la séance, les usagers doivent suivre ce circuit en sens inverse.

M. Touati recommande également que les locaux (vestiaires, douches…), les sols, les barres d’appui et les rampes d’accès, carrelages, revêtement céramique, le lavabo, les toilettes, la douche, la robinetterie, les poignées des portes, les étagères ou les placards de la salle de bains doivent bénéficier d’un nettoyage désinfectant quotidien avec le même produit de traitement de l’eau de la piscine. Le fond de la piscine doit également être, selon le spécialiste, aspiré quotidiennement. «La désinfection des toilettes (surtout la lunette) et des douches doit être faite juste après toute utilisation pour éviter tout risque de contamination et surtout si ces endroits ne sont pas ventilés», précise-t-il.

En général, les douches au niveau des piscines sont des endroits exigus et leur utilisation se fait presque en même moment (à l’arrivée et à la fin) ce qui augmente le risque de regroupement. En termes de produits de nettoyage, M. Touati affirme qu’il est préférable d’utiliser des désinfectants à base d’ammoniaque au lieu de l’eau de Javel du fait que cette dernière est un produit toxique et corrosif, qui provoque des brûlures au contact, et dont les émanations peuvent causer maux de tête et nausées.

Masques

Par ailleurs, M. Touati assure que le port du masque, pas toujours respecté dans ces piscines, est nécessaire et même primordiale afin d’éviter tout risque. La raison : la transmission du coronavirus se fait essentiellement par voie aérienne (gouttelettes de postillons émises au cours des efforts de toux, d’éternuements, mais aussi lorsqu’on parle) et passe par un contact rapproché (moins d’un mètre) et prolongé (au moins 15 minutes de contact) avec un sujet atteint ou porteur du virus. Cependant, des particules de plus petite taille peuvent aussi être émises sous formes d’aérosols au cours de la parole (d’une portée d’environ 5 m), ce qui expliquerait que le virus puisse se retrouver en suspension dans l’air dans une pièce non aérée.

Cette transmission par voie aérienne justifie le port du masque qui est le seul moyen de se protéger. Ainsi, lorsque les gens se regroupent pour une période prolongée dans un même endroit, discutent et rigolent entre eux, le non-respect du port du masque fait encourir à ces gens un risque de contamination. «Ce risque est d’autant plus élevé si la pièce est non ventilée, densité de personnes élevée, présence de super-contaminateurs (des gens ayant des charges virales très importantes) et temps de contact prolongé.

Ajoutant à cela que les gens qui après baignade ont tendance à cracher plus et à se moucher plus souvent pour expulser l’eau. Cela augmente le risque de contamination», justifie-t-il. C’est pour cette raison que l’expert recommande de porter une attention particulière au système de ventilation des locaux dans le cas d’une piscine couverte. «La ventilation doit être permanente avec un apport d’air neuf suffisant, une déshumidification partielle et l’élimination des polluants», explique-t-il.

Finalement, est-il recommandé de fréquenter ce type d’endroits en ces temps de pandémie, d’autant plus que le nombre de cas est en augmentation fulgurante ? Pour M. Touati, en dehors de la contamination par le coronavirus, nager dans une piscine non entretenue encoure plusieurs risques. Selon lui, la contamination de l’eau de la piscine se fait soit à partir du réseau d’alimentation du bassin soit principalement à partir des flores microbiennes cutanéomuqueuse rhinopharyngée et digestive des baigneurs. Ainsi, la filtration a pour principale fonction d’éliminer les impuretés les plus importantes de l’eau de piscine. «De plus, la température de l’eau qui dépasse généralement les 30°C est favorable au développement de plusieurs bactéries», prévient-il.

De plus, M. Touati ajoute que ’action irritante pour la peau et les muqueuses des produits dérivés du chlore, comme les chloramines, peut également favoriser la survenue d’une infection et/ou d’une allergie. Parmi ces infections, les folliculites à Pseudomonas aeruginosa sont les infections cutanées les plus fréquemment retrouvées.

Des infections à champignons ou encore des verrues plantaires à Papillomavirus peuvent être acquises via des surfaces contaminées. En plus des infections cutanées, des Infections respiratoires à Legionella sont également possibles. Des infections gastro-intestinales virales ou parasitaires peuvent également être acquises.

Sofia Ouahib

[email protected]

 

 

Évitez l’eau de javel dans la piscine !

Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’eau de javel ou l’hypochlorite de sodium est un produit chloré, mais ce n’est pas le chlore le plus adapté au traitement des piscines à cause de ses nombreux inconvénients. «D’abord, l’eau de javel se dégrade très vite lors de son stockage et de ce fait le dosage est plus compliqué car on ne peut pas savoir la dose exacte à appliquer», assure M. Touati. L’expert ajoute que celle-ci est très instable. Une fois dans l’eau, est très vite altérée par la lumière et le soleil (UV). Cela nécessite de rajouter des doses de produit très souvent. De plus, l’eau de javel a un pH très élevé (pH=12), ce qui n’est pas bon pour l’eau de la piscine dont le pH est de 7.2/7.4. Et enfin, l’eau de javel augmente les problèmes l’entartrage du bassin et des équipements piscine. Il est donc plus recommandé d’utilisé le chlore.

 



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