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Dossier

Agriculture durable : le défi de demain

28 novembre 2019 à 10 h 02 min

Développer une démarche agroécologique, c’est réduire les intrants. Autrement dit, supprimer l’ensemble des ressources externes utilisées par l’exploitant. Mais de quoi s’agit-il réellement ? Davantage une réflexion et une démarche globale qu’une production encadrée ?

 

L’agriculture durable» fait partie des expressions qui reviennent souvent, on ne sait pas toujours vraiment ce que cela désigne réellement. Et pour cause : absence de cahier des charges, pas de certification et absence de texte légal pour en définir les pratiques.

Mais alors, de quoi s’agit-il concrètement ? Dans sa définition, l’agriculture durable reprend les principes du développement durable en les ajustant au monde agricole. «L’Agriculture durable se réfère à la définition du développement durable, c’est-à-dire : un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs», explique Ahcène Kaci, maître de conférences classe A au département d’économie de l’Ecole nationale supérieure agronomique d’El Harrach, à Alger, et chercheur associé au Cread, division ATE.

Selon lui, celle-ci vise à réduire fortement l’empreinte environnementale tels la limitation de l’effet de serre, réduction de la dégradation des sols, limitation de la dépense énergétique fossile, réduction des déchets, limitation d’usage de pesticides et de ce qui porterait atteinte à la santé humaine et de l’environnement, utilisation des services écologiques fournis par les écosystèmes.

En d’autres termes, l’agriculture durable est un système de production agricole dont le développement durable prend en compte trois dimensions interactives, en l’occurrence : la dimension économique, environnementale et sociale. Son objectif est de rendre les exploitations autonomes, viables économiquement, écologiquement saines, transmissibles, socialement acceptables et actrices de leur territoire.

Facteurs perturbateurs

A cet effet, Fares Kessasra, maître de conférences à l’université de Jijel et consultant auprès de l’Unesco, explique : «L’agriculture durable vise à produire tout en veillant à réduire les impacts sur l’environnement.» Selon lui, les visées sont multiples, à savoir protéger les ressources naturelles de prime à bord, notamment les ressources en sol et les ressources en eau. Protéger la biodiversité face à une recrudescence alarmante du nombre d’espèces menacées ou en voie d’extinction, et promouvoir le métier qui tente à résister, tant bien que mal, face à une mondialisation féroce. Le spécialiste explique que si la durabilité repose sur une utilisation ciblée des mécanismes naturels, le principe ne proscrit pas pour autant l’usage des intrants, ni engrais chimiques et pesticides.

Et justement afin de réduire les effets néfastes des mauvaises pratiques, M. Kessasra affirme que cela passe par la réduction des facteurs perturbateurs du sol afin d’en préserver ses principales fonctions (porosité, fertilité). «Cela se fait grâce à la protection du sol par une couverture végétale permettant un apport supplémentaire en biomasse et un recyclage efficace de la matière organique et la diversification des rotations des cultures pour le maintien de la biodiversité, entre autres», assure-t-il.

Finalement, l’agriculture durable a des retombées environnementales mais les visées sont également sociales. «La dimension sociale est structurée autour de la préservation de la cohésion sociale autour d›un projet agricole à l›échelle d›un territoire engageant des familles, un village, une communauté», ajoute M. Kessasra. Notons que l’agriculture durable est souvent opposée à des formes d’agricultures conventionnelles ou comparée à l’agriculture biologique. Elles n’ont en fait pas le même statut. En fait, l’agriculture durable est une démarche d’amélioration et s’inscrit dans une dynamique d’évolution.

Elle n’est donc pas définie par un cahier des charges spécifiques et il n’existe pas un modèle d’agriculture durable. En revanche, «des méthodes de diagnostic basées sur des indicateurs économiques, environnementaux et sociaux peuvent  proposer des pistes d’évolution vers une démarche plus agroécologique pour chaque exploitation», explique Nouad Mohamed Amokrane, expert en agronomie. Ainsi, pour conforter ou concevoir des systèmes de production durable, il faudra nécessairement mieux concilier agronomie et écologie.

Mécanismes

Toutefois, si les pratiques agroécologiques présentent des atouts indéniables par rapport à l’agriculture conventionnelle, «leur adoption se heurte à de plusieurs obstacles», assure M. Amokrane. Selon lui, le premier est d’ordre technologique ; la modernisation de l’agriculture mondiale s’étant faite uniquement selon un modèle productiviste. Le deuxième est socioéconomique. M. Amokrane explique : «De grands acteurs dominent le marché, aussi bien au niveau des producteurs d’intrants que des industries de transformation.

La possibilité pour de petits acteurs ou même des acteurs de taille moyenne de créer des alternatives est donc très limitée.» Pour ce qui est du troisième obstacle, il est, toujours selon M. Amokrane, d’ordre culturel : «Nos modes de vie pressés dépendent d’une alimentation transformée et facile à préparer.»

Il est donc «logique» que «le recours à l’agriculture durable reste à l’état embryonnaire», soutient Ahcene Kaci. Selon lui, cette pratique n’est pas normalisée et est non soumise à des contrats de production qui obligeraient les agriculteurs à respecter les pratiques de l’agroécologie. Et malheureusement, cela n’est pas près de changer. En effet, à en croire l’analyse de M. Kessasra, le recours à ce type d’agriculture en Algérie n’est pas à l’ordre du jour dû au manque de mécanisme de mise en place. «Et puis, faudrait-il le souligner, que ce n’est pas dans nos priorités actuelles et futures», ajoute-t-il.

Selon lui, l’Algérie fera face à une problématique délicate qu’est notre sécurité alimentaire dans un contexte de réchauffement climatique hyper-imprévisible. Selon les prévisions d’IFs, l’Algérie comptera 53,6 millions d’habitants d’ici à 2040. La population devrait se stabiliser aux alentours de 60 millions de personnes deux décennies plus tard. «Il faut nourrir tout ce quartier, et en l’état actuel des choses, il m’est difficile d’admettre que les politiques à venir feront de la durabilité et du bio leur cheval de bataille et cela est compréhensible à plus d’un égard. Les prix des denrées alimentaires grimpent dans une logique haussière incertaine», confie-t-il. Il ajoute : «Le modèle que nous sommes en train de tester sur l’Algérie donne des alertes à prendre au sérieux et les recommandations qu’on propose vont dans le sens d’atténuer ce choc prévisible.»

Prévisions

A cet effet, Fares Kessasra explique que ledit modèle rentre dans le cadre d’un projet piloté par l’Institute for Security Studies (ISS) basé à Pretoria, en Afrique du Sud, avec le soutien de l’Institut néerlandais des relations internationales Clingendael, et du Frederick S. Pardee Center for International Futures de l’Université de Denver aux Etats-Unis. «Ce dernier met à notre disposition une plate forme numérique comportant une série de logiciels de simulation qui nous permet de générer des scénarios de prédiction. On les appelle des scénarios tendanciels qui vont à l’horizon 2040», explique–t-il. Quelques pays africains ont été sélectionnés, à leur tête le Kenya, l’Ethiopie, l’Algérie, la Tunisie et prochainement le Rwanda.

M. Kessasra confie que les recherches sont basées sur le modèle International Futures (IFs) pour analyser l’état actuel du développement en Algérie et le scénario prévisionnel. Sachant qu’IFs est un outil de prévisions à long terme qui inclut une variété de domaines du développement tels que la démographie, l’économie, l’éducation, la santé, l’agriculture, l’eau, l’environnement, l’énergie, etc.

Cet outil combine de multiples méthodes de modélisation afin d’identifier et mettre en œuvre des relations fonctionnelles dans les domaines et effectuer des prévisions. Selon l’expert, le scénario de trajectoire actuelle résulte d’une interaction dynamique entre les principaux domaines. «L’ISS nous a invités récemment, en tant qu’expert dans l’eau et l’agriculture, à un atelier d’évaluation et de discussion des premiers résultats, afin de remédier à certaines erreurs. Cette étape est hautement cruciale avant la validation des issues du modèle. Le rapport Algérie est en cours d’élaboration et devrait sortir d’ici la fin de l’année en cours», ajoute-t-il.

S’il est primordial de revoir notre stratégie agricole c’est parce que la productivité du secteur agricole algérien est inférieure à celle des pays de la même catégorie de revenu. «On ne produit que 3,05 tonnes par hectare. Ce rendement se rapproche davantage de celui des pays africains à faible revenu (2,7 tonnes) que de celui du reste des pays à revenu intermédiaire du continent (4,07 tonnes)», avance M. Kessasra. Il est donc impératif de réfléchir à pallier à ce manque à gagner. Selon lui, le pays compte environ 1,3 million d’hectares de terres irriguées et prévoit d’en augmenter le nombre jusqu’à 2 millions d’hectares d’ici la fin de 2019. «Ce que rapporte les rapports mais réellement dans deux mois, les 2 millions d’hectares ne seront pas atteints», ajoute-t-il.

Sécurité alimentaire

Ce dernier explique que son rendement moyen devrait atteindre 3,8 tonnes par hectare d’ici à 2040, l’Algérie accusera toujours un retard par rapport aux pays de la même catégorie de revenu. Mais est-ce qu’avec cette ambitieuse politique d’irrigation agricole, la productivité rebondira ? «Non», se désole M. Kessasra.

C’est pour cela qu’il faudrait désormais s’orienter vers d’autres pistes. «L’Algérie en sort de ses simulations avec une marge de manœuvre très restreinte pour accroître la superficie des terres cultivées, l’intensification de l’agriculture représente le seul moyen d’améliorer l’efficacité du secteur», confie M. Kessasra. Cette solution implique, selon l’expert, d’augmenter la proportion de terres irriguées certainement, mais aussi de recourir à des semences améliorées, à plus d’engrais chimiques et à des méthodes agricoles modernes. D’ailleurs, ce dernier s’interroge sur la place que pourraient occuper l’agriculture durable et l’agriculture biologique dans cette configuration.

En de pareilles circonstances, pourquoi devrait-on s’intéresser à l’agriculture durable ? A en croire l’analyse de Fares Kessasra, en plus de devoir composer avec un écosystème agricole difficile et déficitaire, l’Afrique du Nord est fortement exposée aux effets des changements climatiques.

Ce phénomène devrait, selon lui, considérablement nuire à la disponibilité des ressources en eau, moteur essentiel au développement de l’agriculture et des surfaces cultivées, et à la sécurité alimentaire en Algérie. De l’avis de Nouad Amokrane, il serait intéressant de s’y intéresser, car l’agriculture durable ne nécessite pas d’équipements ou d’intrants agricoles coûteux (engrais, semences, pesticides, etc.), ni de vastes superficies pour être productives, en plus des cultures agroécologiques qui ne réclament en outre qu’un investissement initial limité.

Ces éléments pèsent donc beaucoup moins sur des budgets serrés et préservent les agriculteurs du risque d’endettement. «Elle contribue à la réduction de nos importations et de la dépendance vis-à-vis des fournisseurs, des intermédiaires et des marchés externes en tablant en priorité sur l’optimisation des ressources locales», fait-il savoir. De leur côté, Ahcene Kaci et Gasmi Ben Salah, maître-assistant classe A en sociologie à l’université de Djelfa que le développement de l’agriculture durable permettrait de produire les espèces à critères d’adaptation suivant la zone, le climat et la culture conduite suivant les conditions respectueuses de l’environnement.

Réforme

Une autre raison, évoquée par les deux enseignants, est la conduite de l’agriculture complémentaire en vue de subvenir aux besoins des ménages dans le cadre de la petite paysannerie. A cet effet, M. Amokrane affirme que dans la plupart des pays du monde, ce sont les exploitations agricoles paysannes qui sont les plus à même d’héberger les systèmes de production inspirés de l’agro-écologie, et plus généralement les plus conformes aux exigences du développement durable.

Selon lui, sur le plan écologique, le développement de techniques agricoles qui soient à la fois plus productives et plus respectueuses de l’environnement paraît en effet bien plus aisé dans les exploitations agricoles familiales, moins soumises aux impératifs d’économies d’échelle et de réduction des coûts salariaux. «L’Algérie disposant de plus d’un million de petites exploitations agricoles est plus apte à ce type d’agriculture dont la résultante est la contribution à l’amélioration de notre sécurité alimentaire», assure-t-il.

Un tel projet ne pourra donc se passer ni d’une réforme agraire radicale là où elle est possible, ni de politiques publiques visant à assurer aux agriculteurs familiaux des prix stables, élevés et rémunérateurs : mécanisme de stabilisation des prix et de soutien à la production. Afin de mener ce type d’agriculture à bon port, M. Kessasra estime que cela ne se concrétisera pas sans les volontés du secteur privé.

Selon lui, il est certes urgent d’intensifier notre productivité d’ici 2040, mais il est tout aussi judicieux de développer d’autres circuits parallèles tels que le bio et l’équitable. «Il ne faudrait pas désormais compter sur l’Etat mais sur les investisseurs privés porteurs de projets verts qui sont invités à s’engager», ajoute-t-il. Pour lui, c’est un terreau fertile qui attire une catégorie de classe moyenne urbaine en quête de produits sains à Alger, Oran, Annaba et d’autres villes du Nord. L’expert confie qu’on prévoit environ deux millions de potentiels consommateurs.

M. Kessasra propose de développer tout le circuit allant du champ à la commercialisation et à la vente en ouvrant des magasins bio accessibles en ville. «Mais des collectifs de citoyens qui raccourcissent le chemin entre le producteur et le consommateur voient le jour, et ce type d’initiative est à encourager», conclut-il. De son côté, M. Amokrane estime que pour un développement durable de l’agriculture, le secteur a besoin d’être bien structuré en matière de marché (externe et interne), formation, recherche et vulgarisation.

L’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie intégrée sera une première étape importante. Selon lui, il existe de nombreux atouts pouvant permettre à ce type de l’agriculture de se développer en Algérie. Il s’agit tout d’abord de la disponibilité d’un potentiel important dans le secteur de l’agriculture traditionnelle pouvant «rapidement» faire l’objet d’une certification.

Stratégie

Ensuite, la proximité du marché européen, avec une demande pour les produits issus de l’agriculture biologique en pleine expansion, offre, selon Nouad Amokrane, un potentiel important de valorisation et de débouchés à l’exportation. Tout en sachant que l’agriculture biologique tient une place importante dans le marché mondial de l’agroalimentaire. «C’est une agriculture qui répond aux nouvelles exigences des consommateurs, soucieux d’une alimentation saine et bonne pour la santé», ajoute-t-il.

En quelques années, les produits bio ont envahi les rayons des distributeurs et les étals des marchés. L’engouement des consommateurs est donc réel et le marché ne cesse de croître. L’expert agronome assure : «Il enregistre même une plus forte progression que celui des produits issus de l’agriculture conventionnelle.»

C’est pour ces raisons qu’il conseille de développer les aides publiques adéquates pour promouvoir les pratiques agro-écologiques. Il appelle également à créer ou renforcer les services de vulgarisation et de formation aux technologies agro-écologiques et enfin, soutenir les organisations et les réseaux inter-producteurs pour développer et partager les expériences dans le domaine de l’agro-écologie, notamment en capitalisant sur le savoir-faire traditionnel.

De leur côté, Ahcène Kaci et Gasmi Ben Salah estiment que la stratégie devrait être basée sur la création et l’organisation des filières pour s’intégrer dans le cadre de l’économie du marché. Ensuite, arrive l’étape de l’encouragement de l’agriculture durable et l’amélioration des techniques respectueuses de l’environnement par le biais des subventions étatiques et autres mesures d’appui en matière de politiques publiques.

S’en suit la vulgarisation et la sensibilisation des acteurs locaux en utilisant les techniques de communication les plus modernes et les plus adaptées (approche participatives, conseils agricoles, ect). Par ailleurs, les deux spécialistes appellent à la mise en œuvre des facteurs de différenciation propre à l’agriculture biologique en Algérie et suggèrent la cohabitation de l’agriculture biologique comme un système de production indispensable pour subvenir aux besoins locaux. Hélas, selon Fares Kessasra, les priorités algériennes sont ailleurs.

Cadre légal

Mais que gagne-t-on à développer ce type d’agriculture ? Ahcène Kaci et Gasmi Ben Salah énumèrent les avantages comme suit : préservation des ressources naturelles (eau, végétation…) ; promotion de la petite paysannerie et enfin dynamisation des ressources économiques et sociales du milieu rural algérien. De son côté, M. Amokrane explique que les systèmes agro-écologiques améliorent l’utilisation des ressources naturelles, en particulier celles qui sont abondantes et gratuites, comme le rayonnement solaire, le carbone atmosphérique et l’azote. Selon lui, en renforçant les processus biologiques et en recyclant la biomasse, les nutriments et l’eau, les producteurs peuvent utiliser moins de ressources externes, ce qui réduit les coûts et les effets négatifs sur l’environnement.

Et enfin, toujours selon l’expert, les pratiques agro-écologiques se sont avérées importantes pour contribuer au développement durable de l’agriculture, améliorer les revenus des producteurs agroalimentaires et renforcer leur résilience face au changement climatique. Autre avantage primordial et non des moindres, l’agroécologie est gage d’autosuffisance alimentaire. M. Nouad va plus loin en assurant que l’agroécologie peut être la solution d’un véritable projet de souveraineté alimentaire, énergétique et technique.

Il explique : «Les systèmes agroécologiques génèrent de meilleurs rendements pendant les mauvaises années que l’agriculture conventionnelle et apportent ainsi aux familles de paysans davantage de sécurité que les moyens de production traditionnels.» Finalement, l’agroécologie répond aux défis actuels et à venir auxquels doit faire face l’humanité : sécurité alimentaire, génération de richesses et de revenus, emploi, santé, gestion des ressources non renouvelables, restauration de terres, biodiversité. Mais n’étant pas une agriculture conventionnelle et pour être éligible, ce type d’agriculture «doit être réglementé avec un cahier des charges spécifique accompagné d’une certification ou d’une labellisation», assure M. Amokrane.

Un avis partagé par Zoubir Sahli, ingénieur agroéconomiste et docteur  en économie rurale et agroalimentaire, estime qu’un cadre légal régulant cette activité serait le bienvenu mais ce dernier devrait être largement bien documenté par des expertises et des enquêtes de terrain ainsi que de véritables études et plans d’assainissement des structures et des systèmes de production agricole qui seraient largement discutés et partagés par l’ensemble des acteurs.

Selon lui, l’agroécologie est un ensemble de systèmes de production dont il faut respecter les grandes lignes, mais les cahiers des charges ne sont que des moyens techniques et institutionnels qui doivent être imposés dans le cadre de plans de culture et de production agricoles que les pouvoirs publics doivent imposer (pour toutes les exploitations et tous les systèmes de production et  à tous les producteurs), comme cela se faisait dans les années 60-70. «Pour cela, il est essentiel de mettre en place une véritable planification agricole adossée à une planification alimentaire», ajoute-t-il. Cependant, cela reste, selon lui, difficile en ce moment vu la non connaissance de qui est qui et qui fait quoi.

Finalement, l’agroécologie est foncièrement différente de toute autre approche du développement durable. Basée sur des processus ascendants et territoriaux, elle aide à résoudre les problèmes locaux grâce à des solutions adaptées au contexte.

Pour M. Amokrane, les innovations agroécologiques se fondent sur la production conjointe de connaissances, en associant la science et les savoirs traditionnels, concrets et locaux des producteurs. En renforçant leur autonomie et leur capacité d’adaptation, l’agroécologie donne aux producteurs et aux populations les moyens d’être des acteurs-clé du changement. Les pratiques agroécologiques offrent aux agriculteurs un meilleur contrôle et leur permettent de répondre à leurs propres besoins et d’augmenter leurs revenus tout en atténuant leur exposition aux chocs climatiques.

Par ailleurs, l’agroécologie peut développer des systèmes de production intensifs respectueux de l’environnement et constitue un atout de la diversité, y compris économique pouvant mobiliser l’ensemble du système agraire afin de donner un nouveau souffle à notre économie et reprendre ainsi sa place de pourvoyeur de produits agricoles à l’exportation.

Sur le plan économique, le développement de l’agriculture durable peut être bénéfique. En effet, selon les chercheurs Ahcene Kaci et Gasmi Ben Salah, l’agriculture durable peut contribuer à la création de filières exportatrices qui pourraient contribuer à des apports en devises.

Pour eux, normaliser ces types de filières pourrait créer d’autres créneaux de production. Et enfin les perspectives des producteurs locaux seront, toujours selon les enseignants, ouvertes à l’exercice et à l’adaptation à la dynamique de l’économie génératrice de nouvelles connaissances et des nouvelles technologies durables.


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