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mardi, 04 août, 2020
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Ammal : Les habitants disent stop à la prolifération des carrières

30 juillet 2020 à 9 h 35 min

Les habitants de la commune d’Ammal, dans la wilaya de Boumerdès, s’élèvent contre l’ouverture d’une nouvelle carrière dans cette localité. L’activité des carrières et les désagréments qu’elle cause ont été dénoncés à maintes reprises par la population. Mais les autorités semblent faire la sourde oreille aux complaintes de ces montagnards, dont le quotidien est déjà assez embrouillé.

 

Les habitants d’Ammal, comme ceux des localités environnantes, sont exposés depuis de longues années aux désagréments des carrières. «On ne gagne que la poussière et les nuisances sonores», déplore Naserdine Amalou, vice-président de l’APC d’Ammal, qui s’oppose à l’ouverture d’une nouvelle carrière dans sa localité. M. Amalou précise que d’autres carrières sont déjà opérationnelles et les habitants savent très bien ce qui les attend.

L’édile rappelle que Ammal est une commune à vocation agricole comme elle a tous les atouts pour devenir une destination touristique par excellence (sites historiques, plantes endémiques, et des paysages des plus splendides).

En dépit de ses potentialités, cette localité nichée dans une zone montagneuse n’est pas épargnée par les carrières qui corrodent les terrains de la wilaya de Boumerdès. Faut-il rappeler qu’une autre commune, Keddara, à elle seule, compte 11 carrières. Ainsi les habitants d’Ammal, comme ceux des localités où l’industrie extractive gagne du terrain, souffrent de la pollution engendrée par cette activité.

Un autre désagrément, qui n’est pas des moindres, demeure les nuisances sonores au premier chef desquelles viennent les détonations. «Nos concitoyens qui ont tant souffert des affres du terrorisme se réveillent en sursaut à cause des explosifs au niveau de ses carrières. Les déflagrations provenant de ces sites sont ressenties à longueur d’année», regrette un membre de l’association Tafraout pour la protection de l’environnement. L’association a été créée depuis trois ans spécialement pour protéger la biodiversité de cette région et stopper un tant soit peu le danger de ces carrières sur les écosystèmes de cette région qui recèlent des plantes endémiques.

D’autres associations, à l’instar de l’association Assirem, luttent depuis de nombreuses années contre l’installation de l’industrie extractive dans cette région. L’association Assirem était la première à donner l’alerte quant au danger qui guette la population d’Ammal à cause de ces carrières. En outre, au désagrément des explosions à répétition de ces carrières rocheuses, s’ajoute le bruit des camions de gros tonnage et la poussière engendrée par leur circulation à longueur de la journée.

«On ne gagne en réalité que la poussière»

Les habitants d’Ammal se demandent pourquoi le choix de leur région par les investisseurs des carrières, pourquoi spécialement des projets d’extraction des matériaux ? Ils s’interrogent sur ce qu’ils gagneront en contrepartie en s’appuyant sur l’expérience des habitants de Djebel Bouzegza. «On ne gagne en réalité que la poussière, même les contrats de travail sont de court terme. Une fois la carrière installée, l’investisseur met fin à ces contrats», révèle un membre de l’association Tafraout.

Le président de cette association a même saisi le wali de Boumerdès pour arrêter ce projet mais sa requête est restée lettre morte. Pourtant, ce projet d’ouverture d’une autre carrière dans la commune d’Ammal représente aussi un danger pour la route nationale n° 5 comme il compromet un autre projet d’envergure nationale, à savoir celui de la voie ferrée qui passera par cette zone, comme en alerte le vice-président de la commune de Ammal.

La mise en état de ces anciennes carrières n’a toujours pas vu le jour

Bien qu’elle soit exigée par le cahier des charges, la mise en état des carrières ayant cessé l’activité n’a toujours pas vu le jour. L’impact de ces carrières en cours d’activité sur l’environnement a été dénoncé à maintes reprises par la société civile. Mais jusque-là rien n’a été fait ni au cours ni même après la cessation de l’activité d’extraction. La flore et la faune y ont complètement disparu du paysage naturel, comme en témoignent les habitants des localités telles que Talamali dans la localité de Thénia.

Après l’arrêt des activités de nombreuses carrières dans cette région, aucun travail de restauration écologique n’a été entrepris par les investisseurs ayant rongé les entrailles de ces coteaux et montagnes. A présent, les villageois ont droit à des paysages désolants : des massifs de poussière qui se propagent au gré du vent. Les recommandations et les directives de l’Agence nationale de la géologie et du contrôle minier (ANGCM) n’ont jamais été respectées. Il n’y a eu aucune opération de reboisement pour parer un tant soit peu au risque du glissement du terrain.

Milieux de carrière ou de nouveaux écosystèmes bien particuliers

Ainsi, l’écologie de la restauration semble l’élément oublié par ces industries extractives. Pas de reboisement ni d’aménagement des sites en fin d’activité. Pourtant, les terrains, relevant des anciennes carrières, peuvent donner lieu à de nouveaux écosystèmes, comme le signale le Guide pratique à l’usage des exploitants de carrières, ENCEM, publié en juin 2011 en France.

Bien qu’il traite des carrières se trouvant en dans l’Hexagone, ce guide peut être une source d’inspiration pour les exploitants des carrières en Algérie afin de gérer de façon écologique et entreprendre des méthodes adaptées à chaque milieu de carrière. En somme, il s’agit d’un guide de bonnes pratiques à mettre en œuvre pour gérer et aménager de façon écologique les carrières de roches massives.

Cet outil peut permettre d’aller plus loin dans le concept du réaménagement en favorisant l’apparition et le maintien de milieux favorables aux espèces qui se développent dans les carrières. Il plaide pour une croissance harmonieuse de l’activité qui prend en compte les enjeux sociétaux de la biodiversité, lit-on dans ce guide.

Djedjiga Rahmani

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