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Au Niger, sur les traces de Maria…

07 juin 2019 à 9 h 00 min

Maria, jeune Camerounaise de 24 ans, s’est retrouvée, malgré elle, embarquée dans un bus à destination d’un pays qui n’est pas le sien. Elle avait été arrêtée en 2018,sur les rives de l’oued Jorgi, à Maghnia, avec d’autres de ses semblables : des migrants en situation irrégulière de différentes nationalités.

 

«Je reviendrai à Maghnia, par terre, par air, par la mer… Mais je reviendrai 

Déportée vers le Sud algérien, à Tamanrasset précisément, Maria devait, normalement, être acheminée vers son pays, le Cameroun. Mais, la folie humaine a voulu qu’elle soit déportée vers le Niger, à Agadez, pour y être jetée dans un camp de rétention. «On m’a expulsée vers un pays qui n’est pas le mien. Et même si je le voulais, je ne pourrais pas rejoindre Douala, ma ville natale. Je n’ai rien, même pas de quoi me nourrir.

A Maghnia, en Algérie, pays hostile aux migrants, j’étais une étrangère vivant dans l’enfer de la clandestinité. Aujourd’hui, je suis au Niger, pays aussi pauvre que le mien, mais qui me tolère parce que je représente une valeur monétaire.

Je suis étrangère, apatride dans mon propre continent. Quoi qu’il en soit, par la grâce de Dieu, je reviendrai à Maghnia, pour tenter de traverser au Maroc et humer… l’air ibérique» nous-a-t-elle confié, déterminée, via internet, quinze jours après avoir atterri, avec fracas, à Agadez.

Promesse illusoire : plus d’une année après sa déportation, Maria n’a pas donné signe de vie. Elle n’est pas revenue à Maghnia. Nous avons décidé d’aller sur ses traces. Parcourir 3000 kilomètres et braver l’itinéraire jonché de mille et un imprévus.

«On m’a expulsée vers un pays qui n’est pas le mien»

Nous savions que prendre le chemin inverse et nous mouvoir dans les tripes de l’Afrique était une entreprise hasardeuse, un projet suspect… mais, cela valait le coup : chaque dune, chaque sillon, chaque pierre exhalait l’odeur de Maria. Andre Shena, activiste des droits humains, basé à Agadez, l’homme des sables qui sillonne le désert à la recherche des migrants en difficulté, nous avait proposé un point de chute : Arlit, à 200 kilomètres au nord d’Agadez, pour nous mener à destination.

Une aide précieuse, mais risquée. «Les nouvelles ne sont pas rassurantes. Des combattants toubous en grand nombre seraient rentrés au Niger et auraient déposé leurs armes à Tamou (sud-ouest de Niamey). Ils auraient remis armes et véhicules aux autorités militaires nigériennes.

Cette capitulation aurait une relation avec les combats entre l’armée libyenne sous le commandement du maréchal Haftar et les combattants toubous qui contrôlaient le Sud libyen», nous dit-il, quelque peu inquiet. Les Toubous sont une population nomade concentrée dans le nord du Tchad, jusqu’au sud de la Libye et au nord-est du Niger.

Ils cohabitent avec les Touareg depuis le XIXe siècle, mais se disputent, depuis toujours, la sécurisation des gisements pétroliers et le contrôle des trafics dans la région, d’où les tensions continuelles et les affrontements violents réguliers. Autant dire que la région bouillonne.

Le moral était au plus bas. Nous venions de parcourir 2500 kilomètres entre Maghnia et In Guezzam via Tamanrasset, poste frontalier avec Assamaka, porte du Niger. Comment, alors, traverser une région sans tomber dans les rets de coupeurs de route voraces, de militaires sur leurs gardes, de milices sur les nerfs, de trafiquants paranoïaques ? un climat hostile, un environnement dangereux !

Aller à Agadez, c’est comme aller à la guerre

Et comme tous les malheurs semblaient se donner rendez-vous à deux doigts de notre but, Tahar, notre guide, nous avertit, désolé : «Votre profession ne plaide pas en votre faveur et, du coup, votre passage au Niger pose problème. Comment vous obstinez-vous à continuer à vous rendre à Agadez par des chemins détournés et malgré tous ces aléas ? Il est vrai que les militaires exigent un visa, mais ils peuvent vous laisser passer à Assamaka… Sauf que vous ne devrez pas vous aventurer en dehors de la circonscription.

Autrement dit, vous avez le droit de passer une journée à Assamaka et pas un mètre de plus en dehors de ce territoire. Seulement, il faut montrer patte blanche. Ici, c’est comme ça !» Nous ne comprenions pas trop le fait de payer pour accéder à une partie du Niger (Assamaka) mais pas à tout le Niger.

Une logique absurde que nous ne devions pas discuter. Soudoyer les garde-frontières… Nous nous y attendions un peu ! Une sorte d’impôt que nous devions payer, mais pas à qui de droit ! Un racket, quoique plusieurs fois dénoncé par des migrants et des organisations non gouvernementales, cette dîme est toujours de mise. Et au point où nous étions, nous n’avions pas le choix.

C’était à prendre ou à laisser ! Nous pressentions que la chance nous tournait le dos. Déjà, dès que nous nous sommes pointés au niveau du poste frontalier, notre guide nous conseille de nous mettre à l’écart et de lui confier notre destin.

Curieusement, comme s’il était mandaté, Tahar s’improvisa intermédiaire, ou plutôt négociateur entre les militaires et nous. Ainsi donc, notre route s’arrêtera à Assamaka, porte du Niger, à 2500 km de Maghnia, notre point de départ… Une frustration. Et dire qu’il ne nous restait que 450 kilomètres pour fouler le sol d’Agadez, point de chute forcé de Maria.

Visa pour un jour

Découragés, nous expliquons naïvement à notre guide qu’il venait de rompre unilatéralement notre deal, qui était de nous conduire jusqu’à Arlit, où nous attendait André. Peine perdue, notre ange gardien changea de ton et dit ne répondre de rien s’il nous arrivait un malheur. Capituler aux portes de l’Afrique, à un souffle de Maria, était plus qu’une déception. Un drame ! «Le drame, c’est de vous jeter dans la gueule de l’ogre» lâche, l’air grave, le passeur.

A ce moment, un militaire nous fait signe d’avancer et réclame nos téléphones portables. Il vérifia notre galerie photos, nous intima l’ordre de supprimer la dizaine de clichés que nous avions pris en cachette et nous autorisa l’accès au Niger. Un court séjour, accompagné de Tahar, pour un café dans une bicoque, faisant office de cafétéria, brûlante sous un soleil de plomb.

Il était donc écrit que nous n’emprunterions pas l’itinéraire des migrants et que nous ne traverserions pas les gisements d’uranium que le groupe français Orano (ex-Areva) exploite à Arlit depuis 1970.

Lorsque cette société française s’était implantée dans cette partie nord du Niger, des espoirs sont nés pour les autochtones et les travailleurs nigériens venus d’ailleurs. Une mine synonyme de développement économique pour tout le pays. Rapidement, la population s’est rendue compte que ces gisements étaient une malédiction : des problèmes de santé sont apparus (difficultés respiratoires, cancers, naissance de bébés mal formés…) à cause de la poussière radioactive, l’eau empoisonnée et la nourriture contaminée.

L’uranium d’Arlit

De retour à Tamanrasset, démoralisés, nous fîmes contre mauvaise fortune bon cœur et reprîmes contact avec nos amis d’Agadez, qui nous informèrent que selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), «en 2018 (année de la déportation de Maria au Niger) l’OIM au Niger aura aidé près de 17 000 migrants refoulés d’Algérie, d’autres fuyant la Libye, à rentrer chez eux…».

Maria en faisait-elle partie ? Andre Shena nous apprit, à son tour, que le centre de rétention d’Agadez était inaccessible et que des migrants, disséminés aux alentours d’Agadez, ne s’aventuraient plus en ville. Ils étaient invisibles.

Maria y était-elle ? Un vent de sable s’éleva. Inexorablement. La senteur de la Camerounaise fouetta notre visage endolori et enveloppa l’atmosphère. Comme pour nous rassurer. A distance. Elle vivrait toujours. Une intuition. Nous l’attendrons à Maghnia !

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