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Agriculture au sud : La salinité menace les sols

29 avril 2021 à 10 h 25 min

L’Algérie fait face à un défi de sécurité alimentaire auquel se greffe sa sécurité hydrique.

Si l’intensification de l’agriculture, notamment au Sud, semblait être la solution pour la première, l’embellie agricole a, selon les spécialistes, pris son envol et déplorent ses failles et ses conséquences sur le moyen et le long terme.

Etat des lieux

«Face à la salinisation et à la stérilisation des terres, tous les 5 ans, les agriculteurs déplacent leurs pivots», se désole Djamel Belaïd, ingénieur agronome, spécialisé en vulgarisation des techniques innovantes.

D’ailleurs, le spécialiste ne manque pas de rappeler ce que disait le pédologue Rabah Lahmar à propos de cette agriculture : «Comment désertifier le désert.» En effet, l’agriculture saharienne contribue à la salinité des sols.

Celle-ci nécessite une irrigation continue. Or, l’eau, selon M. Belaïd, est chargée en sels (2 à 8 g/l). A chaque cycle d’irrigation, ce sont donc plusieurs tonnes de sels qui sont apportées au sol. Et la faiblesse des pluies, 50 mm par an, ne permet pas de lessiver ce sel.

Pour Youcef Abdelhafid, chercheur au Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides, la problématique de la salinisation des terres est un véritable handicap pour le développement agricole. Celle-ci est accentuée surtout dans les zones arides et semi-arides.

En Algérie, la zone aride représente près de 95% du territoire national, dont 80% dans le domaine hyper aride. «Dans ces zones, l’eau est le principale facteur limitant la production agricole. Et la présence des sels solubles dans l’eau d’irrigation et le pouvoir évaporateur de l’air dans les zones irriguées conduisent souvent à la salinisation des sols», explique M. Youcef.

Précisant qu’une valeur élevée de la salinité rend plus difficile l’absorption de l’eau et les éléments minéraux par la plante.

Répercussions

L’apport de quantités importantes d’eau chargée de sels par l’irrigation aura donc des répercutions néfastes sur certaines propriétés fonctionnelles du sol, telles que la perméabilité, la dispersion, la stabilité structurale et, par conséquent, sur la fertilité des sols et les performances de l’agriculture de la région.

D’ailleurs, les cultures cultivées sur un sol salin subissent un stress osmotique élevé qui engendre des troubles nutritionnels, des toxicités, des conditions physiques médiocres et une productivité réduite qui peuvent, à terme, transformer des champs fertiles en déserts.

Des conséquences que confirme M. Belaïd, s’appuyant sur les recherches de Abdelkader Laboudi, de l’INRAA d’Adrar, qui ont démontré que sous pivot, une augmentation de la salinité du sol de 1 dS/m provoque une chute du rendement du blé de 4 q/ha.

Après 4 années d’irrigation, la salinité peut atteindre 12,5 dS/m et dépasse le seuil de tolérance. «La concentration en sels est variable selon les nappes. L’orge est moins sensible au sel que le blé et la germination s’avère une phase particulièrement sensible. Mais le sel reste un véritable poison pour les plantes», affirme-t-il.

C’est pourquoi, l’intensification de l’agriculture, sa productivité et sa durabilité exigent, selon Youcef Abdelhafid que des précautions soient prises, notamment en matière de drainage, d’amendement, de fractions de lessivante, de choix des sols à irriguer et des cultures à pratiquer.

Gérer la salinité

Dans le cas des serres, M. Belaïd estime qu’il est possible de désaliniser l’eau comme c’est le cas au complexe géothermique de Touggourt réalisé par l’Onid en partenariat avec une entreprise espagnole.

«La solution qui peut s’avérer utile à l’avenir est la culture sous serre avec fertigation sur sol artificiel de laine de roche ou en hydroponie», confie-t-il.

Ces techniques permettent, selon lui, de hauts rendements avec des réductions des besoins en eau de 75 à 90%. «A l’avenir, on peut imaginer, sous serre faire évaporer de l’eau salée pour saturer d’humidité l’atmosphère et récupérer sur les parois l’eau douce», suggère-t-il.

Toutefois, en plein champs, le chercheur assure que la salinité est difficile à combattre, d’autant plus qu’il existe différents types de sels et de sols.

Et pour en venir à bout, M. Belaïd assure que les techniques sont variées, comme des apports d’excès d’eau pour lessiver le sel loin des racines ou encore des apports d’argile ou de fumier.

La matière organique permet, selon lui, de limiter les effets néfastes de l’excès de sel sur la structure du sol. «A cet égard, l’essai des services agricoles (ITDAS) de broyer puis de composter les palmes des palmiers dattiers est très intéressante», ajoute-t-il.

Solutions

Selon M. Belaïd, un des remèdes à la salinité consiste en des canaux de drainage afin d’évacuer le sel. Ces canaux nécessitent un entretien régulier. «L’oasis d’In Salah comporte un système de drainage à ciel ouvert qui est dans un état très dégradé, notamment par une végétation excessive de phragmites et roseaux», se désole-t-il.

Le sel étant contenu dans l’eau d’irrigation, il s’agit aussi, selon le spécialiste, d’apporter les seules quantités d’eau nécessaires aux plantes et au lessivage du sel.

«Cela est possible en utilisant des sondes à humidité comme à El Oued où cela a été réalisé par des chercheurs Hollandais», précise-t-il. Par ailleurs, M. Belaïd assure que c’est le vent qui augmente le plus la demande en eau des cultures.

A Ouargla, elle est en moyenne de 3 300 mm par an, ce qui représente un taux d’évaporation de 9 mm par jour. L’installation de brise-vent est donc, de son avis, fondamentale. «Il s’agit également d’arroser la nuit, mais la meilleure efficacité est obtenue par le goutte à goutte enterré», conclue-t-il.

Surexploitation des nappes d’eau

L’agriculture saharienne a tout pour rationaliser ses ressources en sol et en eau dans une perspective de durabilité et de protection des environnements arides. «Toutefois, les pratiques observées à El Oued, Adrar et Touggourt ne respectent guère l’équilibre naturel du sol», se désole Fares Kessasra, hydrogéologue et maître de conférences à l’université de Jijel.

Selon lui, elles auront plus d’impact destructeur sur le continuum air-sol-eau à moyen terme, alors qu’à court terme, le marché s’inonde de produits maraîchers gourmands en eau dans une région où l’eau souterraine de bonne qualité est pompée à plus de 300 m de profondeur. «Il y a quelque chose d’absurde dans ce funèbre échiquier.

D’autant que le sol a une mémoire d’éléphant. Il stocke les polluants et sa rémanence se mesure à des dizaines d’années», précise-t-il. En résumé, le chercheur estime qu’on surexploite nos nappes d’eau et qu’on épuise nos sols fragilisés à la base par l’aridité du désert pour produire de la tomate et de la pomme de terre qui périssent sur les routes vers le Nord en l’absence d’une logistique performante de conditionnement et de transport.

Ajoutant qu’assurer la durabilité d’une ressource en eau de qualité requise pour l’agriculture est tout un défi à relever à l’horizon 2050, surtout que le désert se désertifie plus encore, l’aridification du Nord suit son cours et la pluie manque à l’appel. «Il faut dire qu’à l’état où vont les choses, on sera probablement amené à déminéraliser notre eau avant d’irriguer», craint-il.

Rabattement des nappes

Les intrants chimiques utilisés dans l’agriculture intensive saharienne sont censés enrichir le sol et protéger la plante. Sauf qu’après avoir été absorbé par la plante, une partie s’évapore et l’autre partie se dissout dans l’eau et se stocke dans le sol. Et c’est là où se situe, selon M. Kessasra, le risque de contamination des écosystèmes associés : eau et sol.

A cet effet, le spécialiste explique que le sous-sol saharien est composé d’un «sandwich» de nappes. De haut en bas, la nappe phréatique généralement asséchée n’est guère exploitée et les deux autres nappes du complexe terminal et du continental intercalaire sont beaucoup plus productives mais plus profondes pour qu’elles ne soient atteintes par les molécules de pesticides et d’engrais appliqués en surface et transférés vers le bas.

Néanmoins, souligne le chercheur, dans les nappes phréatiques atterrissent les composés azotés et chimiques plus complexes. «Mais fort heureusement, ces nappes ne sont plus productives pour qu’elles ne soient exploitées par les gestionnaires de l’eau et les agriculteurs locaux», précise-t-il.

De ce fait, Fares Kessasra assure que la pollution agricole est un processus de surface qui ne concerne pas les immenses profondeurs du sous-sol saharien.

Selon lui, l’eau profonde est épargnée mais le sol, du point de vue pédologique, se retrouve contaminé et épuisé de facto. «En fait, comme les forages d’eau de moins de 100 m ne sont plus productifs, l’agriculture intensive du désert algérien a, plus d’un égard, des impacts sur le rabattement des nappes et l’assèchement des puits et forages en raison de leur surexploitation pour subvenir aux besoins en eau des cultures maraîchères», explique-t-il.

Toutefois, le chercheur se désole du fait que malgré les pénuries d’eau, l’Union nationale des paysans algériens estime que les terres arables pourraient être étendues à 30 millions d’hectares. «Par conséquent, cela exigerait une multiplication de l’approvisionnement en eau, les ressources en eau fossile et non renouvelables seront mises à rude épreuve», conclut-il.

Par Sofia Ouahib
[email protected]


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